En 1967, The Big Shave de Martin Scorsese, Le lauréat de Mike Nichols et Bonnie and Clyde d'Arthur Penn sonnent le glas d'un système exsangue et ouvrent la voie au Nouvel Hollywood.

On peut scinder le nouvel Hollywood en deux périodes, le mouvement euphorique (1967-1971) et le moment de désenchantement (1972-1977), le moment de la dépense et le moment de l'épuisement.

Contexte de la contre-culture

La Contre culture s'est déjà opérée dans la musique en 1965-1967. Des Beatles au Shea Stadium de New York jusqu'au Festival de Monterey 1967 et l'hymne du flower power chanté par Scott McKenzie devant 15 000 personnes ("if you're going to san Francisco, be sure to wear some flowers in your hair). L'apothéose a lieu le troisième et dernier jour de Woodstock, le 18 août 1969. A 7h30 du matin, Jimi Hendrix attaque, après neuf titres, les premières notes de l'hymne américain le "Star spangled banner" pour 3 minutes et 43 secondes d'hystérie sonore, une déferlante d'énergie pure d'une seule et même note tenue comme une plainte interminable et suraiguë.

Décembre 1969, les Stones, vexés de n'avoir pas pu participer à la grand messe de Woodstock organisent leur propre concert : trois cent milles personnes répondent à l'appel et se dirigent vers Altamont speedway, terrain vague autoroutier, situé près de San Francisco. Les Hell's Angels californiens ont accepté de s'occuper du service d'ordre. Ils seront sur scène comme des cerbères hargneux, installant peu à peu une atmosphère de terreur. Les frères Mayles filment et enregistrent le concert (Gimme Shelter) et l'inexorable fin du rêve hippie. Meredith Hunter un jeune noir, sort de la foule, le bras levé. Un poignard s'élève et s'abat sur Hunter. Son corps sera balancé sous l'estrade.

L'année 1968 marque un tournant dans la réception de la guerre du Vietnam par l'opinion américain. Le 31 janvier de cette année à lieu la fameuse offensive du Tet (attaque massive des viet-congs sur le territoire sud vietnamien et l'ambassade des Etats-Unis à Saigon. Le lendemain de l'offensive, le chef de la police de Saigon, sous l'œil des cadreurs de NBC et en direct, tire une balle dans la tête d'un guérillero viet-cong.

Un mois après l'offensive du Tet, le lieutenant Calley mène une expédition punitive contre le village de My Laï. Trois cent quarante sept civils et villageois (majoritairement des vieillards et des enfants) sont torturés et tués. L'affaire est revellée en novembre 1969 et le magazine Life consacre un reportage photographique au massacreOn en retrouvera trace dans la séquence d'ouverture de La horde sauvage, dans Little big man ou Le soldat bleu.

La lutte pour les droits civiques des noirs suite aux émeutes raciales de 65/67 voit les assassinats de Malcolm X (le 21 février 1965), de Martin Luther King (le 4 avril 1968 à Memphis) et de Robert Kennedy le (6 juin 1968). L'occupation de l'île d'Alcatraz par un groupe d'Amérindiens qui devient un lieu de rassemblement pour les opposants au gouvernement, répression sanglante des manifestations anti-guerre et des "dirty hippies" (Richard Nixon dans les universités de Kent State (Ohio) et Jackson State (Mississipi, 1970)

La période d'euphorie : 1967-1971

Le premier grand succès qu’enregistra le Nouvel Hollywood fut le road movie Easy Rider de Dennis Hopper (1969), mettant en scène le périple de hippies - interprétés par Dennis Hopper, Peter Fonda et Jack Nicholson - au milieu d’une Amérique profonde conservatrice et raciste. Easy Rider, qui avaient coûté quelque 400 000 dollars, fut accueilli avec enthousiasme par la « génération Woodstock » et rencontra un énorme succès commercial à travers le monde, remportant approximativement 20 millions de dollars.

Le réalisateur Robert Altman, officiant alors à la télévision, tourna en pleine guerre du Vietnam M*A*S*H (1970), une satire caustique et antimilitariste sur la Guerre de Corée, où les héros (dont Donald Sutherland) mènent le code militaire jusqu’à l’absurde.

John Cassavetes, qui après deux films indépendants avait accepté de rejoindre Hollywood revint au cinéma indépendant pour signer Faces (1968), Husbands (1970) et Ainsi va l'amour (1971).

Dans le western, Sam Peckinpah signe quelques westerns inimitables, poétiques et pessimistes comme La horde sauvage ou Pat Garrett et Billy the Kid. La sympathie de Peckinpah allait aux hors-la-loi en situation d’échec - à l’instar des bandits attendrissants de Butch Cassidy et le Kid de George Roy Hill (1969) - devant un État tout-puissant qui les abattra sans pitié. Dans Little Big Man (1969), "antiwestern" satirique et divertissant, Dustin Hoffman incarne un anti-héros amical au milieu des guerres indiennes. Les sympathiques Indiens du film contrastent avec la représentation du héros national George Armstrong Custer en psychopathe brutal.

Dans John McCabe (1971), Robert Altman s’affranchit de toutes les règles du genre et trace le portrait d’un aventurier désabusé dans une ville bourbeuse de l’Ouest. Dans The Missouri Breaks d’Arthur Penn (1975), Marlon Brando campe un tueur étrange parodiant les brigands traditionnels du western. Robert Redford incarne pour Sydney Pollack un jeune trappeur qui découvre la beauté et la cruauté des Rocheuses (Jeremiah Johnson, 1971).

Dans le policier, L'inspecteur Harry (Don Siegel, 1971), French connection (William Friedkin, 1971), Les flics ne dorment pas la nuit (Richard Fleischer, 1972), The offence (Sidney Lumet, 1973) et Serpico (Sidney Lumet, 1973) amorcent au début des années 70 un renouveau du film noir marqué par la contamination du mal dont sont victimes les policiers dans l'exercice de leur métier. L’américain d’origine italienne Francis Ford Coppola connut encore plus le succès. Il fascina le public et la critique avec l’épopée mafieuse des "Parrain". Le Parrain montre Marlon Brando dans le rôle souvent parodié de chef baroque de la Mafia, dont la notion d’honneur n’est pas partagée par ses successeurs et concurrents sans scrupules. Avec sa suite Le Parrain 2 (1974), et la fascinante épopée du Vietnam, Coppola s’imposa comme un des réalisateurs les plus importants des années 1970. Il est l'un des rares réalisateurs à avoir remporté deux fois la palme d’or (Apocalypse Now après Conversation secrète).

Dans la comédie, Woody Allen représente les névroses - souvent sexuelles - d’un citadin moderne dans Annie Hall ou Manhattan. Avec ses lunettes et sa silhouette frêle, Allen, premier rôle dans la plupart de ses films, est la figure emblématique de l’anti-héros de cette époque. Woody Allen était scénariste, réalisateur et acteur de ses créations. Cette liberté était possible au sein de United Artists qui produisait ses films dans les années 1970, et qui en tira un certain bénéfice aussi bien culturel que populaire et pécuniaire. Mel Brooks créa une série de films parodiques comme Frankenstein Junior (1974) ou La dernière folie de Mel Brooks (1976), dans lesquels l’Hollywood classique était moqué irrespectueusement mais sans animosité.

Dans le film d’horreur Friedkin realise L'exorciste, qui devint un phénomène mondial.
Avec La Nuit des morts-vivants, tourné sans moyens, George A. Romero posa les bases du film d'horreur moderne, où la menace de zombies mutant d’après les citadins symbolise une société sclérosée par le racisme et la consommation de masse. Toujours sous des conditions financières difficiles, John Carpenter tourna une série de thrillers critiques initiée avec Assaut (1976) et Halloween, La nuit des masques (1978), caractérisés par leur ambiance sombre et pessimiste. Dans Massacre à la tronçonneuse (1974) de Tobe Hooper, des hippies paisibles de province sont sauvagement assassinés par des fermiers. Rosemary's Baby (1968), L'Exorciste et La Malédiction mettent en scène des « enfants-démons » - ces trois films peuvent être interprétés comme des allégories sur le conflit de génération de l’époque. La dernière maison sur la gauche (1972), premier film, de Wes Craven, jeune homme en colère marqué par la guerre du Viêt Nam et ses images sadiques sans bons ni méchants vues à la télévision aux connotations sexuelles. Regrettant que cette violence ne soit pas mise en scène au cinéma, il veut faire le contraire des westerns spaghetti où la mort est artificielle ce qui désensibilisent les gens. Dans son film, les gens pacifiques deviennent violents et on prend en pitié ceux qui étaient violents au départ car ils ont peur et deviennent des victimes.


Les films de science-fiction du Nouvel Hollywood se distinguent par leur climat pessimiste et critique à l’égard de la civilisation. Dans La planète des singes (1967) et Le survivant (1970), Charlton Heston s’aventure dans des mondes post-apocalyptique oppressants. Soleil vert (1973, toujours avec Heston) montre la phase terminale de la civilisation occidentale, sous l’emprise du brouillard, de la pollution et d’une nouvelle forme de cannibalisme. Dans Silent running (1972) de Douglas Trumbull, les dernières forêts de la terre sont entretenues dans un vaisseau spatial-serre. Dans Le mystère Andromède (1971) de Robert Wise, des micro-organismes extérieurs attaquent un laboratoire secret, dans La nuit des fous vivants (1973) de Romero, des substances chimiques militaires font muter de paisibles villageois en tueurs.

John Carpenter décrit dans Dark Star (1974) les aventures absurdes de l’occupation d’un vaisseau dont la charge est d’anéantir les « planètes instables ». Dans THX 1138 (1971) de George Lucas, les victimes imberbes d’une dictature aseptisée se rebellent contre leur bourreau. Phase IV (1974) de Saul Bass narre l’histoire d’une équipe de scientifiques dans une lutte vaine contre une société de fourmis d’une intelligence supérieure. Enfin le film Alien - Le huitième passager de Ridley Scott, qui a révolutionné l’esthétique du film de science fiction, représente à travers une atmosphère cauchemardesque l’extermination d’un équipage de vaisseau spatial par un extra-terrestre.


La musique populaire des années 1960-70 sont largement utilisées comme bande originale dans les films du Nouvel Hollywood. Parallèlement sont produits des films musicaux comme Head (1968), dans lequel Bob Rafelson (sur un scénario de Jack Nicholson) relate les aventures excitées et psychédéliques du groupe pop-rock The Monkees, inspiré par le film sur les Beatles de Richard Lester. Bob Fosse, célèbre chorégraphe de comédies musicales, remporte 8 Oscars avec Cabaret (1972). Le documentariste D.A. Pennebaker filma une tournée de Bob Dylan dans Don't Look Back (1967) et le festival Montery Pop (1968). Le film de Michael Wadleigh sur Woodstock est considéré comme un document témoin de la "génération flower power". Dans La dernière valse, Martin Scorsese filme le concert d’adieu du groupe The Band.

Le désanchantement : 1972-1979

Jusqu’au milieu des années 1970, le succès des réalisateurs établis du Nouvel Hollywood comme Mike Nichols, Robert Altman ou Arthur Penn s’amenuisa. D’autres comme George Roy Hill, Sydney Pollack, Milos Forman ou Alan J. Pakula accomplirent dans un style novateur des films commerciaux à succès comme L'Arnaque (1973), Vol au-dessus d'un nid de coucou (1975) ou Les Hommes du président (1976), alliant la tradition du Nouvel Hollywood à une mise en scène commercialement plus adaptée.

Dès 1972, l’industrie s’était ressaisie. Reconnaissant que son public familial traditionnel s’était reporté sur la télévision, elle entreprit de conquérir les nouveaux cinéphiles (les moins de trente ans représentant plus de la moitié du marché intérieur) et accessoirement les couches de la population jusque-là négligées, comme la communauté noire ou les Italo-Américains, les diverses minorités raciales, ethniques, religieuses, ou même sexuelles. À ce public neuf il fallait offrir des produits moins conformistes, plus proches de la réalité, à la mesure de la crise morale que traversait la nation tout entière. C’est ainsi qu’à l’ère du gâchis et de l’ostentation succéda celle des remises en question.

Thématique, Technique et acteurs

Les films du Nouvel Hollywood sont concernés par les sujets de société et évoquent souvent les mouvements de protestation qui se rebellent contre des structures sociales engourdies et la guerre du Vietnam, et prônaient la libéralisation de la société. Il n’est pas rare d’entendre dans les bandes originales des films les groupes de musique qui symbolisent ces aspirations, comme Bob Dylan, Cat Stevens, Simon and Garfunkel, The Doors, Steppenwolf ou encore les Rolling Stones.

Les histoires du Nouvel Hollywood ne se déroulent pas dans un monde idyllique et hermétique, mais font place à une vision réaliste des individus et de leurs problèmes. On ne monte pas les protagonistes en héros, mais on interroge et analyse leurs actions et leurs motivations. Beaucoup d’entre eux se heurtent aux réalités sans trouver de remèdes, ou finissent par leur échec - souvent fatal - en martyrs d’un « système » qui les a moralement vaincu.

Les représentants de l’autorité (État, famille...) sont corrompus, psychopathes, comploteurs. Les hommes de pouvoir, les hauts placés s’érigent en banqueroutiers moraux. Derrière des apparences de bienséance, ils conduisent des manœuvres opaques dignes des services secrets menaçant des citoyens moyens inoffensifs. Le Nouvel Hollywood reflète l’état d’insécurité et de paranoïa de l’ère du Vietnam et du Watergate.


Du côté de la technique, les nouvelles innovations comme des caméras plus légères ont rendu possible de nouveaux styles de narration. À l’instar de la Nouvelle Vague, les cinéastes pouvaient quitter les plateaux pour tourner en extérieur, parfois dans un style de quasi-documentaire, sans éclairage supplémentaire. L’esthétique typique de ces films peut se définir comme celle de "documentaires mis en scène" : Macadam Cowboy, French Connection, Mean Streets. Cette approche réaliste, qui vise à apporter un point de vue objectif sur le monde, était souvent combinée paradoxalement à un style expressionniste - dont le parti pris stylistique mettait en exergue la subjectivité du regard. Les têtes de proues de ces cinéastes réalistes étaient les documentaristes Richard Leacock, D.A. Pennebaker, David et Albert Maysles


Les rôles du Nouvel Hollywood n’allaient en général pas aux stars hollywoodiennes bien établies, dont beaucoup connaissaient un déclin de carrière à la fin des années 1960. On les remplaça par des interprètes loin des canons physiques du genre, sans véritable glamour, mais d’un talent rapidement reconnu, dans l’intention d’instaurer un nouveau réalisme dans le jeu et les personnages. Ainsi ont commencé les carrières de Gene Hackman, Robert Duvall, Martin Sheen, John Cazale, Gene Wilder, Richard Dreyfuss, Donald Sutherland, Elliott Gould ou encore Bruce Dern. Beaucoup de ces acteurs provenaient de la scène "off" de Broadway et n’auraient pu aspirer qu’à de petits second rôles dans l’ancien système hollywoodien.

Jack Nicholson, Robert De Niro, Dustin Hoffman et Al Pacino représentent les acteurs majeurs de cette époque. Grâce à leur engagement intensif et leur conformation aux personnages, ils atteignirent un statut de "supersta" d’Hollywood qui dura des décennies.

Warren Beatty et Robert Redford devinrent également les stars de premier plan du Nouvel Hollywood. Malgré leur allure plus conforme au stéréotype d’acteur-star, ils apportaient à leur jeu un scepticisme, une mélancolie à l’opposé du glamour. De plus, ils assumaient les fonctions de réalisateur et producteur. Jon Voight et Ryan O'Neal, également remarqués pour leur physique, interprétèrent des rôles marquant du Nouvel Hollywood. Des acteurs déjà reconnus comme Paul Newman, Burt Reynolds, Steve McQueen ou Burt Lancaster travaillèrent avec les plus importants réalisateurs du mouvement. La légende Marlon Brando, après un « trou » de carrière, relança celle-ci grâce à Francis Ford Coppola et ses rôles dans Le Parrain et Apocalypse Now.

Les thèmes "masculins" du Nouvel Hollywood laissaient peu de place aux actrices pour les principaux rôles. Parmi les actrices ayant émergé du mouvement, on compte Faye Dunaway, Jane Fonda, Barbra Streisand, Diane Keaton, Jill Clayburgh, Ellen Burstyn ou Karen Black.

 

Sources :

vers : le cinéma américain des années 50 et 60