1860.
La Sicile est la proie des luttes intestines déclenchées par Garibaldi et
ses "chemises rouges". Tandis que les hommes du chef révolutionnaire débarquent
dans l'île, le prince Salina se rend avec toute sa famille dans sa résidence
secondaire de Donnafugata. Son neveu Tancrède, qu'il estime, s'est engagé
dans les rangs de Garibaldi. Le Prince, qui prévoit le déclin du rôle politique
de l'aristocratie, accueille volontiers dans sa maison le maire de la ville
et sa fille Angelica qui représentent la classe sociale montante : la bourgeoisie
d'argent. Politiquement, l'Italie s'achemine vers un régime libéral (monarchie
constitutionnelle). Tancrède abandonne les troupes de Garibaldi pour rejoindre
les forces royalistes. Au cours d'un bal somptueux, le prince Salina - qui
a refusé un siège au Sénat car il ne se sent pas apte à servir le nouveau
régime - est saisi de malaise. Tous ces bouleversements sociaux et politiques
l'ont miné. Il constate avec fatalisme et amertume la fin d'une époque. Seul
dans la nuit sur une place déserte, le Prince Salina contemple les étoiles.
L'aube qui approche ne le concerne plus.
Accueilli triomphalement à Cannes en 1963, Le guépard apparaît néanmoins
à certains comme une trahison par rapport à La
terre tremble, Senso ou Rocco.
Sous son allure de chef-d'oeuvre transparaîtrait académisme, anachronisme
et esthétisme. Ne s'agirait-il que du Autant
en emporte le vent italien ? Loin du dynamisme et du renouveau de la Nouvelle
Vague le film semble avoir une inspiration et une facture fâcheusement éloignées
des exigences modernes.
A la sortie du Guépard, le trio Fellini, Antonioni, Visconti domine la scène car les tenants du néo réalisme semblent en perte de vitesse. Viva l'Italia de Rossellini en 1961 ne convainc pas, pas plus qu'en 1962 Les séquestrés d'Altona de DeSica. La réalité nouvelle, liée à l'essor économique et à la naissance d'une société du spectacle et de la consommation, appelle d'autres témoignages, qui tendent à privilégier, au détriment des problématiques socio-politiques engagées, des considérations plus étroitement existentielles sur "l'aliénation".
Le diagnostic sévère que Visconti porte sur l'évolution historique et morale de l'Italie ne l'incite pas à joindre sa voix aux complaintes existentielles de L'avventura (1960) et La nuit (1961) ou de La dolce vita (1961) et Huit et demi (1962). Il se défend vivement, à la sortie du Guépard d'avoir voulu inscrire son film dans "cette sorte de vague Elysée, d'ailleurs on ne peut plus provincial, de la soi disant littérature de l'angoisse". Un seul mot de passe pour l'art tel qu'il continue de le concevoir : réalisme.
Parmi les jeunes, qu'il accuse de manque de "hargne" face au réel et d'excès de soumission à la mode (l'antonionisme, la Nouvelle vague) seuls Elio Pétri et surtout son élève Francesco Rosi avec Main basse sur la ville et Salvatore Giuliano lui paraissent tenir un discours urgent, d'une réelle actualité. Adaptation du roman de Tomasi di Lampedusa. Contexte historique plus fort. Resserrement 1860/62 de la révolution à la restauration. Pas de Focalisation interne sur le prince.
Bibliographie :
Laurence SCHIFANO, "Le Guépard" collection synopsis, Nathan 1991
