
Un certain Massoulier est tué d'une balle dans la tête, à
la chasse. Julien Vercel, directeur d'une agence immobilière, est accusé
d'homicide car il chassait ce jour-là dans le même coin, connaissait
la victime et a laissé ses empreintes sur la voiture de ce dernier.
De plus, on découvre que la femme de Vercel, Marie-Christine, était
la maîtresse du défunt. Et, comme par hasard, elle se fait assassiner
peu de temps après, à son domicile.
Dans ces conditions, Julien Vercel décide de fuir et de mener l'enquête avec l'aide de sa fidèle secrétaire, Barbara Becker. Celle-ci se charge de découvrir ce qui a pu se passer entre Marie-Christine et Massoulier. Son avocat, maître Clément, qui l'a déjà soustrait aux questions embarrassantes du commissaire Santelli, prend sa défense en main.
Barbara découvre que quelqu'un avait commandé une enquête sur Marie-Christine à un vieux détective privé, Lablache, et que celle-ci était mêlée aux agissements d'un patron de boîtes de nuit assez louche, Louison. Enfin, la caissière du cinéma "Eden", une dame tout à fait ordinaire, est également impliquée dans cette affaire... au point de se faire elle aussi assassiner !
Après
quelques péripéties avec un étrange client de l'agence
immobilière qui s'avère être un curé et le propre
frère de Massoulier, Barbara fera éclater la vérité
(le tout, par amour pour Julien !) : l'avocat, maître Clément,
était l'assassin car il avait été lui aussi l'amant (jaloux)
de Marie-Christine.

Le
générique est un long travelling arrière cadrant Fanny
Ardant se rendant à son travail. La caméra découvre ensuite
un marais brumeux au petit matin, un chasseur à l'affût se retourne
; un coup de carabine, le chasseur s'effondre, le visage ensanglanté.
C'est le début de Vivement dimanche ! Massoulier est mort. Les familiers
de l'uvre de Truffaut le connaissent sans l'avoir jamais vu : son nom
apparaît dès La mariée était en noir (Massoulier
est cet ami de Corey dont le dialogue nous apprend qu'il "s'est fait"
l'hôtesse sur le Montréal -Paris). Dans les Deux Anglaises, al
femem photographe déclare à Claude Roc qu'elle aurait pu le
rencontrer à une soirée chez Massoulier où on l'avait
attendu en vain ; dans Le Dernier Métro, Nadine fait la même
remarque à Bernard Granger. On retrouve aussi l'agence de détectives
de Baisers volés et le pervers fétichiste de l'homme qui aimait
les femmes. Comme dans la peau Douce, l'héroïne, Barbara, occupe
la chambre 813 en hommage à Maurice Leblanc ; son nom de famille est
Becker en hommage au cinéaste. Au début du film, tandis que
la femme du patron gît assassiné, un plan fait référence
à une phrase de Cocteau en cadrant sur le poignet du cadavre une montre
qui continue à marquer les secondes ; à la fin, pour démasquer
le meurtrier, l'inspecteur de police donnera au téléphone une
recette de salade de pommes de terre sortie tout droit de La règle
du Jeu. La déclaration de l'avocat : "la vie n'est pas un roman",
joue elle sur le titre du film de Resnais.
Le film est truffé de références et de citations des maîtres. L'usage du noir et blanc est destiné à évoquer les images du passé "Vivement dimanche ! s'efforcera de restituer l'ambiance nocturne, mystérieuse et brillante des comédies américaines policières qui, autrefois, nous enchantaient. Je crois que le noir et blanc nous aidera à retrouver le charme disparu " déclarait Truffaut dans sa correspondance.
Avec cette comédie policière qui est du début à la fin un hommage à la fiction et à l'art de conter, Truffaut illustre de façon magistrale sa conviction qu'un film n'a rien à dire ou si l'on veut que la forme peut être un message. Le film à l'image de ses personanges exalte plus le goût du jeu qu'il ne préconise le goût des jouets. La première victime de cette obsession de la possession est Maître Clément trop attaché à la possession des femmes et qui tient dans le commissariat un discours sentencieux sur les enfants qui ne veulent pas partager leurs jouets.
La seconde victime des jouets est Marie-Christine, la femem de Julien, qui n'aime le jeu que dans son rapport à l'argent. Les milieux qu'elle fréquente sont ceux des courses et de la prostitution. Cohérence de la mise en scène, Marie-Christine se considère comme un objet et sa mort sera filmée à la manière hollywoodienne, là où les stars n'étaient considérées que comme des objets : couleurs grises faiblement contrastées mais glacées, maquillage aussi clinquant que parfait, désordre ordonné
L'enjeu du film est de sortir Julien Vercel de ses jouets pour lui faire découvrir l'amour du jeu. Une grande partie de ses problèmes provient en effet de sa fascination pour les blondes platinées (scène de la secrétaire au doigt frappeur). C'est son fétichisme qui l'empêche de voir l'amour que lui ouvre Barbara. Le fétichisme étant ici donné comme un signe de déchéance (le noceur de l'ascenseur). Julien Vercel, personnage de cinéma, peut remonter à la surface de la vie alors que Bertrand Morane, L'Homme qui aimait les femems, écrivain, travaillait à s'enfoncer toujours davantage dans la mort. Ses grosses colères sont souvent l'occasion de sortir de lui-même et il parodie de manière enfantine le jeu des détectives (c'est moi qui suis le détective... non c'est moi Attention, on décroche ensemble à la deuxième sonnerie, on cuisine l'un après l'autre la caissière du cinéma ). L'enthousiasme de l'enfance semble ici le catalyseur de l'amour et transforme Julien Vercel qui au début paraissait maladroit peu sympathique et engoncé dans le sérieux social.
Bibliographie :
Anne
Gillain : François Truffaut, le secret perdu ;
Cinéma 83 : n°300, décembre 1983.
d’après "The Long Saturday Night" de Charles Williams. Avec : Fanny Ardant (Barbara Becker), Jean-Louis Trintignant (Julien Vercel), Jean-Pierre Kalfon (Le père Massoulier), Philippe Laudenbach (Maître Clement), Philippe Morier-Genoud (Santelli). Catherine Sihol (Marie-Christine Vercel). 1h46. NB.
