Panorama du Grand Canal (Alexandre Promio, 1896)
Week-end (Jean-Luc Godard, 1967)

On distingue classiquement le plan fixe et deux grandes familles de mouvements de caméra : le panoramique qui est un pivotement de la caméra sur son pied et le travelling qui implique un déplacement du pied de la caméra.

Le travelling parallèle

Alexandre Promio, opérateur de vues Lumière, réalise le premier travelling de l'histoire du cinéma. En 1896, il a en effet l'idée de placer sa caméra sur un bateau en mouvement. Cela donne Panorama du Grand Canal vu d'un bateau, tourné à Venise. En studio on place la caméra et l'opérateur sur un chariot, c'est le carello, utilisé pour la première fois par Segundo de Chomon pour Cabiria (Giovanni Pastrone, 1914). Pour Week-end (Godard, 1967) la publicité affirme qu'on y voit le plus long travelling de l'histoire du cinéma. En fait, Godard le coupe au milieu pour éviter cettte performance trop démonstrative.

Il s'agit là de travellings parallèles au cours desquels l'axe de prise de vue reste parallèle à une même direction et ne quitte pas le sol. Le rapport entre la taille des personnages et le cadre reste constant. Les dollys, de plus en plus légères, montées sur des rails, de moins en moins onéreux ou même sur pneumatiques, vont rendre les travellings de plus en plus faciles.

Les travellings optiques, à la grue ou au steadicam

L'emploi du zoom, qui est un objectif à focale variable, permet de réaliser sans discontinuité des travellings optiques. Pour un emplacement de la caméra, un objectif à focale courte donne un champ large (et profond) ; le passage continu à une focale plus longue, resserrant le champ, le "grossit" par rapport au cadre, et donne l'impression qu'on se rapproche de l'objet filmé ; d'où le nom de travelling optique parfois donné au zoom (à noter qu'en même temps que ce grossissement se produit une diminution de la profondeur de champ).

Nombreux sont aussi les cas où les rails sont remplacés par des grues de plus en plus sophistiquées ou des véhicules de toute sorte pour porter la caméra. Le steadicam va plus encore faire regresser l'emploi du travelling sur rail au profit de la caméra portée. On classera ainsi plutôt dans la rubrique du plan-séquence ces travellings modernes où les contraintes techniques ont disparues... et ne sont donc plus des signes de mise en scène.

Un travelling arrière à la grue qui découvre la ville désertée dans laquelle va devoir se battre Will Kane, seul contre quatre dans Le train sifflera trois fois (voir : duel)

 

Le travelling circulaire

Dans Vertigo, Hitchcock a construit spécialement un décor qui permet de voir ce que Scottie imagine à ce moment, à savoir l'intérieur de la mission avant la chute de Madeleine. La caméra est fixe mais donne l'impression d'un travelling circulaire de 360° autour des amants. Le décor est filmé préalablement dans un panoramique à 360° qui combine images des murs de la chambre, un fond noir qui se transforme en la grange de la mission, fond noir, retour aux murs de la chambre, décor stylisé de la fenêtre pour terminer le plan et les 360° sur un fond vert uni. Le tournage de la scène proprement dite se fait donc avec les deux acteurs placés sur un plateau qui tourne dans le sens des aiguilles d'une montre. Ils sont devant la transparence où défile le décor, tournant lui-même à 360° dans le sens des aiguilles d'une montre. Scottie, voit enfin Judy transformée en Madeleine. Le plan commence lorsqu'il l'étreint et l'embrasse alors avec ferveur, libérant ses souvenirs. Les deux visages sont en gros plan jusqu'à ce que passe dans le viseur de la caméra la place dédiée à la salle de bain. Alors, avant que n'apparaisse ce qui devrait être la porte, la caméra recule et saisit derrière le couple un fond noir qui se transforme en la grange de la mission où Scottie avait embrassé Madeleine avant qu'elle ne s'échappe et (apparemment) saute du haut du clocher. Scottie assume alors de faire l'amour à une morte et après, une transition au noir, la caméra se rapproche à nouveau du couple, les saisit en gros plan avec, pour fond, le décor stylisé de la fenêtre pour terminer le plan et les 360° (du décor) sur un fond vert uni où les deux corps s'embrassent et se penche dans un crescendo de musique lyrique.

Le faux travelling circulaire avec transparence filmée préalablement de Vertigo (Alfred Hitchcock, 1958)
Sa reprise à la sortie du tunel dans Body double (Brian de Palma, 1984).

Brian de Palma reprendra la figure du travelling circulaire dans ses hommages à Hitchcock que sont Obsession (1976) et Body double (1984).

Principaux films :
Body double Brian de Palma U. S. A. 1984
Obsession Brian de Palma U. S. A. 1976
Week-end Jean-Luc Godard France 1967
Vertigo Alfred Hitchcock U. S. A. 1958
Le train sifflera trois fois Fred Zinnemann U. S. A. 1952
L'aurore F. W. Murnau U. S. A. 1927
Cabiria Giovanni Pastrone Italie 1914
Panorama du Grand Canal Alexandre Promio France 1896