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Anna
quitte la riche demeure familiale pour une croisière de quelques jours
avec Sandro et des amis. Son père désapprouve sa liaison avec
Sandro et ne croit pas au mariage prochain de sa fille. Diplomate de carrière
maintenant à la retraite, le mensonge de sa propre vie privée
lui pèse mais Anna refuse qu'il s'explique plus avant. Son amie Clara
est venue la chercher et ils s'en vont rejoindre Sandro en ville. Sur place,
Anna n'est plus bien sure d'avoir envie de revoir Sandro après le mois
d'éloignement qu'elle lui a imposé. Elle s'apprête à
repartir avec Clara quand Sandro, les ayant aperçu, appelle Anna. Celle-ci
monte dans son appartement et, après un moment d'incertitude, se donne
à lui pendant que Clara visite une galerie de peinture.
Au matin sur le yacht, au large de la Sicile autour des îles Eoliennes en mer Tyrrhénienne, les passagers se réveillent : Clara, Raimondo, Corrado et Giulia sa jeune femme qu'il ne cesse d'humilier puis Anna et Sandro et enfin Patricia, la propriétaire du yacht, bourgeoise neurasthénique. Les tensions entre Anna et Sandro ne se sont pas apaisé et ce dernier propose soudainement une baignade en face des cotes inhospitalières de l'île de Basiluzzo. Après une courte hésitation c'est Anna qui plonge la première puis Sandro, Clara et Giulia. Anna met soudainement fin à la baignade en déclarant avoir vu un requin. Elle avoue quelques instants plus tard à Clara que ce n'était qu'une blague. Anna offre l'une de ses chemises à Clara
Les passagers accostent sur la petite île de Lisca Bianca. Anna déclare à Sandro qu'après un mois de séparation, elle ne le sent plus. Sandro réplique par une allusion sexuelle et, excédée, Anna exprime le souhait de rester seule "un mois, trois mois, un an ou trois ans". Tous mangent ou s'endorment. La mer devient soudain mauvaise et Flavio, le pilote du bateau, demande à chacun de réembarquer. Anna a disparu, Corrado semble avoir entendu le bruit d'un canot à moteur qui l'a peut-être emmenée en tous les cas malgré les recherches on ne retrouve plus trace d'Anna.
Sandro, Corrado et Clara, malgré l'avis des deux autres, restent sur l'île alors que les autres passagers vont avertir les autorités. Un pécheur, l'unique habitant de l'île, héberge Sandro, Corrado et Clara pour la nuit. Au matin, alors que le soleil se lève, Sandro et Clara se réconcilient. Le père d'Anna puis les policiers arrivent sur l'île mais ne trouvent pas trace de la jeune femme. La police pense qu'elle a pu être enlevée par une bande de contrebandiers.
En Sicile, Sandro assiste en vain à leur interrogatoire. Il rejoint Clara a la gare qui lui déclare vouloir visiter toutes les lies pour retrouver Anna. Il lui déclare son amour, elle refuse de l'accompagner à Messine et c'est seul qu'il prend contact avec le journaliste qui suit l'affaire de la disparition de Clara.
Celui-ci court après une starlette locale, Gloria Perkins ,19 ans, "écrivain médium " en voyage entre Palerme et Capri dont la robe déchirée attire tous les hommes de la ville. C'est une prostituée qui essaie d'attirer ainsi l'attention de riches clients auxquels elle demande 50 000 lires. Le journaliste se laisse acheter par Sandro qui lui fait imprimer l'information douteuse d'un pharmacien de Troina qui, à 50 km de là, aurait aperçu une femme ressemblant à Anna venue acheter un calmant.
Clara est revenue chez Patricia et son mari à Taormina après sa quête dans les îles. Elle constate que Giulia a trouvé une réponse dérisoire à sa frustration amoureuse et sexuelle auprès du fils de la famille. Comme le souhaitait Sandro, Clara est alertée par la nouvelle du journal. Elle rejoint Sandro à Troina puis à Noto où le pharmacien, aussi névrosé que sa jeune épouse, croit que la jeune femme est partie.
Sandro devant les merveilles architectural de la ville de Noto déclare à Clara qu'il veut abandonner son métier lucratif de métreur auprès d'Etorre, le mari de Patricia, pour reprendre son activité d'architecte. Il la demande en mariage. Elle refuse mais se donne à lui.
Sandro part seul visiter le musée de la ville. Il est fermé. Il regarde jalousement le dessin d'un jeune architecte de 23 ans et renverse l'encrier sur le dessin de celui-ci. Après une brève altercation, il rejoint Clara, ferme la fenêtre et tente de lui faire l'amour. Devant son refus d'être brusquée, il lui reproche de ne pas vouloir tenter l'aventure d'un nouvel amour.
Claudia et Sandro retrouvent leurs amis de croisière dans un hôtel luxueux de Taormina. Au cours d'une soirée très mondaine, Sandro trompe Claudia avec une la jeune starlette prostituée entr'aperçue à Messine. Révoltée et désemparée, Claudia s'isole sur une terrasse au bord de la mer. C'est là que Sandro vient la rejoindre : il mesure l'étendue du gâchis qu'il vient de provoquer. Immobile, il sollicite son pardon. En guise de réponse. Claudia lui caresse lentement les cheveux.![]() |
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Au lendemain de sa présentation à Cannes, en 1960, où
le film fut accueilli par les sarcasmes du public, L'Avventura était
salué par une lettre de soutien de 37 cinéastes et de critiques
parmi lesquels Roberto Rossellini. L'Avventura reçoit le prix
spécial du jury "pour sa remarquable contribution à la
recherche d'un nouveau langage cinématographique" ce qui lui vaut
d'être distribué dans le monde entier. En 1962, il entre en deuxième
position parmi les meilleurs films de tous les temps dans le classement décennal
de l'influente revue Sight and Sound
(5ème et 7ème en 1972 et 1982, il n'apparaît plus ensuite
dans le top 10)
Disparition métaphysique
Rupture brutale dans les conventions du récit cinématographique, la "double disparition" qu'évoquait, à l'époque, Pascal Bonitzer dans les Cahiers du cinéma - disparition physique et oubli dans l'esprit des personnages et des spectateurs - plonge le film dans un vide immense voulu par Antonioni. Sous les questions de ses producteurs, il s'entêtait à répondre qu'Anna doit s'effacer non seulement physiquement mais dans l'esprit de se son amant et de ses amis. Antonioni décrit L'Avventura comme un "polar à l'envers", faisant allusion au fait que la victime n'est jamais retrouvée et que non seulement le crime n'est pas élucidé mais qu'il n'est même pas certain qu'il ait eut lieu. Le sens du récit est irrémédiablement perdu.
La disparue fait peser sur le couple un regard indéterminable qui lui donne le sentiment perpétuel d'être épié, et explique l'incoordination de ses mouvements objectifs, quand il fuit tout en prétendant la rechercher.
Antonioni utilise un cadre géométrique qui ne laisse plus subsister entre ses éléments, personnages et objets que des rapports de mesure et de distance, transformant cette fois l'action en déplacement de figures dans l'espace. L'avventura constitue ainsi un tournant stylistique dans la carrière d'Antonioni. Le format panoramique (1,77 au lieu de 1,37) lui fournit un nouvel espace dans lequel composer des plans désormais plus épurés.
Les temps morts ne montrent pas seulement les banalités de la vie quotidienne, ils recueillent les conséquences ou l'effet d'un événement remarquable qui n'est que constaté par lui-même sans être expliqué. Il faut tirer toutes les conséquences d'une expérience décisive passée, la disparition d'Anna, une fois que c'est fait et que tout a été dit, "quand tout a été dit, quand la scène majeure semble terminée, il y a ce qui vient après" (Antonioni, cinéma58, septembre 58).
Eros malade
Pour ceux qui ne comprendraient pas les pulsions incontrôlables de Sandro
et l'empressement de Claudia à lui pardonner, Antonioni explique que
l'obsession du sexe ne serait pas aussi généralisée "si
Eros était sain, j'entends juste en harmonie avec la mesure et la condition
de l'homme. Il y a un malaise par contre, et comme tous les malaises l'homme
réagit mais il réagit mal, uniquement sous la poussée
érotique et il est malheureux". Dans cette optique, ce n'est pas
seulement Sandro qui est condamné mais tous les hommes de Sicile. Ceux
de Messine qui accourent en ville voir la starlette à la jupe déchirée.
Ceux de Noto qui importunent Clara pendant que Sandro se renseigne à
l'hôtel sur la présence de Anna. Ceux de Taormina, Giulia bien
sure qui batifole bêtement avec l'adolescent de dix-sept ans mais aussi
tous les riches invités qui demandent "qui est cette poupée
qui vient d'arriver "et qui la dévisagent.
L'origine de la frustration de Sandro transparaît clairement dans le
film. Il s'est vendu, sacrifiant ses talents artistiques au profit d'un travail
de consultant beaucoup plus lucratif. Il n'a pas réussit à trouver
un équilibre entre amour et épanouissement professionnel, considéré
par Freud comme essentiel au bien être et il utilise le premier pour
compenser l'absence du second. Ce n'est pas un hasard si les pulsions érotiques
les plus fortes surviennent dans la ville de Noto, au milieu des splendeurs
de l'architecture sicilienne et s'il renverse "accidentellement"
un encrier sur le dessin d'un étudiant en architecture. Les personnages
secondaires du film souffrent du même malaise : blasés, apathiques
et insatisfaits de leur vie, ils ne trouvent pas l'énergie d'en changer
et finissent par suivre la masse, ainsi de Sandro quittant la place avec le
flux des élèves de l'école religieuse. La seule à
posséder un potentiel est Claudia, peut-être à cause de
ses origines plus modestes. A Sandro désenchanté qui lui déclare
" Je me croyais un génie prêt à vivre dans un meublé.
Aujourd'hui, j'ai deux maisons, une à Rome, l'autre a Milan. Quant
au génie je n'en suis pas un. Qu'en penses-tu ? Elle lui répond
" Je raisonne autrement " comme, un peu plus tôt, elle avait
dit à Patricia " J'ai eu une enfance judicieuse
c'est à
dire pauvre ". Clara affronte une disparition supplémentaire,
celle de ses certitudes amoureuses. Elle finit par pardonner à Sandro
sans que cela ne présage rien de bon pour son avenir.
Qu'est-ce que l'aventure ? Pour Antonioni : "les personnages du film vivent une aventure émotionnelle elle implique la mort et la naissance d'un amour- une aventure psychologique et morale qui les fait agir à l'encontre des conventions établies et de critères d'un monde désormais dépassé."
Certes c'est une aventure au sens trivial du terme mais le mot évoque également la prise de risque plus grave qu'implique toute relation amoureuse, en particulier dans des temps marqués par la névrose et la dérive spirituelle.
Si ce film n'est manifestement pas un éloge du libertinage, il ne le condamne pas non plus en vertu de la morale traditionnelle. La confusion érotique et professionnelle Sandro qu'Antonioni qualifie de malattia dei sentimenti (maladie des sentiments) doit évoquer la pitié et non des louanges ou des condamnations.
Dans ce film, Antonioni poursuit sa confrontation avec le travail du peintre qu'il avait entamé avec Femmes entre elles et qu'il poursuivra dans La notte, le désert rouge et surtout Blow-up.
On retiendra d'une part l'étrange scène où Claudia visite la galerie de peinture pendant que Sandro et Anna font l'amour. Claudia, abandonnée par Anna entre par hasard dans une galerie de peinture. Elle croise un couple interressé puis deux hommes qui semblent se moquer de l'oeuvre du peintre exposé sur le même ton que les adolescents de Femmes entre elles.
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(voir : peinture)
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Semble là être mis en parallèle l'incertitude des sentiments amoureux et esthétiques par un montage qui raccorde dans l'axe les plans inquiets de Anna et Claudia. C'est d'abord Claudia qui regarde en l'air et se retouve connectée à Anna dans une chambre pourtant spatialement éloignée mais qui semble s'interroger tout autant alors que Sandro s'apprête à lui faire l'amour.
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(voir : peinture)
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A la fin de la séquence, un raccord exactement parrallèle ramène une nouvelle fois Clara à l'espace de Anna dans la chambre spatialement éloignée.
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(voir : peinture)
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Le rapport avec l'étrangeté du tableau, son déchiffrement aussi incertain que celui du film est une métaphore que Antonioni poursuit ainsi tout au long de son oeuvre.
La correspondance avec la peinture se révèle de manière plus classique dans la ressemblance de certains plans avec l'uvre de De Chirico, peintre originaire de Ferrare comme lui.
Ainsi l'étrange travelling avant qui semble observer Sandro et Clara qui fuient pour vivre leur amour au lieu de chercher Anna évoque le cadrage de La tour rouge
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Début du travelling (voir : fuite)
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La
tour rouge de Giorgio de Chirico (1913)
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Puis la fin du travelling avant se termine sur une église vide, proche du cadrage et de l'architecture de La mélancolie.
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Fin du travelling (voir : fuite)
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La
mélancolie de Giorgio de Chirico (1912)
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Jean-Luc Lacuve le 24/08/2007
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Editeur : Editions Montparnasse Master numérique restauré. Version originale sous-titrée, Son mono restauré et re-mastering digital 5.1. |
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Suppléments de l'édition collector (2004) : De labstrait vers lhumain, analyse de séquences par Olivier Assayas, 45 min. Document darchives :extrait de Storia di un autore, 8 min. Entretien avec Michelangelo Antonioni, 11 min. Cinéma cinémas : Monica, 9 min. Bande-annonce originale. Livret sur les conditions de tournage. |
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Le cinéma italien dans une nouvelle collection DVD (2008) : film restauré dans un boîtier extra fin pour 10 €. La première série comprend deux grands classiques : L'avventura et Main basse sur la ville et deux inédits en DVD : Le Bel Antonio et Les 3 visages de la peur. |