Pour Jean Douchet, chez Bergman cinéaste, l'acteur est souvent un acteur de théâtre. Mais il a compris que le cinéma est une façon de faire de l'art dramatique autrement. Autrement c'est-à-dire par la dramaturgie plastique. Le cinéma permet de fermer le quatrième mur par la caméra. Les acteurs sont enfermés, jouent face à la caméra, presque regard caméra. Ils jouent non pas face au public mais enfermés en eux-mêmes. Les personnages sont pris dans des conflits internes et enfermés par la caméra.

Il existe un lien puissant entre le travail cinématographique de Bergman et son œuvre théâtrale. Au cours des années 50, Bergman dirigea von Sydow, durant l'été, dans Le septième sceau, Le visage et La source ; durant la saison théâtrale, l'acteur interpréta au Théâtre municipal de Malmö les rôles de Faust, Peer Gynt, Alceste dans le Misanthrope de Molière et Brick dans Une chatte sur un toit brûlant, sous la direction de Bergman. Von Sydow estime que ses interprétation de Faust et du Septième sceau sont complémentaires.

 

Cinq actrices et quatre acteurs sont directement liés au travail de Bergman :

Eva Dahlbeck (1920-2008). Première égérie de Bergman à la fois femme de tête, fine psychologue et aimante. Toujours rayonnante, elle ne pouvait probablement pas trouver sa place dans les dernières périodes de la filmographie du cinéaste.

Karin l'une des quatre belles-sœurs des frères Lobelius dans L'attente des femmes (1952) ; Marianne, la femme trompée mais victorieuse dans Une leçon d'amour (1954) ; Désirée Armfeldt, la maîtresse abandonnée puis reconquise dans Sourires d'une nuit d'été (1955) ; Stina Andersson, la jeune mère heureuse qui perd son enfant à la fin de Au seuil de la vie (1958), Adélaïde dans Toutes ses femmes (1964).

 


Harriet Andersson (née en 1932) : Elle troubla tous les cinéphiles des années 50. Yeux fermés, épaules offertes au soleil par un pull déboutonné jusqu'à mi-torse dans Monika, à la fin duquel elle jetait au spectateur ce fameux regard caméra qui a marqué l'histoire du cinéma. D'abord héroïne des films d'été, elle évolua avec Bergman vers l'interprétation de l'angoisse métaphysique et de la mort.

Monika (1952)
 

Monika dans Monika (1952) ; Anne, la maîtresse du directeur du cirque dans La nuit des forains (1953) ; Nix, second rôle, dans Une leçon d'amour (1954) ; Marta, la bonne libérée, de Sourires d'une nuit d'été (1955) ; Karin dans A travers le miroir (1961) ; Isolde dans Toutes ses femmes (1964) ; Agnès, la mourante dans Cris et chuchotements (1972) ;Viveka Burman, la vieille femme qui se suicide avec son mari à la fin des Deux bienheureux (1985).

 


Bibi Andersson (née en 1935). Elle incarne la jeunesse espiègle, amoureuse, pure et légère depuis son rôle dans Le septième sceau (1956). Dix ans plus tard, elle devient la petite blonde, indomptable infirmière dans Persona (1966) avant de se débattre pour échapper aux affres du faux bonheur bourgeois dans Le lien (1970) où dans Scènes de la vie conjugale (1973).

Persona (1966)

Jeune mère saltimbanque rêvant d'un bonheur innocent dans Le septième sceau (1956) ; Sara, la jeune fille prise en stop, dans Les fraises sauvages (1957) qui incarne la pureté d'une adolescence pleine de promesses ; Hjordis Pettersson, la jeune fille célibataire soignée pour un avortement raté qui finira par accepter son enfant à la fin d'Au seuil de la vie (1958) ; Sara, la domestique, dans Le visage (1958) ; Britt-Marie, la jeune vierge qui se jouera de Don Juan, dans L'œil du diable (1960); Humlan dans Pour ne pas parler de toutes ces femmes (1964) ; Alma, l'infirmière, dans Persona (1966) Eva Vergerus, la femme adultère dans Une passion (1969), Karin Vergerus, l'épouse adultère qui restera prisonnière de son passé et de sa morale, dans Le lien (1970) ; Katarina, l'amie du couple qui se dispute violemment avec son mari, dans Scènes de la vie conjugale (1973).

 


Ingrid Thulin (1926-2004) Masque sévère, cheveux tirés c'est une femme de tête. Raisonneuse dans Les fraises sauvages (1957), institutrice aux lunettes de myope, amoureuse d'un pasteur dans Les communiants (1962) elle jouera ensuite des rôles de névrosées, du Silence (1963) à Après la répétition (1984) en passant par Cris et chuchotements (1972).

Le visage (1958)
Le silence (1963)

Marianne dans Les fraises sauvages (1957) ; Cécilia, la jeune employée, mariée sans amour, qui perd son enfant en couche dans Au seuil de la vie (1958), Manda Vogler, la femme déguisée en homme du directeur de la troupe dans Le visage (1958) ; Marta Lundberg, la maîtresse du pasteur impuissant et torturé des Communiants (1962) ; Ester, l'intellectuelle tourmentée, malade et sexuellement frustrée dans Le silence (1963) ; Veronica Vogler, l'apparition, ancienne maîtresse du peintre torturé de L'heure du loup (1967) ; Théa Winkelmann, la jeune femme séduisante mais névrosée et alcoolique du directeur de la troupe dans Le rite (1968) ; Karin, femme frigide se mutilant par dégoût du contact physique conjugal dans Cris et chuchotements (1972) ; Rakel, comédienne, névrosée et alcoolique qui fut autrefois la maîtresse d'Henrik dans Après la répétition (1984).

 

Liv Ullmann (née en 1938) : La seule non suédoise. Cette norvégienne personnifie le visage, le rayonnement. Mais aussi la femme brisée : obsédée par son enfance, souille par ses angoisses, murée dans l'insécurité et la solitude.

Persona (1966)
Sarabande (2003)

Elisabeth Vogler, l'actrice aphasique dans Persona (1966), Alma Borg, la jeune épouse du peintre torturé, de L'heure du loup (1967) Eva Rosenberg, la femme du couple ballotté par la guerre et ses bassesses, de La Honte (1967) Anna Fromm, la jeune veuve, de Une passion (1969) Maria, la plus sensuelle des soeurs, dans Cris et chuchotements (1972), Marianne femme mariée confrontée à une crise dans Scènes de la vie conjugale (1973) Jenny Isaksson, la psychiatre renommée et dépressive de Face à face (1976) Manuela Rosenberg, la belle-sœur de Abel, ancienne trapéziste, qui se produit dans un cabaret, dans L'œuf du serpent (1977), Eva, fille reniant sa mère Charlotte (Ingrid Bergman), pianiste professionnelle dans Sonate d'automne (1977), Marianne, dans Sarabande (2003).

 

Birger Malmsten (1920–1991) : David dans Il pleut sur notre amour (1946), Johannes Blom dans L'éternel mirage (1946), Bengt Vyldeke dans Musique dans les ténèbres (1948), Thomas dans La prison (1949), Bertil dans La fontaine d'Aréthuse (1949), Marcel dans Vers la joie (1949), Henrik dans Jeux d'été (1951), Martin Lobelius dans L'attente des femmes (1952).

   
La prison (1949)

 

Gunnar Björnstrand (1909–1986) : Fredrick Lobelius, le mari de Karin dans L'attente des femmes (1952), le docteur David Erneman, mari volage qui récupère sa femme, Marianne, dans Une leçon d'amour (1954), Fredrik Egerman, l'avocat qui retournera à sa maîtresse dans Sourires d'une nuit d'été (1955), Jons, l'écuyer du chevalier Antonius Block dans Le septième sceau (1956), Evald, le mari, dans Les fraises sauvages (1957), le docteur Vergerus, qui ne croit pas aux dons surnaturels de Vogler et le lui manifeste avec ironie et mépris, dans Le visage (1958), David, le père romancier, dans A travers le miroir (1961), Tomas Ericsson, le pasteur impuissant des Communiants (1962), le mari d'Elisabeth Vogler dans Persona (1966), Le colonel Jacobi de La honte (1967), Hans Winkelmann, le directeur de la troupe, dans Le rite (1968). Le grand-père dans Face à face (1976).

Le rite (1968)

 

Max Von Sydow (né en 1929). Le chevalier Antonius Block dans Le septième sceau (1956), Albert Emanuel Vogler dans Le visage (1958), Tore, le père de Karin, la jeune fille assassinée dans La source (1959), Martin, le mari de Karin, dans A travers le miroir (1961) Jonas Persson, le pêcheur torturé qui se suicide, dans Les communiants (1962), Johan Borg, le peintre impuissant de L'heure du loup (1967) l'homme du couple ballotté par la guerre et ses bassesses de La honte (1967) Andreas Winkelman, l'amant indécis et torturé, de Une passion (1969) Andreas Vergerus, l'époux de Karin Vergerus, adultère, qui restera prisonnière de son passé et de sa morale dans Le lien (1970).

La honte (1967)

 

Erland Josephson (né en 1923) : Bertil, second rôle, dans Vers la joie (1950), Elis Vergerus, l'architecte, mari trompé, de Une passion (1969), Johan dans Scènes de la vie conjugale (1973), visage entr'aperçu dans l'introduction de La flûte enchantée (1975) Thomas Jacobi , le confrère et ami de Jenny Isaksson la psychiatre avec qui il communique longuement dans Face à face (1976), Isaak Jacobi dans Fanny et Alexandre (1982), Henrik Vogler, le vieux metteur en scène, de Après la répétition (1984) Osvald Vogler, le professeur fou, compagnon de Carl Akerblom dans En présence d'un clown (1997); Johan, l'ancien mari de Marianne, dans Sarabande (2003).

Sarabande (2003)