Histoires du cinéma
Le salut de Dickson
(de et avec Laurie Dickson, 1891)

En 1888, Thomas Edison, après avoir reçu Eadweard James Muybridge, conçoit le kinétographe et le kinétoscope, machines permettant respectivement d'enregistrer et de visionner individuellement des films très courts appelés "vues". En octobre, Edison remplit une déclaration préliminaire à un dépôt de brevet d'invention, un "caveat" en anglais, au Bureau des brevets des États-Unis, dans laquelle les plans des appareils sont esquissés. En mars 1889, une seconde déclaration est remplie. C'est Laurie Dickson qui est chargé de concrétiser le projet.

Le salut de Dickson (1891) n'est peut-être pas le premier film de l'histoire du cinéma mais c'est le premier qui a été vu lors d'une présentation publique. Certes cette présentation fut gratuite, certes le film ne dure que trois secondes, certes le film n'a pas été projeté sur grand écran. Il n'en demeure pas moins qu'il est réalisé quatre ans avant La sortie des usines Lumière.

En avril 1895, Dickson quitte définitivement son emploi chez Edison pour faire partie de l'entreprise des Latham. Cest Alfred Clark qui le remplace à la tête de la direction cinéma d'Edison. Il réalise cette année là L'éxécution de Marie, reine d'Ecosse.

Les Nickel Odeons

Les copies de films sont vendues au mètre, à l’intention des music-halls (sans cesse à l’affût d’attractions nouvelles) et des forains itinérants. Les salles spécialisées dans la projection sont rares. Cependant, il y eut, dès 1905, suffisamment de films longs de plusieurs minutes pour organiser des projections permanentes.

Le premier Nickel Odeon, petite salle de projection dont le prix d’entrée n’excédait pas un nickel, c’est-à-dire 5 cents, vit le jour à Pittsburgh. Son succès immédiat permit rapidement son exploitation sur une grande échelle et, dès 1910, des milliers de salles couvraient l’ensemble du territoire américain.

De nouvelles sociétés de cinéma furent créées pour faire concurrence aux sociétés pionnières, Edison et Biograph ; la plus importante d’entre elles fut Vitagraph. Copiée sur l’expérience de Pathé, s’appuyant sur les films réalisés par Albert Edward Smith et par James Stuart Blackton, la société devint une structure de production multiple, avec des services spécialisés en écriture de scénario, en création de décors, de costumes, etc. C’est à Smith, ainsi qu’aux réalisateurs de Pathé, que l’on doit l’accélération de la narration dans les films et la technique du montage de scènes parallèles. Ce principe fut exploité par des cinéastes comme Edwin Stanton Porter, qui réalisa L’attaque du Grand Rapide en 1903.

La Motion Picture Patents Corporation

Très vite, il y eut des litiges entre les sociétés de cinéma sur la propriété des brevets de caméra et de projecteur. Ces conflits amenèrent en 1908 la constitution d’un pool appelé Motion Picture Patents Corporation (MPPC), chargé de dominer un marché devenu très lucratif. La MPPC prétendait limiter la concurrence en réunissant à son seul profit les brevets de ses adhérents et contrôler la distribution des films. Toutefois, les membres du groupement ne purent produire assez de films pour satisfaire la demande, si bien que de nouvelles sociétés de production et de distribution indépendantes se développèrent, jusqu’à disposer de la moitié du marché vers 1912. Le gouvernement américain intenta une action anti-trust contre la MPPC, qui, déjà inadaptée aux besoins du public, disparut en 1917.

Les indépendants qui s’y étaient opposés avaient créé de nouveaux studios dans les environs de Los Angeles et développé le «star-system». Certains allaient devenir les maîtres des plus grands studios hollywoodiens.

Le film long d'une bobine

En pleine expansion, la société Biograph engagea l’acteur et auteur dramatique David W. Griffith. Griffith fut sans doute le premier réalisateur à s’intéresser aux techniques narratives. Il inventa un certain type de mise en scène et utilisa dès ses débuts plus de plans dans un même film que les autres réalisateurs. Il privilégia le jeu des acteurs et pratiqua le montage alterné afin d’accroître les qualités dramatiques de ses réalisations. Il travailla pour la société Biograph pendant plusieurs années, produisant jusqu’à 30 minutes de film par semaine. Plusieurs de ses acteurs passèrent derrière la caméra, notamment Mack Sennett, qui fut responsable des comédies de la Biograph avant de créer la société Keystone.

Les autres grandes entreprises de cinéma américaines imitèrent les méthodes de Griffith et cherchèrent à multiplier les plans dans une même scène. On vit la caméra se rapprocher de l’acteur, aussi bien dans les productions de Biograph que dans celles de Vitagraph. Griffith demeura néanmoins le plus créatif des réalisateurs de l’époque, cherchant sans cesse l’alternance entre plans éloignés et plans rapprochés de l’acteur afin d’accroître l’émotion aux moments appropriés. Le réalisateur fit preuve de la même invention dans les changements de rythme obtenus au montage du film.

En 1907, la société Selig de Chicago avait déplacé une partie de sa production près de Los Angeles. Peu à peu, la plupart des autres producteurs s’installèrent à Hollywood et dans ses environs (Universal, Fox, Warner, les futurs fondateurs de Paramount, Thomas Ince, Mack Sennett, etc.) pour profiter de l’ensoleillement des lieux, de la diversité des décors naturels et des avantages économiques locaux.

L’attaque du Grand Rapide (E. S. Porter, 1903)
Pour gagner sa vie (Chaplin, 1914)

Les westerns, tournés en Californie dès 1898, connurent une grande vogue dans les années 1910. Griffith, Ford, Borzage en réalisèrent de nombreux dès leurs premières bobines. L’une des innovations marquantes de l’époque fut le contrechamp, c’est-à-dire le plan tourné dans la direction inverse de la scène précédente. Bien que ce procédé ait déjà été utilisé auparavant, le principe n’en était pas encore véritablement posé. Alterner champs et contrechamps dans la même scène offre pourtant beaucoup d’avantages : non selement il permet de montrer le visage de l’acteur avec une plus grande force et d’assurer une meilleure continuité lorsque les acteurs se déplacent dans un décor.

Un autre procédé associé au contrechamp fut utilisé : le point de vue, c’est-à-dire le plan tourné à partir de la position de l’acteur dans le plan précédent ou suivant. Bien que les prises de vue à l’aide d’un cache noir simulant le regard à travers un instrument optique ou une serrure aient été utilisées dès le début du cinéma, le plan offrant exactement ce que le personnage voit sans utiliser un masque n’est devenu un procédé standard qu’à cette époque.

Le découpage des films en un nombre croissant de plans obligea les réalisateurs à améliorer leurs enchaînements. On développa le principe de la coupure en pleine action, au moyen des changements de plans. L’ultime acquis du cinéma muet fut l’introduction des intertitres relatant les dialogues des personnages au cours de la scène, de manière à imiter au mieux le théâtre. Grâce à tous ces progrès, et notamment à un montage plus rapide, le public participait de plus en plus intensément à l’action. La fréquentation des salles de cinéma ne faisait que s’accroître.

Mack Sennett appliqua les méthodes de Griffith à l’humour et y mêla des éléments de la comédie à la française pour composer un genre de comédie typiquement américain. Charlie Chaplin sut mêler les influences de Max Linder et de Mack Sennett, et développer son propre personnage, Charlot. Ses premiers pas d’acteur datent de 1914 avec Pour gagner sa vie (Making a Living, Henry Lehrmann), et ses premières réalisations de 1915 avec Charlot débute (His New Job). Les studios de New York et de Californie révélèrent de nombreuses autres vedettes comiques qui seront connues dans le monde entier : Harry Langdon, Harold Lloyd, Laurel et Hardy, etc.