Il
fait chaud et lourd à Rome. La circulation est paralysée par
un gigantesque embouteillage. À l'intérieur d'une des voitures
immobilisées, un homme suffoque. Comment s'évader de cet étouffoir
? Par la pensée. L'homme s'élève dans les airs. Attaché
à un filin comme un cerf-volant, il survole une plage. Un étrange
cavalier maintient l'autre bout de la corde.
Cette séquence d'ouverture, tour à tour réaliste et surréaliste, donne bien le ton du film. Son héros, Guido, est un metteur en scène de cinéma victime d'un malaise qui éclot en dépression nerveuse. D'où la nécessité de suivre une cure de repos dans un établissement thermal. Cette oisiveté forcée dont la vie mondaine n'est pas exclue, incité l'artiste "en disponibilité" à rêvasser. Il accueille complaisamment des images issues d'un lointain passé, revoit la ferme de son enfance, toute chaude de sensations délicieuses, rencontre son père et sa mère aux abords de leurs propres tombes... En même temps, il doit faire front à la vie quotidienne: ses amis et collaborateurs lui rendent visite l'entretiennent du projet de film qu'il a dû interrompre. Il est fatigué, agacé, persuadé de son impuissance à créer. Il flotte entre le réel et l'imaginaire. Tout lui est prétexte à s'évader dans l'univers du rêve. Il jongle ainsi avec l'espace et le temps, s'interroge sur l'échec de sa vie conjugale, se sent coincé entre femme et maîtresse. Par associations d'idées, il s'imagine au cur d'un harem à sa dévotion. Il se revoit, tout enfant victime de la discipline rigoriste d'une institution religieuse. Il évoque ses premiers émois sensuels au spectacle d'une femme énorme, a demi sauvage...
... Et puis, il y a ce maudit film (une histoire de science-fiction) qu'il ne sait plus comment terminer.
Au terme de ce tumultueux examen de conscience, Guido apaisé, invite tous ses compagnons de route (réels ou rêvés) à participer à une joyeuse farandole au centre de laquelle un enfant tout de blanc vêtu joue du pipeau. Cet enfant, c'est lui.
Fellini a
ainsi nommé sont film parce que c'est son huitième ou nuevième
opus, selon que l'on compte ou pas le premier, cosigné.
