Thématique : universalité, apprentissage, sensibilité, humour. Carence affective à partir de la figure de la mère. Rôle salvateur de l'art.

Stylistique : évidence de la narration donnant sans cesse des informations. Cependant les réponses sont sans cesse mises en attente. La succession des ellipses renvoi à une succession de petites séquences anodines fourmillant de répétitions thématiques. Ce sont ces rimes qui marquent l'inconscient du spectateur et finissent par donner la clé de l'énigme.

Chacun des récits de Truffaut est le lieu d'une double lecture et projette simultanément deux histoires : l'une, réaliste, obéissant aux règles logiques d'un enchaînement narratif classique (histoire d'amour, chronique d'enfance ou intrigue policière); l'autre, fantasmatique, projection d'un vécu personnel où le fils tente de comprendre son rapport avec sa mère.

Le développement de son style narratif consiste à dissimuler son travail avec une adresse et une économie de moyens grandissante, à le fermer à l'analyse sous l'apparence d'une écriture classique. L'efficacité stylistique des films tient à la mise en place, à l'intérieur des récits, d'un double système de perception. Au cours de leur déroulement, l'esprit du spectateur est sollicité par deux modes différents et complémentaires : tandis que son attention est mobilisée par le réseau complexe d'un récit qui, à force d'ellipses, de rebondissements et d'énigmes narratives, retient toute son énergie, une lecture inconsciente, suscitée par une série de rimes, répétitions, retours, parallélismes, lui permet de brûler les lentes étapes du rationnel pour organiser les données de l'image en une vision cohérente et harmonieuse.

La narration a pour objet de paralyser le conscient et on a l'émotion , tout en nourrissant l'inconscient et on a le plaisir. La construction soigneuse de ses scénarios a pour objet de laisser sans cesse en suspens des questions clairement formulées qui absorbent toute l'attention du spectateur. La fragmentation spatio temporelle de scènes que soudent rarement des relations de cause à effet et la multiplication des micro récits atomisent le récit en mosaïque retardant le moment où il se constitue en histoire; l'accumulation des informations dans un même fragment embouteille le système perceptif; des techniques comme la voix off, qui crée une tension entre l'image et la parole, ou la surimpression, qui brouille les référents iconiques, viennent parasiter une information directe. Tous ces procédés freinent la coulée du récit, paralysent la réflexion et suspendent le cours du rationnel en interdisant une interprétation immédiate du matériel. Ils mobilisent aussi puissamment l'appareil perceptif du spectateur rivé dans son fauteuil et à l'affût d'une solution que la limpidité presque suspecte de chaque détail l'autorise toujours à espérer.

Ayant ainsi miné la fonction logique, Truffaut mitraille la fonction émotive de stimulants. C'est ici qu'intervient la répétition. Son utilisation dans le récit correspond à une recherche beaucoup moins délibérée que celle de l'ellipse. Elle relève de "l'instinct", mot favori de Truffaut pour désigner la mise en scène. A l'absence de liaison narrative s'oppose en effet un système de rimes et de parallélismes. La présence de ce réseau crée une continuité souterraine qui pallie l'absence d'enchaînements rationnels. Ces figures, sans contredire la logique de l'histoire, semblent légèrement déplacées par rapport à elle, mais surtout leur retour obsédant excède le strict besoin de la narration. Ce matériel "en trop" fait travailler l'imaginaire du spectateur, le branche sur un autre mode de pensée pour le forcer à produire des associations de nature inconsciente. La coulée inconsciente créée par répétitions renvoie à ces fantasmes simples et universels qu'on appelle "fantasmes originaires parce qu'ils posent les problèmes des origines: dans la scène primitive c'est l'origine du sujet; dans le fantasme de séduction, l'origine de la sexualité; dans les fantasmes de la castration, l'origine de la différence des sexes.

Bibliographie :

Anne GILLAIN "François Truffaut ou le secret perdu"

Filmographie :

1954 : Une visite ; 1958 : Histoire d'eau

1957 Les mistons
 

Avec : Bernadette Lafont, Gérard Blain

Bernadette traverse Nîmes à vélo: "elle roulait toujours jupe flottante et assurément sans jupon". Elle suscite l'admiration de cinq gamins, les mistons...

   
1959 Les quatre cents coups

Avec : Jean-Pierre Léaud (Antoine Doinel), Claire Maurier (Mère d’Antoine), Albert Rémy (Père adoptif d’Antoine). 1h34.

Antoine Doinel est un écolier éveillé, malicieux et turbulent. En compagnie de son ami René, il pratique volontiers l'absentéisme scolaire pour traîner dans les rues et fréquenter les cinémas du quartier de la Place Clichy. Ses parents ne s'entendent pas très bien (il n'est d'ailleurs pas "le fils de son père" et il le sait). Il surprend un jour sa mère au bras d'un inconnu. Un soir, il décide de faire une fugue mais elle est de courte durée...

   
1960 Tirez sur le pianiste

Avec : Charles Aznavour (Charlie Kohler/Edouard Saroyan), Marie Dubois (Lena), Nicole Berger (Theresa). 1h25.

Charlie Kohler joue du piano dans le bar-dancing populaire de Plyne. Son frère Chico, poursuivi par les gangsters Ernest et Momo, vient trouver refuge auprès de lui. Après avoir réglé la situation, Charlie regagne son domicile et retrouve son amie Clarisse, une jolie prostituée voisine de palier. Léna, la serveuse du bar, est intriguée par la timidité et le mutisme de Charlie. Au cours d'une promenade, elle parvient à lui arracher quelques confidences...

   
1962 Jules et Jim

Avec : Jeanne Moreau (Catherine), Oskar Werner (Jules), Henri Serre (Jim), Vanna Urbino (Gilberte), Marie Dubois (Therèse). 1h50.

Paris, 1912. Jules, qui est Allemand et Jim, qui est Français, tous deux artistes, s'éprennent de la même femme, Catherine, qui a le même sourire qu'une statue qui les a ébloui en Grèce. C'est Jules qui épouse Catherine. Jim sera le parrain de leur petite fille, Sabine. La guerre les sépare. Ils se retrouvent en 1918, Jim vient les voir en Allemagne, et s'aperçoit que Jules et Catherine ne s'aiment plus...

   
1962 Antoine et Colette
 

Avec : Jean-Pierre Léaud (Antoine Doinel), Marie-France Pisier (Colette), Rosy Varte (La mère de Colette). 0h29.

Antoine rencontre Colette aus jeunesses musicales. Il travaille chez un disquaire, elle étudie et ne le prend pas au sérieux. Antoine emmenage dans l'hôtel d'en face...

   
1964 La peau douce

Avec : Jean Desailly (Pierre Lachenay), Françoise Dorléac (Nicole), Nelly Benedetti (Franca), Daniel Ceccaldi (Clement). 1h53.

Pierre Lachenay, écrivain en vogue est à 44 ans, l'époux heureux depuis quatorze ans d'une femme charmante, Franca, qui lui a donné une adorable fillette, Sabine. Pierre voyage beaucoup, pour donner des conférences. A Lisbonne il lie connaissance avec Nicole, l'hôtesse qu'il avait remarquée dans l'avion. De retour à Paris, l'écrivain a besoin de revoir la jeune fille....

   
1966 Fahrenheit 451

Avec : Oskar Werner (Montag), Julie Christie (Linda/Clarisse), Cyril Cusack (The Captain), Anton Diffring (Fabian).1h50.

Dans un pays indéfini, à une époque indéterminée, le gouvernement a interdit la lecture et condamne la possession de livres. Une brigade de pompiers est chargée de détruire par le feu toutes les œuvres littéraires découvertes.

   
1967

La mariée était en noir

Avec : Jeanne Moreau (Julie Kohler), Claude Rich (Bliss), Jean-Claude Brialy (Corey), Michel Bouquet (Coral). 1h47.

Le jour de son mariage, à la sortie de l'église, Julie Kohier a vu son mari, David, se faire tuer sous ses yeux par une balle tirée d'on ne sait où. Veuve le jour de ses noces, Julie entreprend de se venger des cinq complices de ce meurtre.

   
1968 Baisers volés

Avec : Jean-Pierre Léaud (Antoine Doinel), Claude Jade (Christine Darbon), Delphine Seyrig (Fabienne Tabard). 1h30.

Son service militaire achevé, Antoine Doinel intègre sa petite mansarde à Montmartre et s'empresse d'aller revoir Christine Darbon, dont il est éperdument amoureux. Naturellement, il cherche du travail. Le père de Christine lui trouve un emploi de veilleur de nuit dans un hôtel mais, à l'aube de sa première nuit de travail, il se fait renvoyer pour n'avoir su empêcher un détective privé de faire un constat d'adultère. Monsieur Blady, le détective privé, lui propose de travailler dans son agence...

   
1968 La sirène du Mississipi

Avec : Jean-Paul Belmondo (Louis Mahe), Catherine Deneuve (Julie Roussel/Marion), Nelly Borgeaud (Berthe). 2h03.

Louis Mahé, un Français installé à La Réunion, attend le "Mississippi" et accueille sa fiancée Julie Roussel dont il a fait la connaissance grâce à une petite annonce. La jeune fille qui arrive ne ressemble pas à celle qu'il attendait mais Louis n'est pas déçu car elle est ravissante. Le mariage a lieu mais Julie disparaît avec tout l'argent de Louis.

   
1969 L'enfant sauvage

Avec : François Truffaut (Le Docteur Itard), Jean-Pierre Cargol (Victor), Françoise Seigner (Madame Guerin), Jean Dasté (Professeur Philippe Pinel), Claude Miller (Monsieur Lemeri). 1h23.

L'enfant sauvage pose le problème des origines, du langage et de la culture mais aussi plus simplement de la communication. Entre Itard et le sauvage va se jouer l'avènement d'une relation. Durant le récit, la caméra n'adoptera jamais le point de vue de Victor ; il reste aveugle, objet, spectacle. Il faudra attendre la dernière image du film pour que l'enfant renvoie ce regard dont il devient l'objet dès son ouverture. Truffaut réussit ainsi à transformer le récit de l'échec de l'apprentissage du langage en un triomphe de la relation humaine.

   
1970 Domicile conjugal

Avec : Jean-Pierre Léaud (Antoine Doinel), Claude Jade (Christine Doinel), Daniel Ceccaldi (Monsieur Darbon). 1h40.

Antoine Doinel est marié. Il a épousé Christine, la jeune fille qu'il courtisait dans Baisers volés. Il exerce un métier insolite : il teint des fleurs afin de les rendre plus attrayantes. Christine, quant à elle, donne des leçons de violon. Quand il n'y a plus rien dans le réfrigérateur, ils descendent au bistrot, au bas de l'immeuble, où ils retrouvent tous les gens du quartier.

   
1971 Les deux Anglaises et le continent

Avec : Jean-Pierre Léaud (Claude Roc), Kika Markham (Anne Brown), Stacey Tendeter (Muriel Brown). 2h10.

Paris, 1899. Claude, dix-neuf ans, est un jeune étudiant bourgeois qui rencontre Anne, une Anglaise brune du même âge que lui, qui étudie la sculpture. Une amitié très pure les unit. Anne le fiance par la pensée à sa sœur Muriel, une jeune fille rousse de vingt ans, très érudite.

   
1972 Une belle fille comme moi

Avec : Bernadette Lafont (Camille Bliss), André Dussollier (Stanislas Prévine), Philippe Léotard (Clovis Bliss). 1h38.

Un jeune sociologue, Stanislas Prévine, préparant une thèse sur la criminalité féminine, profite de l'occasion pour se rendre à la prison interroger Camille Bliss, une belle fille accusée de divers crimes et tentatives de meurtres. Il se rend à l'évidence que les amants de Camille ne durent pas....

   
1973 La nuit américaine

Avec : Jean-Pierre Léaud (Alphonse), Jacqueline Bisset (Julie), Jean-Pierre Aumont (Alexandre), Dani (Liliane). 1h55.

Aux studios de la Victorine, à Nice, une équipe est réunie pour le tournage d'un film intitulé Je vous présente Paméla : Alphonse (qui incarne un jeune homme retournant dans sa famille avec sa femme anglaise Pamela), a procuré à sa petite amie, Liliane, un emploi de script-girl stagiaire; Séverine (qui joue la mère du jeune homme) est troublée à l'idée que l'acteur qui doit être son mari dans le film est un de ces anciens amants, Alexandre, un séducteur quinquagénaire. Les problèmes s'accumulent pour Ferrand, le metteur en scène...

   
1975 L'histoire d'Adèle H.

Avec : Isabelle Adjani (Adèle Hugo), Bruce Robinson (Lieutenant Pinson), Sylvia Marriott (Mrs Saunders). 1h36.

1863. Sous un faux nom, Adèle H. (Hugo) arrive à Halifax afin de retrouver le lieutenant de hussards, Albert Pinson, qu'elle considère comme son fiancé. Par l'entremise du mari de sa logeuse, elle entre en contact avec le jeune homme qui la repousse définitivement. Adèle, obsédée par l'idée du mariage, supplie son père de lui adresser son consentement écrit. Pendant œ temps elle tente désespérément de reconquérir Albert.

   
1976 L'argent de poche

Avec : Geory Desmouceaux (Patrick Desmouceaux), Philippe Goldmann (Julien Leclou). 1h45.

A l'école de Thiers, dans le Puy-de-Dôme, Mademoiselle Petit, l'institutrice, n'arrive pas à faire réciter Bruno avec les intonations requises. Dès qu'elle quitte la classe, le garçon se découvre soudain des talents de tragédien. Quant à Patrick il est sauvé juste à temps par la sonnerie de sortie ; il n'avait pas appris sa récitation. C'est un rêveur et il est amoureux de la mère de son camarade, Laurent.

   
1977 L'homme qui aimait les femmes

Avec : Charles Denner (Bertrand Morane), Brigitte Fossey (Geneviève Bigey), Nelly Borgeaud (Delphine Grezel). 1h59.

Au lendemain de Noël 1976, on assiste, au cimetière de Montpellier, à l'enterrement de Bertrand Morane. Agé d'une quarantaine d'armées et vivant à Montpellier, Bertrand était ingénieur à l'Institut d'Etudes de la Mécanique des Fluides. Métier satisfaisant, mais la porte du laboratoire franchie, il se penchait sur son exclusive passion : les femmes. Aucune femme ne le laissait indifférent, il les aimait toutes...

   
1978 La chambre verte

Avec : François Truffaut (Julien Davenne), Nathalie Baye (Cecilia Mandel), Jean Dasté (Bernard Humbert).1h34.

1928. Dans une petite ville de l'Est de la France, Julien Davenne mène une vie discrète. Il a été très marqué par les affrontements de la première guerre Mondiale qui ont fait tant de victimes. Le souvenir de sa femme, morte après leur mariage, le hante. Au premier étage de sa maison, il a aménagé une chambre entièrement vouée au culte de la défunte....

   
1979 L'amour en fuite

Avec : Jean-Pierre Léaud (Antoine Doinel), Marie-France Pisier (Colette Tazzi), Claude Jade (Christine Doinel), Dani (Liliane), Dorothée (Sabine Barnerias), Daniel Mesguich (Xavier). 1h34.

Divorcés, Antoine et Christine restent bons amis et c'est dans ses relations avec d'autres femmes qu'Antoine Doinel est amené à vivre de nouveaux conflits amoureux. Au fil des jours, il retrouve certaines de ses amies du passé : Colette et Liliane.

   
1980 Le dernier métro

Avec : Catherine Deneuve (Marion Steiner), Gérard Depardieu (Bernard Granger), Jean Poiret (Jean-Louis Cottins). 2h13.

En 1942, un Juif d'origine allemande, Lucas Steiner, directeur du théâtre Montmartre, a dû fuir afin d'échapper à la Gestapo. Avant son départ, il a laissé une pièce et toutes les indications de mise en scène qui serviront à Jean-Loup Cottins, un ami metteur en scène. Marion Steiner a donc la responsabilité de la salle de spectacle et, afin d'éviter la réquisition du local par les forces occupantes, elle monte une pièce soi-disant norvégienne, "La disparue" - en fait, une œuvre de Lucas...

   
1981 La femme d'à côté

Avec : Gérard Depardieu (Bernard Coudray), Fanny Ardant (Mathilde Bauchard), Henri Garcin (Philippe Bauchard). 1h46.

Rien ne paraissait devoir venir troubler la quiétude de Bernard et d'Arlette Coudray. Convenablement installés dans leur petite maison de la banlieue grenobloise, ils menaient une vie paisible jusqu'à l'arrivée de nouveaux voisins dans le pavillon d'à-côté. Philippe et Mathilde Bauchard pourraient être un couple comme tant d'autres; seulement voilà, Bernard et Mathilde se sont follement aimés il y a sept ans...

   
1983 Vivement dimanche !

Avec : Fanny Ardant (Barbara Becker), Jean-Louis Trintignant (Julien Vercel), Jean-Pierre Kalfon (Le père Massoulier). 1h46.

Un certain Massoulier est tué d'une balle dans la tête, à la chasse. Julien Vercel, directeur d'une agence immobilière, est accusé d'homicide car il chassait ce jour-là dans le même coin. De plus, on découvre que la femme de Vercel, Marie-Christine, était la maîtresse du défunt. Et, comme par hasard, elle se fait assassiner peu de temps après, à son domicile. Dans ces conditions, Julien Vercel décide de fuir et de mener l'enquête avec l'aide de sa fidèle secrétaire, Barbara Becker.

   
   
   
(1932-1984)
21 films + 2 moyens-m.
2
9
10
histoire du cinéma : Nouvelle vague
Voir : Quiz François Truffaut