Le site propose des classements chronologiques d'œuvres selon la nationalité et date de naissance des cinéastes. Ces classements nationaux font l'objet d'histoires du cinéma. (voir : histoires du cinéma).

Nous appuyant sur les écrits de Gilles Deleuze, c'est à une recherche plus conceptuelle que nous appelons ceux qui voudront bien discuter avec nous de la classification présentée ici.

Dans un premier temps, seule l'émotion compte. Selon nous, celle-ci est produite au travers de signes, révélateurs du noyau créateur de l'œuvre. Le spectateur, tourné vers le film en comprend l'enjeu, ce qui a motivé les choix de mises en scène du réalisateur. Cest l'objet de la théorie critique du ciné-club de Caen.

Dans un second temps, il nous semble intéressant d'appréhender l'œuvre du cinéaste au sein des grands mouvements esthétiques. Ceux-ci peuvent être définis comme les différentes manières de ressentir qui se sont développées au cours du temps ; ce que Heinrich Wölfflin a appelé les bouleversements du sentiment décoratif (ce qui mérite d'être représenté) et du sentiment imitatif (comment le représenter). Le spectateur, tourné cette fois vers l'histoire de l'art, recherche comment les cinéastes y trouvent leur place et la bouscule.

Nous faisons le pari que peinture et cinéma génèrent des manières de ressentir identiques même si les moyens pour y parvenir sont différents et ne s'inscrivent pas dans la même continuité chronologique.

C'est pourquoi, nous reprendrons la classification des mouvements du cinéma telle que Gilles Deleuze l'a proposée dans L'image-temps et nous les rapprocherons, comme il le fait lui-même très souvent, d'un mouvement de la peinture. Chaque correspondance sera illustrée par le rapprochement d'un peintre et d'un cinéaste.

 

Le Cinéma classique

Le cinéma reste classique tant qu'il tant qu'il cherche à rendre le plus clair possible l'enchaînement action-réaction et subordonne les coupures à cet enchaînement. Les coupures optiques (fondu-enchaîné) ou faux raccords fonctionnent alors comme de simples lacunes, c'est à dire comme des vides, encore moteurs, que les images enchaînés doivent franchir. Les coupures rationnelles déterminent toujours des rapports commensurables entre séries d'images et constituent par là toute la rythmique et l'harmonie du cinéma classique.

1 - L'image action : David Wark Griffith, Cecil B. De Mille, John Ford, Howard Hawks, Robert Flaherty, King Vidor, Akira Kurosawa

2 - L'image situation : Charles Chaplin, Ernst Lubitsch , Anthony Mann, Sam Peckinpah, Arthur Penn, Jim Jarmusch, Kenji Mizoguchi

3 - L'école soviétique : Serguei Mikhaïlovitch Eisenstein, Vsevolod Poudovkine, Alexandre Dovjenko, Dziga Vertov

4 - L'expressionnisme : Friedrich W.Murnau, Georg Wilhelm Pabst, Fritz Lang, David Cronenberg, Martin Scorsese, John Carpenter.

5 - L'impressionnisme : Louis Lumière, Louis Delluc, Germaine Dulac, Marcel L'Herbier, Abel Gance, René Clair, Jean Vigo, Jean Epstein, Jean Grémillon, jean Renoir.

6 - L'abstraction lyrique : Jacques Tourneur, Joseph von Sternberg, Vincente Minnelli, Douglas Sirk, Carl Dreyer, Robert Bresson, Rainer Werner Fassbinder, Philippe Garrel

7 - Le naturalisme : Erich von Stroheim, Luis Bunuel, Nicholas Ray, Joseph Losey, David Lynch, Jean-Claude Brisseau

8 - La crise de l'image-action : Alfred Hitchcock, Tex Avery , Les Marx brothers, Sergio Leone, Brian de Palma , Wong Kar-wai , Quentin Tarantino

 

Le cinéma moderne

Dans le cinéma moderne, l'image n'est plus enchaînée à la succession des actions. C'est la condition dostoievskienne : "L'idiot" éprouve le besoin de voir les donnée d'un problème de façon plus profonde que la situation et de façon encore plus urgente.

Chez Ozu, dans le néo-réalisme, dans la nouvelle vague, la vision n'est même pas un présupposé ajouté à l'action, elle prend toute la place et tient lieu d'action. La coupure entre images se met à valoir pour elle-même, c'est une coupure irrationnelle qui détermine des rapports non commensurables entre images. Les images ne sont certes pas livrées au hasard, mais il n'y a que des réenchaînements soumis à la coupure, au lieu de coupures soumises à l'enchaînement. Le néoréalisme invente ainsi l'image optique pure alors que, parallèlement, la nouvelle vague invente des dispositifs où se confrontent imaginaire et posture des corps donnant naissance à des mouvements radicalisant leur position entre cinéma mental et cinéma des corps.

9 - Le néo-réalisme : Roberto Rossellini, Vittorio de Sica, De Santis, Federico Fellini, Michelangelo Antonioni, Luchino Visconti et Yasujiro Ozu, Satyajit Ray, Abbas Kiarostami.

10- La nouvelle vague : François Truffaut, Jean Eustache, Eric Rohmer, Arnaud Desplechin, Olivier Assayas, Pascal Bonitzer, Wim Wenders, Jim Jarmusch.

11- Résistance des corps : John Cassavetes, Andy Warhol, Maurice Pialat, Patrice Chéreau, Jacques Doillon, Bruno Dumont.

12- Cinéma mental : Stanley Kubrick, Alain Resnais, André Téchiné, Benoît Jacquot, Claude Chabrol, Nanni Moretti.

13- Pointes de présents et nappes de passé : Marcel Carné, Joseph Mankiewicz, Hou Hsiao-hsien, Clint Eastwood, Pedro Almodovar, Chris Marker,.

14- L'image cristal : Max Ophuls, Jean Renoir, Luchino Visconti, Federico Fellini, Andrei Tarkovski, Jacques Rivette, Bela Tarr, Alexandre Sokourov, Gus van Sant, Chantal Akerman, Sofia Coppola.

15- Les puissances du faux : Orson Welles, Fritz Lang, Pier Paolo Pasolini, Jean Rouch, Gilles Perreault, Lars von Trier, Raoul Ruiz, Tim Burton.

16- Pensée et cinéma : Jean-Luc Godard, Guy Debord, Stan Brakhage.