Pablo Picasso

(1881-1973)
Cubisme ,
Surréalisme

Picasso est un génie aux multiples facettes qui ne saurait être réduit à un seul mouvement. Le cubisme, dont il fut l'initateur avec Georges Braque, n'est ainsi que la cinquième des périodes de son art protéiforme.

1 - Les 100 tableaux les plus célèbres de Pablo Picasso

 
Le petit picador jaune 1890 Paris, collection privée
La première communion 1895 Barcelone, musée Picasso
Science et charité 1897 Barcelone, musée Picasso
Le moulin de la Galette 1900 New York, Gugenheim
L'étreinte 1900 Moscou, Musée Pouchkine
Yo, Picasso 1901 Collection particulière
Portrait du poète Sabartes 1901 Moscou, Musée Pouchkine
Arlequin accoudé 1901 New York, Metropolitan
Arlequin et sa compagne 1901 Moscou, Musée Pouchkine
L'enfant au pigeon 1901 Londres
La chambre bleue 1901 Washington, Phillips collection
La buveuse d'absinthe 1901 St. Petersbourg, L'Ermitage
Femme en bleu 1901 Madrid, Museo Reina Sofia
Portrait de Gustave Coquiot 1901 Paris, MNAM
Mort de Casagemas 1901 Paris, Musée Picasso
L'enterrement de Casagemas 1901 Paris, Musée d'art moderne
Enfant assis sur un fauteuil 1901 Merion, Fondation Barnes
Autoportrait en bleu 1901 Paris, Musée Picasso
Femme aux bras croisés 1902 Collection particulière
La soupe 1902 Toronto, Gallery of Ontario
Mère et enfant au bord de la mer 1902 Hakone, Pola Museum of Art
Pierreuses au bar 1902 Hiroshima Museum of Art
La vie 1903 Cleveland, Museum of Art
Un vieux juif avec un garçon 1903 Moscou, Musée Pouchkine
Repassage 1904 New York, Gugenheim
Nu assis 1905 Paris, MNAM
Les noces de Pierrette 1905 Collection particulière
Famille d’acrobates avec un singe 1905 Göteborg, Musée des B. A.
Acrobate à la boule 1905 Moscou, Musée Pouchkine
Fillette au chien 1905 Los Angeles, coll. part.
Famille de saltimbanques 1905 Washington, National Gallery
Au "Lapin Agile" 1905 Collection privée
La belle Hollandaise 1905 Brisbane, Queensland Art Gal.
Le garçon à la pipe 1905 Collection privée
La fillette à la corbeille fleurie 1905 Collection privée
Femme à l'éventail 1905 Moscou, Musée Pouchkine
Les deux frères 1906 Bâle, Kunstmuseum
Meneur de cheval nu 1906 New York, MoMA
Portrait de Gertude Stein 1906 New York, Met.
Mère et enfant 1906 Paris, Musée Picasso
La toilette 1906 Buffalo, Albright-Knox Art G.
Autoportrait 1906 Paris, Musée Picasso
Nu sur fond rouge 1906 Paris, Musée de l'orangerie
Deux nus 1906 New York, MoMA
Buste de femme 1907 Paris, MNAM
Les demoiselles d'Avignon 1907 New York, MoMA
Dryade (Nu dans la forêt) 1908 St. Petersbourg, L'Ermitage
Le réservoir de La Horta 1909 New York, MoMA
Carafe, cruche et coupe à fruits 1909 New York, Gugenheim
Femme à l'éventail 1909 Moscou, Musée Pouchkine
Portrait d'Ambroise Vollard 1910 Moscou, Musée Pouchkine
Jeune fille à la mandoline 1910 New York, MoMA
Verre, pomme, livres 1911 Paris, Musée Picasso
Nature morte à la chaise cannée 1912 Paris, Musée Picasso
Violon 1912 Moscou, Musée Pouchkine
Compotier, grappe de raisin, poire coupée 1914 Moscou, Musée Pouchkine
Nature morte sur fond vert 1914 New York, MoMA
Arlequin 1915 New York, MoMA
L'Italienne 1917 Zurich, Fondation Bührle
Pierrot assis au loup 1918 New York, MoMA
Nature morte au pichet et aux pommes 1919 Paris, Musée Picasso
Trois femmes à la source 1921 New York, MoMA
Famille au bord de la mer 1922 Paris, Musée Picasso
Arlequin assis 1923 Bâle, Kunstmuseum
Le peintre Salvado en Arlequin 1923 Paris, MNAM
Mère et enfant (version 1) 1923  
Mère et enfant (version 2) 1923  
Les amants 1923 Washington, National Gallery
Guitare 1924 Paris, Musée Picasso
Paul en Pierrot 1925 Paris, Musée Picasso
La danse 1925 Londres, The Tate Gallery
L'atelier 1928 New York, MoMA
Peintre et modèle 1928 New York, MoMA
Baigneuse 1928 Rennes, Musée des B. A.
Le rêve 1932 Paris, Musée Picasso
Jeune femme au miroir 1932 New York, MOMA
Nu au fauteuil noir 1932 Collection particulière
Nu au plateau de sculpteur 1932 Collection particulière
La muse 1935 Paris, MNAM
Nature morte à la lampe 1936 Paris, Musée Picasso
Femme assise sur la plage 1937 Lyon, Musée des B. A.
La baignade 1937 Venise, M. Peggy Gugenheim
Grande baigneuse au livre 1937 Paris, Musée Picasso
Guernica 1937 Madrid, Museo Reina Sofia
Femmes à leur toilette 1937 Paris, Musée Picasso
Femme assise dans un jardin 1938 Collection particulière
Dora Maar au chat 1941 Collection privée
L'aubade 1942 Paris, MNAM
Le faucheur 1943 Paris, Musée Picasso
La joie de vivre 1946 Antibes, musée Picasso
La chèvre Vallauris 1950 Paris, Musée Picasso
Jacqueline avec des fleurs 1954 Collection privée
Portrait de Sylvette 1954  
Les femmes d'Alger, version 0 1955 Collection privée
Les femmes d'Alger 1955  
L'atelier de la Californie 1956 Paris, Musée Picasso
Les Ménines d'après Velasquez 1957 Barcelone, Musée Picasso
Nouvelle année 1959  
Le déjeuner sur l'herbe 1961 Lucerne, Galerie Rosengart
Le déjeuner sur l'herbe 1961 Lucerne, Galerie Rosengart
L'enlèvement des Sabines 1963 Boston, Musée des B. A.
Personnage rembranesque et amour 1969 Lucerne, Musée de la ville
Le baiser 1969 Paris, Musée Picasso
Le vieil homme assis 1971 Paris, Musée Picasso
Nu couché 1971 Collection particulière
Paysage, Mougins 1972 Paris, Musée Picasso
Autoportrait (30 juin) 1972 Tokyo, Fuji Television Gallery
Tête 1972 Lucerne, galerie Rosengart
Femme nue couchée et tête 1973 Collection particulière

 

2 - Les 15 périodes de création

"Quand on y regarde de près, tout ce qu'on a c'est son moi. On a son moi logé dans son ventre, comme un soleil avec mille rayons. Le reste n'est rien". "Je ne cherche pas, je trouve", disait aussi Picasso. Mais une fois qu'il avait trouvé, il passait à autre chose. On considérera donc comme le rayon d'un même soleil chacune des 15 périodes suivantes :

Pablo Picasso nait en Andalousie, à Malaga le 25 octobre 1881. Il est le premier enfant de la famille; le seul fils de la famille aussi, choyé par toutes les femmes qui l'entourent, sa mère, ses tantes et ses deux petites sœurs, Lola et Conchita. Il dessine depuis son plus jeune âge et commence à peindre vers sept à huit ans, sous l’impulsion de son père José Ruiz-Blasco, professeur à l’Ecole des Beaux Arts et directeur du musée de Málaga. A huit ans, il réalise son premier tableau, Le petit picador jaune (1890), une peinture dont il ne séparera jamais. C'est son père qui l'emmène aux corridas de Malaga, un thème qu'il traitera toute sa vie. Mais la peinture bourgeoise de son père lui pèse. A onze ans, Picasso peint des paysages de La Corogne, sur la côte Atlantique, où son père a accepté un poste de professeur de dessin, mieux payé qu'à Malaga. Mais la ville est pluvieuse et glaciale. Conchita est emportée par la diphtérie à l'âge de quatre ans, ce qui laisse son père inconsolable. Picasso expose à l'école des beaux-arts où il est élève. La critique est élogieuse. Pablo, qui n'a que quatorze ans, est comparé à un jeune Raphaël très prometteur.


Période académique (1895-1901)

En Juillet 1895, Picasso visite le Prado et découvre les toiles des maîtres espagnols Velázquez, Goya, Zurbarán, Le Greco. En septembre, il est brillamment admis aux épreuves d’entrée à l’Ecole des Beaux-Arts de Barcelone (La Lonja) dans la section art classique et nature morte. Il est parmi les plus jeunes élèves. Il est récompensé à quinze ans pour sa toile, La première communion (1895), exécutée pour plaire à son père et à ses professeurs.

En 1897, il réussit le concours d’admission à l’Académie des Beaux-Arts de San Fernando de Madrid et s’inscrit aux classes de paysage, de dessin d’après l’antique et d’étude de draperie. Son ami Francisco Bernareggi Calderón explique qu’avec Picasso ils étudiaient et copiaient huit heures par jour au Musée du Prado. Il peint Sciences et Charité (1897).

De plus en plus réfractaire à l’enseignement officiel, Picasso abandonne rapidement les cours de l’Académie San Fernando. Sur un coup de tête, il abandonne ses études, provoquant la colère de son père qui lui coupe les vivres. Il va alors passer huit mois dans les montagnes de Horta. Affaibli par une scarlatine et sans ressources, le jeune Pablo fait les 40 kilomètres qui le séparent du village à dos de mulet sous un soleil de plomb. Il est  Il est accueilli par son ami Manuel Pallarès, de cinq ans son ainé, avec qui il peint et partage une vie sauvage.

Dès qu'il revient à Barcelone, son père, en de meilleures dispositions, lui loue un atelier Carrer dels Escudellers. Picasso fait la connaissance d'artiste catalans révolutionnaires, les modernistes, dont Ramon Casas, Santiago Rusinol et Issidro Nonell. Ils s'expriment contre une société indifférente à la misère qui se répand dans les bas quartiers. Ils se réunissent dans un café-auberge qui vient d'ouvrir proche de la place de La Catalogne, "El quatre gats", haut lieu de la bohème barcelonaise à la fois salle d'exposition et cercle littéraire et fondé sur le modèle du célèbre Chat Noir parisien.  Il en devient le chef. Il fait la connaissance de Carlos Cassagemas, jeune poète fils d'un ambassadeur qui est aussi peintre

En 1899, Picasso débute un dialogue avec l’artiste El Greco qui se poursuivra toute sa vie. Picasso s’identifie fortement à l’artiste comme le montre un de ses dessins sur lequel est inscrit « Yo, el Greco » [Moi, el Greco] (Barcelone, Musée Picasso). En 1900, à dix-huit ans passés, Pablo Ruiz, qui signe bientôt Picasso, a tout du jeune prodige.  Sa production se partage entre tableaux académiques, pour se justifier vis-à-vis de son père, professeur rêvant d'une carrière officielle pour son fils, et œuvres plus personnelles, au contact de l'avant-garde barcelonaise.

Picasso inaugure aux Quatre Gats, le 1er février 1900, sa première véritable exposition, saturant l'espace d'environ cent cinquante portraits dessinés, exécutés en quelques semaines, et d'une huile sur toile, Derniers Moments, qu'il présentera peu après à l'Exposition universelle de Paris en octobre 1900.  C'est en effet cette peinture de salon qui le conduit à Paris : désigné pour représenter son pays à la section espagnole des peintures de l'Exposition Universelle, il y présente une grande toile, Derniers moments, qu'il recouvrira en 1903 par son chef-d'œuvre La Vie

A son arrivée à la gare d'Orsay en octobre 1900, Picasso, accompagné de Carlos Cassagemas, s'immerge dans une actualité artistique bouillonnante : il découvre au Louvre la section des Antiquités et au Grand Palais et au Luxembourg les tableaux de David et Delacroix, mais aussi ceux d'Ingres, Daumier, Courbet, Manet Degas et Cézanne. Le jeune peintre partage avec les artistes de sa génération une profonde admiration pour Van Gogh, comme le prouve la transformation de sa peinture en taches de couleurs pures quelques mois après ce premier séjour parisien.

Picasso et Cassagemas sont hébergés chez des amis catalans sur la Butte Montmartre. Picasso, porté par son enthousiasme peint Le Moulin de la Galette (1900), à la fois hommage à Renoir, dont il a sûrement vu Le bal au moulin de la Galette au Musée du Luxembourg, et à Lautrec et à sa Danse au Moulin Rouge.

En 1901, Picasso, alors âgé de dix-neuf ans et demi, inscrit sur son autoportrait Yo, Picasso (Moi, Picasso) et pose à la manière de Nicolas Poussin dans son autoportrait qu’il a admiré au musée du Louvre.

Picasso a besoin d'argent et d'être reconnu et court les galeries. Dans celle de madame Weil, il rencontre Pedro Manach, un catalan qui s'intéresse au commerce des artistes espagnols. Les pastels de courses de taureaux le séduisent et il lui propose un contrat de 150 francs par mois pour sa production. Pour la première fois Pablo peut vivre de sa peinture. Picasso et Cassagemas passent leurs nuits d'un cabaret à l'autre; modèles et amies sont leurs maitresses. Cassagemas tombe amoureux de Germaine, un modèle souvent croqué par les artistes de la bande. Mais elle le quitte car il ne parvient pas à la combler.

Picasso tente de sortir son ami de la dépression et l'emmène passer les fêtes de Noël à Malaga, mais les amis aux mœurs trop libres sont mal accueillis et Cassagemas sombre dans l'alcool. Picasso part seul pour Madrid où il publie un journal, Arte Joven, où sur chaque page figure un dessin tiré de ses croquis. Mais après cinq numéros, les caisses sont vides et Picasso retourne à Barcelone. Pour fêter son retour, ses amis lui organisent sa première exposition.

Mais une nouvelle bouleverse Picasso : une lettre lui annonce le suicide de Cassagemas qui était rentré à Paris. Il part immédiatement pour Paris où ses amis lui racontent le drame. Quand il retourne dans l'atelier qu'il partageait avec son ami, la figure de Cassagemas s'impose comme une obsession. Pedro Manach est soulagé de son retour à Paris. Il prépare une exposition chez Ambroise Vollard, célèbre galeriste de l'avant-garde parisienne, au début de l'été : une belle opportunité pour un étranger inconnu, parlant à peine le français. Mais au printemps 1901, Picasso n'a dans ses bagages quelques pastels et toiles réalisés à Madrid et Barcelone. Dans son atelier, boulevard de Clichy, il peint sans relâche, jusqu'à trois toiles par jour.

Cette activité frénétique aboutit à la plupart des 64 toiles et des quelques dessins montrés à l'exposition, inaugurée le 25 juin 1901, rue Laffitte.  Picasso y prend le parfait contrepied du peintre avec lequel il partage les cimaises de la galerie : aux "espagnolades" du basque Francesco Iturrino, il répond par des sujets typiques de la vie parisienne, diurnes ou nocturnes.

L'exposition chez Vollard ferme ses portes le 14 juillet. C'est un demi-succès critique, même si les ventes sont respectables. Elle impressionne le jeune poète Max Jacob qui demande à faire la connaissance de l'artiste. Elle fait découvrir au public parisien un Picasso s'appropriant et réinventant les styles et les motifs de grands artistes modernes, Van Gogh, Degas et Toulouse-Lautrec mais la critique lui reproche d'imiter les autres.  Déjà endeuillé par la mort de Cassagemas, Picasso est très affecté par la mort de Toulouse-Lautrec, le 9 septembre. L'automne 1901 marque pour le jeune peintre une période de retour sur soi et une réorientation de son art. Il entre dans sa période bleue


Période Bleue (1901-1905)
L'adoption du bleu ne témoigne pas seulement d'une volonté de matérialiser la tristesse et la froideur de la vie d'un jeune artiste en proie au doute ou aux difficultés matérielles. C'est aussi le choix d'une couleur qui s'inscrit dans une longue tradition picturale en Europe. Dès le XVIIe siècle, la peinture espagnole de Ribera, Murillo et Zurbaran déploie des nuances chromatiques autour du bleu, au point qu'il incarne les réflexions et expériences picturales des plus grands peintres du Siècle d'Or espagnol. Ce bleu connait aussi une nouvelle modernité sous l'influence des impressionnistes (Monet, Renoir, Toulouse-Lautrec, Van Gogh) qui l'utilisent pour donner plus de variété et de coloration aux ombres peintes.

Picasso va chercher la misère où elle se trouve avec une réelle compassion pour l'humanité souffrante. A l'hôpital saint Lazarre, il plonge au cœur de la détresse; Le bâtiment sert alors de prison réservée aux femmes, aux prostituées et aux fillettes retirées à leur famille maltraitante. A la fin de l'automne 1901, Sabartes vient rejoindre son ami à Paris.

La nouvelle orientation de Picasso déplait à Manach : la misère et la douleur ne se vendent pas bien. Picasso rompt le contrat. Il peint ses amis : Matteo de Soto et Sabartes. Affaibli et nostalgique de Espagne et de l'enfance, il peint L'enfant au pigeon, comme ceux chers à son père. Il retourne à Barcelone.

En 1902, Picasso redécouvre l’œuvre du Greco. Il développe une monochromie bleue. Dans Mercure de France, Charles Morice salue sa « précocité effrayante ». Le critique, ami de Gauguin, lui offre un exemplaire du livre Noa-Noa. On sent d’ailleurs dès 1902-1903 une première influence de Paul Gauguin dans un dessin de Picasso intitulé Autoportrait au nu couché s’inspirant de la composition de L’Esprit des morts veille (Manao tupapau) qu’il a dû voir en 1901 chez Ambroise Vollard.

En 1903, Picasso retourne à Barcelone et peint Le vieux juif (Moscou, Musée Poushkine), Le Vieux Guitariste (The Art Institute of Chicago), Le Repas de l’Aveugle (New York, The Metropolitan Museum). Par leur allongement maniériste, toutes ces œuvres évoquent les déformations anatomiques des personnages de l’univers pictural de El Greco. Il reçoit une commande de son ami Soler. Il peint d’après photographie un déjeuner sur l’herbe (La Famille Soler, Liège, Musée d’art moderne et d’art contemporain) et deux portraits de Soler et son épouse : Portrait de Benet Soler (Saint Petersbourg, Musée de l’Ermitage) et Portrait de Madame Soler (Munich, Bayerische Staatsgemäldesammlungen). Dans les derniers mois à Barcelone, il peint La vie, chef d'œuvre de la période bleue. Il decide de rentrer définitivement à Paris

 


Période Rose (1905-1906)
En 1905, Pablo Picasso s'installe à Paris. Sa gamme bleu monochrome se dissipe peu à peu, des nuances de rose-cendre y apparaisssent. Picasso occupe l'atelier du Bateau Lavoir à Montmartre. Cette maison pittoresque composée uniquement de greniers et de caves devient le point de rencontre de la bohème parisienne. Après la solitude de la période bleue, la nouvelle situation du jeune Picasso contribue à adoucir le ton de sa peinture. La période rose évoque le monde du cirque et des gens du voyage. L'ocre et le rose dominent, les corps des personnages un peu tirés en longueur expriment leur misère ou leur grâce.

Picasso s’installe au "Bateau-lavoir" selon le nom de baptême donné par Max Jacob à Paris en avril 1904. Dans cette ruche d'artistes, Picasso trouve sa place et s'accommode de la précarité de l'endroit. Il forme avec Max Jacob et Guillaume Apollinaire, un trio qui passe ses soirées Au lapin Agile, point de rencontre des artistes de la Butte-Montmartre. Picasso tombe amoureux de Madeleine qui est rapidement enceinte. Mais Madeleine ne garde pas l'enfant et disparait préférant la compagnie d'autres femmes. Il gardera ensuite la nostalgie d'avoir pu devenir père et se représente avec Madeleine devenue mère. Il tombe ensuite amoureux de Fernande Olivier qui ne partagera la vie du peintre qu'un an après être devenue sa maitresse. Leur relation est passionnelle et Picasso devient jaloux, interdisant à Fernande de poser pour d'autres peintres

Mais les arlequins se vendent aussi mal que la période bleue. Max Jacob essaie de placer les toiles de son ami. C'est alors que Leo et Gertrude Stein entrent dans la vie du peintre; La fillette à la corbeille ne plait pas beaucoup à Gertrude qui n'aime pas les pieds trop grands du modèle. Convaincue par Leo, elle achète entamons la toile et demande à rencontrer le jeune peintre. Picasso et Fernande sont invités chez les Stein où ils font la rencontre du couple Matisse. Leo vient d'acheter La femme au chapeau, représentant la femme de Matisse, une toile qui a fait scandale au salon d'automne.

En mars-avril 1905 a lieu la rétrospective Van Gogh au Salon des Indépendants alors qu'en automne Picasso est impressionné par la rétrospective Manet au Salon d’Automne. Il découvre Le Bain turc d’Ingres.

A l'été 1905, Picasso passe quelques jours en Hollande. Sur les terres de Van Gogh, Picasso change son attitude vis à vis du nu. La sensualité épanouie prend désormais place dans sa peinture. De retour à Paris, Picasso veut faire le portrait de Gertrude Stein. Elle devra gravir plus de 80 fois les escaliers qui la mènent à l'atelier du Bateau-lavoir pour que Picasso abandonne finalement la toile inachevée.


Passage à l'avant-garde (1906-1908)

En 1906, au Louvre, Picasso découvre la sculpture ibérique dans une exposition présentant les fouilles récentes des sites d’Osuna et de Cerro de los Santos, en Andalousie. Picasso peint Le meneur de cheval nu (New York, The Museum of Modern Art) qui fait référence à la toile Saint Martin et le mendiant du Greco. Picasso prend pour modèle les jeunes hommes au physique archaïque de sculptures de Kouroi qu’il a pu voir au musée du Louvre.

Affaibli par les fumées d'opium, Picasso aspire à retrouver sa terre natale. Accompagné de Fernande, il séjourne à Gosol, petit village perché sur les flancs des pyrénéens. La rupture avec le maniérisme décoratif de l'oeuvre de jeunesse à lieu au cours de ce séjour pendant l'été 1906 en Andorre, au cours duquel on peut situer la conversion de l'artiste à un primitivisme affectif et formel. Picasso y retourne à une simplification des formes dénuée de tout artifice. Le rose se mêle à l'ocre, proche de la terre de Gosol accentuant l'aspect primitif Les deux frères (Paris, Musée Picasso) et Grand nu debout (New York, The Museum of Modern Art). La découverte d'une petite statuette en bois polychrome du XIIe siècle, nichée dans une chapelle proche du village l'enchante. Il réalise aussitôt une statue en bois de Fernande Il prépare une grande composition pour son retour où perspective et personnages préfigurent une révolution dans sa peinture.

Des son retour à Paris, il termine Le portrait de Gertrude Stein sans faire poser le modèle et sans toucher au reste du tableau. Il pose un masque sur le visage et lui donne une intensité extraordinaire exprimée par des yeux inégaux. Lorsqu'elle découvre le résultat, Gertrude Stein ne laisse rien paraitre de son désarroi. Avec le temps, elle dira que ce portrait, n'est autre qu'elle même dans son présent, son avenir mais surtout dans son éternité. Il multiplie les dessins préparatoires d'une œuvre qu'il a décidé grandiose. Cézanne vient d'exposer ses baigneuses, Matisse sa Joie de vivre. Picasso va leur répondre avec le bordel d'Avignon, rebaptisé plus tard Les demoiselles d'Avignon, (1907)

En 1907, au Louvre, sont accrochées, face à face, L’Olympia de Manet et La Grande Odalisque d’Ingres. Picasso réalise un grand dessin d’après La Grande Odalisque d’Ingres en s’attachant à la partie centrale du corps, hachuré violemment.


Période Cubiste (1908-1916)
Marquée par la collaboration avec Georges Braque. Entre 1908 et 1914 il est très difficile de différencier les oeuvres des deux artistes qui travaillent sur les mêmes sujets avec les mêmes conceptions, les mêmes pinceaux, les mêmes couleurs. Le cubisme peut se définir comme un réarrangement calculé d'images fragmentées issues d'un motif. Il s'agit de représenter le motif, non plus d'un seul point de vu, mais tel qu'il est, de tous ses côtés à la fois. Le cubisme traduit surtout une disposition d'esprit. Picasso ne pense pas que l'on voit mieux un objet en le représentant sous toutes ses facettes à la fois. Il sait bien qu'alors le motif semble se dissoudre et n'est plus que difficilement reconnaissable. Il demande au spectateur de se mettre dans un état d'esprit proche de celui du scientifique, d'aller au-delà de la vision humaine, et de faire l'expérience sensible de l'appréhension du motif avec toutes les exigences de la connaissance moderne. Une telle attitude, contemporaine de la découverte de la théorie de la relativité, est aux antipodes de la tradition humaniste de la renaissance. Elle se marque par :
- l'expulsion des formes organiques de la peinture.
- le refus de la sensualité de la couleur
- le refus de la perspective qui ordonne tout selon l'oeil humain
- le refus du modèle, des contours, du clair-obscur.

Par contre le cubisme se rattache à des valeurs qui semblent avoir été oubliées par l'humanisme. Il redécouvre la simplification des volumes propres aux primitifs. Il répond enfin au mot d'ordre de Paul Cézanne d'exprimer le monde grâce au cylindre, à la sphère et au cône pour redécouvrir la force du monde mis à mal par les fragiles jeux de lumière des impressionnistes. On distingue généralement le cubisme analytique (1908-1912) du cubisme synthétique plus tardif. Le premier vise à la décomposition et à l'éclatement des formes au détriment de la couleur. Le second tend à redonner par un fragment (une forme, un mot, un bout de matière, une couleur) l'ensemble du motif. Son père meurt le 3 mai 1913.


Période Néo-classique (1917-1924)

En février mars 1917, picasso part huit semaines avec Cocteau pour Rome où ils rejoignent Diaghilev, directeur des Ballets russes, et la troupe des danseurs pour travailler aux décors et costumes de Parade. Il y rencontre Igor Stravinsky et noue des contacts avec les artistes futuristes romains. Il visite Pompéi puis Florence. Picasso renoue avec la pratique de l’autoportrait. Ses dessins semblent être des hommages au peintre Ingres. D’autres dessins de Picasso s’inspirent des oeuvres du peintre néo-classique. Le dessin Femme à la coiffe (localisation inconnue) reprend une des figures de la toile Tu Marcellus eris (Bruxelles, Musée royaux des Beaux-Arts) et celui de La villa Médicis à Rome (Paris, Musée Picasso,) exécuté lors de son séjour à Rome rappelle l’ensemble de quinze dessins d’Ingres du Palais Médicis réalisé lors de sa découverte de l’Italie. (Montauban, Musée Ingres). Avec Le repas des paysans, d’après Le Nain, Picasso expérimente la technique du pointillisme sur l’oeuvre de Le Nain, Repas de paysans.

A la suite de son mariage avec Olga Koklova le 12 juillet 1918, de l'apaisement de après la guerre, au dégoût des machines et à l'apologie des valeurs simples, Picasso renoue avec le plaisir du dessin. Mais les refus exprimés dans le cubisme (perspective, modèle, clair-obscur) restent valables. On ne peut ainsi parler d'un retour à l'académisme mais plutôt d'une relecture des principes classiques à la lumière de la modernité. Paul Rosenberg devient son marchand

En 1921 Picasso séjourne à Fontainebleau. Il peint simultanément les grandes compositions néoclassiques des deux versions de Trois Femmes à la fontaine.

En 1922 il réalise La Danse villageoise (Paris, Musée Picasso) inspiré des danseurs de La danse à la campagne et La danse à la ville (Paris, Musée d’Orsay) de Pierre Auguste Renoir.

En 1923 à Royan puis au Cap d’Antibes, il peint La Flûte de Pan (Paris, Musée Picasso), L’entretien (Genève, Galerie Krugier-Poniatowski), qui reprennent les canons de monumentalité et de beauté du monde antique et multiplient les études dessinées de baigneuses.

 


Période surréaliste (1925-1930)
"La beauté sera convulsive ou ne sera pas". Cette phrase d'André Breton trouve sa meilleure incarnation dans la peinture de Picasso. La vie et l'oeuvre de Picasso étant intimement mêlées, on trouvera dans les disputes avec sa femme les premières sources d'inspiration de cette période : formes effilées, dents gigantesque croquant des têtes minuscules... Des idées provenant de sa pratique de sculpteur et de son expérience cubiste sont mises en oeuvre : arrangement sur un même visage d'une vue de face et d'une vue de profil. Mais surtout cette période marque le plein épanouissement du génie de Picasso. Ce n'est plus le passé ou une idée intellectuelle qui est à la base de la peinture, mais la peinture elle-même : le motif, l'arrangement n'est pas préalablement pensé mais trouve son contour sa forme, son intensité dans une recherche qui se fait en peignant. Ainsi la peinture n'est plus asservie ni par des règles académiques ni même par ce que nous croyons être une vision normale. La peinture ne tire sa vérité, son pouvoir d'émouvoir par son expérience sensible que d'elle-même. Elle acquiert le droit de parler du monde et non plus seulement de le refléter.

En Janvier 1927, Picasso rencontre Marie-Thérèse Walter (1907-1977), âgée de 20 ans.

La danse (1925)
Baigneuse (1928)


Archétypes monumentaux (1929-1934)
Marie-Thérèse Walter est la nouvelle muse. Elle est le symbole de la douceur, de la compréhension et du bonheur. Elle sera souvent représentée dans les tableaux de Picasso avec des teintes roses, blondes et vert pomme. En 1931, les Métamorphoses d’Ovide sont publiées chez Albert Skira avec 30 eaux fortes de Picasso. En 1932, Figures de femmes inspirées par Marie-Thérèse : Le Rêve (collection particulière), La Lecture (collection particulière) Nu au fauteuil noir, (collection particulière) Le Miroir, 14 mars (collection particulière), L’aboutissement en est la Jeune fille devant un miroir datée du 14 mars (New York, The Museum of Modem Art). Sur ces images de Marie-Thérèse plane le fantôme d’Ingres et nombreux portraits de femme comme celui de Madame Moitessier (Londres, The National Gallery) et l’Odalisque à l’esclave (Cambridge, Fogg Art Museum).Il reprend le thème de la Crucifixion dans une série de dessins à l’encre d’après le Retable d’Issenheim de Grünewald (Colmar).

La présence de Rembrandt dans l’oeuvre de Picasso se manifeste pour la première fois dans des gravures de la suite Vollard telles que Rembrandt au « turban », aux « fourrures » et à l’"oeil d’éléphant », Feuille d’études. Profils de Marie-Thérèse et tête de Rembrandt au béret et Rembrandt et jeune fille de profil (Paris, Musée Picasso)


Minotauromachie (1934-1940)
Trois voyages en Espagne, la fascination pour le mythe méditerranéen du Minotaure et pour la tauromachie aboutissent à ce nouveau style. La rencontre avec la journaliste Dora Maar qui le sensibilise à nouveau à la politique espagnole, puis la guerre d'Espagne oriente ce nouveau style vers le pessimisme et la révolte.

En 1935, Une exposition des chefs-d’oeuvre du musée de Grenoble est organisée au Petit Palais à Paris où Picasso aurait pu admirer les oeuvres de Zurbarán qu’il cite à Kahnweiler lors de l’un de ses entretiens. (Daniel-Henry Kahnweiler, « Huit entretiens avec Picasso », Le Point, Mulhouse, n°XLII (octobre 1952). Le 5 septembre, Marie-Thérèse donne naissance à une fille, Maria de la Concepción, surnommée Maya. En novembre, Picasso est présenté à Dora Maar par Eluard au café des Deux Magots. Dora propose à Picasso de poser pour des portraits.

18 juillet 1936 : L’échec du pronunciamento lancé par le général Franco contre le gouvernement républicain déclenche la guerre civile en Espagne.
Série d’ «Arlésiennes », dont le Portrait de Lee Miller en arlésienne (Paris, Musée Picasso), inspirées d’oeuvres de Van Gogh telle que L’arlésienne (Madame Ginoux) (Paris, Musée d’Orsay). Il découvre l’antique village de potiers de Vallauris et réalise quelques pièces de céramiques.
19 septembre : Picasso est nommé directeur honoraire du Prado par la République espagnole.

8 - 9 janvier 1937: Il grave la série Songe et Mensonge de Franco, première oeuvre antifranquiste, qui doit être vendue sous forme de cartes postales pour soutenir le gouvernement républicain et seront reproduites dans Cahiers d’art (n°1-3). Le jeu de mot du titre de cette oeuvre fait écho à celui utilisé par Goya pour l’une de ses gravures Sueño de la mentira y de la inconstancia (« songe du mensonge et de l’inconstance »). Les gravures de Picasso comme celle de Goya dans la suite des Désastres de la Guerre, décrivent la barbarie militaire.
26 avril : Bombardement de Guernica
Octobre-décembre : Série de La Femme qui pleure.
Références à l’iconographie religieuse espagnole du dix-septième siècle avec la mater dolorosa. Il évoque aussi une peinture du musée du Prado de Madrid lors de l’un de ses entretiens avec Daniel-Henry Kahnweiler : « Le Titien a une Dolorosa très bonne ». (« Gespräche mit Picasso », Jahresring 59/60, Stuttgart, 1959.) De plus, il conservait une reproduction de La Virgen de los Dolores de Murillo du Musée du Prado (Musée Picasso).

Juillet - fin septembre 1938 : Mougins. Série d’autoportraits en hommage à Van Gogh dont l’Homme au chapeau de paille et cornet de glace.

13 janvier 1939: Mort de la mère de Picasso à Barcelone. En octobre : Il réalise une série de têtes de mouton, thème traditionnel de la nature morte espagnole, comparables à celles de Goya.


La guerre à Paris (1940-1945)
Malgré Marie-Thérèse Walter, la blonde, et Dora Maar, la brune, Picasso trouve difficilement l'inspiration. Les teintes sombres et les natures mortes prédominent.

1940: Carnet de dessins de Royan daté du 10 janvier-26 mai 1940 comporte cinq études avec l’inscription Les Femmes d’Alger par Delacroix (Paris, Musée Picasso).

9 mai 1941 : Picasso achève la grande toile L’Aubade (Paris). Il reprend le thème classique de la sérénade, en s’inspirant en particulier de la Vénus se divertissant avec l’Amour et la Musique du Titien, qu’il a pu voir lors de ses nombreuses visites au Musée du Prado de Madrid.

Mai 1943 : Il rencontre, par l’intermédiaire de l’acteur Alain Cuny, Françoise Gilot, jeune peintre de 22 ans.

1944, 24 au 29 août : Il peint à l’aquarelle et à la gouache une variante (non localisée) de la bacchanale du Triomphe de Pan de Nicolas Poussin (Paris, Musée du Louvre ou Londres, National Gallery). Cette composition contient déjà la source thématique et stylistique de La Pastorale de 1946 qui va se déployer sur les murs du château d’Antibes et sur le panneau de La Paix à Vallauris en 1952.

6 octobre : Le Salon d’Automne de la Libération est consacré aux oeuvres interdites d’exposition durant l’Occupation par les nazis et taxées "d’art dégénéré". C’est la première fois que l’artiste expose au Salon. Après le vernissage, un scandale se déchaîne. Un groupe de jeunes d’extrême-droite décrochent des toiles de Picasso exposées au Salon d’automne. L’exposition doit être gardée par des agents de police.

Aubade (1942)


Libération (1946-1947)
A Antibes, Picasso retrouve l'inspiration et étend son domaine à la céramique

Mi-septembre - mi-novembre 1946: Il peint une vingtaine d’oeuvres aux thèmes méditerranéens : natures mortes avec poissons, oursins, poulpes, pastèques, figures, des faunes avec la grande composition mythologique La Joie de vivre inspirée des bacchanales de Poussin telle que La Grande Bacchanale (Paris, Musée du Louvre).

1947: Série de lithographies datées de 1947-1949 (Paris, Musée Picasso), inspirée du tableau de Cranach intitulé David et Bethsabée (Berlin, Gemäldegalerie). Mai : Picasso, sur une suggestion de Georges Salles (Directeur des musées de France) et Jean Cassou (Directeur du Musée National d’Art Moderne), consent un don au Musée National d’Art Moderne de dix toiles importantes dont L’Atelier de la modiste, 1926, L’Aubade, 1942, La Casserole émaillée, 1945, la Femme assise dans un rocking-chair, 1943 et de plusieurs portraits de Dora Maar.
Avant qu’elles intègrent le musée d’art moderne, Georges Salles invite Picasso à faire voisiner ses toiles avec celle de Zurbarán. L’exposition du corps de Saint Bonaventure, puis avec Le Massacre de Scio et Les Femmes d’Alger de Delacroix, avec les toiles de Courbet L’Atelier et L’Enterrement à Ornans.
15 mai : Naissance de Claude


Peinture, sculpture et céramique à Vallauris (1947-1953)

1949 : Diverses gravures d’après l’oeuvre de Cranach Vénus et l’Amour.
19 avril : Naissance de Paloma

Février 1950: Il reprend deux tableaux : le Portrait d’un artiste de El Greco (Séville, Museo de Bellas Artes) et les Demoiselles des bords de Seine de Courbet (Paris, Musée d’art moderne de la ville de Paris) qui deviennent Portrait d’un peintre d’après le Greco (Lucerne, Picasso Ammlung der Staaf Luzerni, Donation Rosengart) et Les Demoiselles des bords de Seine d’après Courbet (Bâle, Kunstmuseum).

 


Peinture du passé (1954-1963)
La mort de Matisse en 1954 donne à Picasso, déjà très intéressé par la confrontation avec les grands maîtres du passé, le sentiment de n'avoir plus de grand maître avec qui se mesurer. En 1954 il se confronte avec "Les femmes d'Alger" de Delacroix ("A sa mort Matisse m'a laissé ses odalisques"). Suivront les nombreuses versions de "Les Menines" 1957, d'après Vélasquez, "Le déjeuner sur l'herbe" 1959-1961 d'après Manet, "L'enlèvement des sabines" 1963 d'après Poussin et David.

Juin 1954 : Rencontre avec Jacqueline Roque à la galerie Madoura.

Juin 1955 : Picasso achète à Cannes, une grande bâtisse Belle Epoque, appelée La Californie. L’importante rétrospective « Picasso, peintures 1900-1955 » qui se tient de juin au mois d’octobre au Musée des Arts décoratifs à Paris, présente la série des Femmes d’Alger d’après Delacroix.

17 août - 30 décembre 1957 : Examen approfondi des Ménines de Velázquez (Madrid, Museo del Prado). Réalisées au dernier étage de La Californie quarante-quatre variations d’après la toile du maître espagnol (Barcelone, Museu Picasso).

1958 : Picasso achète le château de Vauvenargues, construction du XIVe siècle, situé près d’Aix-en-Provence au pied de la montagne Sainte-Victoire.

Août 1959 : À Vauvenargues, les variations autour du Déjeuner sur l’herbe d’après Manet. Ce projet couvrira une dizaine de périodes distinctes de travail, échelonnées entre août 1959 et décembre 1961 et sera menée dans les trois différents ateliers de Vauvenargues, de La Californie et de Mougins.

2 novembre 1960 : La lithographie Hommage à Bacchus (Graphikmuseum Pablo Picasso Münster) qui reprend la composition de la toile Le triomphe de Pan (Londres, National Gallery), de Poussin.

1962 Octobre-novembre : Nature morte, chat et homard (Hakone Open-Air Museum) fait allusion à La Nature morte au homard de Delacroix (Paris, Musée du Louvre). Hiver : Diverses versions de L’Enlèvement des Sabines. Son inspiration est triple Le Massacre des innocents de Poussin (Chantilly, Musée Condé), L’enlèvement des Sabines de Poussin et Les Sabines de David. Picasso avait demandé à Héléne Parmelin de lui fournir des diapositives des oeuvres Le Massacre des innocents de Chantilly et des Sabines de David. C’est dans cette « chambre à peinture » que l’appareil de projection était installé et les images flottaient sur les murs de Notre-Dame-de-Vie.


Le peintre et son modèle (1963-1964)

Février 1963 : Série du Peintre et son modèle. La Variation Rembrandt et Saskia d’après Rembrandt (collection particulière) du 13, 14 mars et Le Peintre et son modèle (Munich, Staatsgalerie moderner Kunst) en juin en constituent des pièces majeures.

Janvier - mai 1964. Série d’une vingtaine de toiles inspirées par l’Olympia de Manet (Paris, Musée d’Orsay). Une femme nue jouant avec un chat ou un oiseau y prend souvent les traits de Jacqueline tel que Nu couché jouant avec un chat (Bâle, Fondation Beyeler).



Les archétypes (1965-1973)
Dans les dix dernières années à Mougins, Picasso se concentre sur l'essentiel, les figures archétypales de la femme,"Nu", du couple, "baisers", "étreintes", de l'homme, "Mousquetaire, "fumeur". Alors que ses toiles ; d'avant guerre atteignent des prix records, ces dernières oeuvres sont exposées à Avignon en 1970 et 1973 dans l'indifférence générale. On pouvait pourtant y voir là, poussés jusqu'à l'exaspération, des thèmes auxquels Picasso avait toujours été sensible. Les jeunes peintres figuratifs d'aujourd'hui se réclament de cette peinture violente et enthousiaste, véritable plaidoyer en faveur du pouvoir lyrique de l'image peinte.

16 avril 1965 : Il s’inspire des oeuvres de Rembrandt Femme se baignant (Hendrickje Stoffels) (Londres, National Gallery) et de la gravure Femme pissant (Amsterdam, Rijksmuseum) pour réaliser la grande toile provocante La Pisseuse (Paris, Musée National d’Art Moderne).
Représentée à la grecque, elle fait référence à la fois à la peinture hollandaise mais aussi aux sources antiques.

14 juin 1967 : Nu couché (Paris, Musée Picasso) qui fait partie d’une séquence de nus en raccourcis de face, fait écho à la Maja desnuda de Goya (Madrid, Museo del Prado).

1969. Trois-centième anniversaire de Rembrandt. Février : Thème du mousquetaire fumant accompagné d’un cupidon comme Personnage rembranesque et Amour (Lucerne, Picasso Ammlung der Staaf Luzerni, Donation Rosengart) et Mousquetaire et cupidon (Cologne, Museum Ludwig). Ces oeuvres prennent leur source dans une oeuvre de Rembrandt Portrait de Jan Pellicorne et son fils Caspar (Londres, Wallace Collection).
27 mars : Clin d’oeil au Triple portrait de Richelieu par Philippe de Champaigne (Londres, National Gallery) avec Tête de mousquetaire, le Cardinal Richelieu (Montréal, Musée des Beaux-Arts).
Eté : D’après le Portrait du nain Sebastián de Morra de Velázquez (Madrid, Museo del Prado), le bouffon de la cour du roi Philippe IV, Picasso peint diverses variations : Homme assis à l’épée et à la fleur (Collection particulière), Le Nain (Collection particulière), Adolescent (Collection particulière).

Octobre 1970: Le Matador (Paris, Musée Picasso) peut être rapproché du Matador saluant de Manet et Nu couché et homme jouant de la guitare reprenant le thème de la sérénade comme l’oeuvre du Titien Vénus se divertissant avec l’Amour et la Musique (Madrid, Museo del Prado).

21-31 octobre 1971 : 90e anniversaire de Picasso, une sélection d’oeuvres des collections publiques françaises, aujourd’hui conservées au Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou, est présentée dans la Grande Galerie du Louvre. Cet hommage rendu par le gouvernement français est exceptionnel puisque aucun artiste de son vivant n’avait exposé dans la Grande Galerie du Louvre. Héléne Parmelin nous rapporte un propos ironique de Picasso : « Parle-moi avec respect, je vais m’accrocher au Louvre ! » (Hélène Parmelin, Voyage en Picasso, Paris, éditions Robert Laffont, 1980)

En juin - juillet 1972. Série d’autoportraits où la tête devient parfois masque de mort aux yeux exorbités comme la gravure Tête d’homme du 4 juillet 1972 à la manière de l’Autoportrait de Rembrandt au chapeau, bouche ouverte et regardant fixement (Amsterdam, Museum het Rembrandthuis). Il poursuit la peinture à une cadence effrénée jusqu’au 18 août.

Picasso meurt au Mas Notre-Dame-de-Vie à Mougins le 8 avril 1973. De mai à septembre a lieu au Palais des Papes à Avignon l’exposition « Pablo Picasso, 1970-1972», d’après une idée des époux Zervos, afin de découvrir les dernières oeuvres sélectionnées par Picasso lui-même en vue de cette manifestation.

 

Biblio-Vidéographie