Le montage alterné fait se succéder des séries d'images qui ont une liaison de simultanéité temporelle entre elles.

Pour Marcel Martin (Le langage cinématographique, 1985) le montage alterné appartient à la syntaxe classique du cinéma. Ce montage articule les plans les uns par rapport aux autres pour donner de la continuité, de l'unité. Ce montage, que Marcel Martin qualifie de narratif, serait transparent. C'est à dire qu'il ne produirait aucun signe en direction du spectateur. Le montage alterné se distinguerait ainsi du montage parallèle qui fait se succéder des séries d'images qui n'ont pas de liaisons temporelles entre elles pour produire un effet de sens.

En fait, la construction d'un unique espace filmique est un cas particulier du montage alterné. Celui-ci produit d'autant plus de sens que la convergence entre les espaces régis par un temps unique tarde à se faire.

Montage alterné avec convergence géographique immédiate
L'attaque des indiens dans La chevauchée fantastique (voir : ici)

Lorsque l'action des séries d'images se déroule dans un lieu identique (poursuivant / poursuivi), il n'y a sans doute effectivement pas d'effet de sens particulier émis vers le spectateur. On a alors bien production d'une syntaxe classique du cinéma destinée à produire du suspens immédiat. Ou, comme le dit Marcel Martin, "production de sens dénoté, essentiellement spatio-temporel, production d'un espace filmique, et, de façon générale, de l'histoire".

On remarquera que, dans le cas poursuivants/poursuivis, le montage alterné croise trois séries : poursuivis, poursuivants et plans larges les montrant réunis (Voir ainsi les premiers photogrammes des séquences attaque, chevauchée1 et cheveauchée2 dans La chevauchée fantastique (John Ford, 1939). Il n'y ainsi pas construction d'un espace scénique mais oubli de celui-ci au profit de l'action. Intensification de l'histoire, de l'action et des émotions avec rappel, de temps en temps, de l'espace scénique.

Montage alterné avec convergence géographique finalisée dans la séquence
L'inconnu du Nord Express : Bruno veut déposer le briquet compromettant. Guy parviendra-t-il à l'empêcher avant la fin du match de tennis ? (voir : tennis 7)

Lorsque l'action se déroule dans des lieux différents, deux types d'effets de sens peuvent être distingués : une intensification du suspens tel le briquet perdu dans L'inconnu du Nord Express (Alfred Hitchcock, 1951) ou un sens connoté dû à la différence des situations. Ainsi dans Idle class (Charles Chaplin, 1921) sont décrits alternativement l'arrivée du vagabond à la gare et le réveil de riche mari de Edna.

L'un des plus célèbres montages alternés se situe à la fin du Salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot, 1953). Deux fois treize segments, de plus en plus brefs avec des axes de caméra de plus en plus desaxés, alternent entre la danse de Linda à Las Piedras attendant Mario qui revient vers elle, et celui-ci qui écoute la même valse du Beau Danube bleu de Johann Strauss dans son camion. La convergence n'existe pas à proprement parler. Mais l'évanouissement de Linda, au moment où le camion plonge dans le vide, est une sorte de moyen mental pour rejoindre Mario.

Montage alterné du Salaire de la peur. (voir : 7 retours)

La séquence la plus célèbre du Parrain (Francis Ford Coppola, 1972) est celle du montage alterné entre la scène du baptême et celles des massacres des rivaux de Michael. Entre le plan d'intérieur de l'église et celui de l'extérieur (4'35) vont alterner les séquences ou Michel répond aux paroles du prêtre pour son filleul, Michael Rizzi, et où lui-même, parjurant les paroles qu'il prononce, visualise mentalement  les crimes qu'il a commandité. L'orgue et les cris de l'enfant (qui perdra son père dans la séquence suivante, exécuté) ponctuent ces massacres, tout comme s'oppose le bruit de l'eau du baptême et les mitraillettes.

Montage alterné du Parrain. (voir : préparatifs et suivants)

 

Montage alterné avec convergence géographique finalisée en fin de film

Dans La fin de saint Petersbourg (Vsevolod Poudovkine, 1927) le marché passé entre l'état et Lebedev, le patron qui fabrique des armes, fait monter ses actions en bourse. Dans le même temps, sur le front germano-russe, une partie de ses ouvriers sont devenus des soldats qui affrontent la mort. C'est pour eux l'occasion de prendre conscience de leur oppression et de provoquer la révolution avec la prise du palais d'hiver à la fin du film.

 


Montage alterné sans convergence géographique

Dans One plus one (Jean-Luc Godard, 1968), les quatre séries distantes dans l'espace (La répétition des Rolling stones, les Black Panthers qui fusillent des femmes blanches en lisant les pensées des principaux leaders Noirs, Iain Quarrier qui lit Mein Kampf dans son sex-shop et, dans Londres, Eve Democracy qui peint des slogans) ont lieu au même moment et rendent compte du climat pré-révolutionnaire. Les séries restent autonomes durant le film et ne se rencontrent pas (si ce n'est, de manière symbolique et partielle, sur la plage où le metteur en scène tente vainement de sauver Eve Democracy).

Dans Contagion (Steven Soderbergh, 2011), la maladie virale touche simultanément différentes villes des Etats-Unis (Chicago, Minneapolis, Atlanta...).

Jean-Luc Lacuve le 5/04/2010

Principaux films :
       
Contagion Steven Soderbergh U.S.A. 2011
Le Parrain Francis Ford Coppola U.S.A. 1972
One plus one Jean-Luc Godard France 1968
Salaire de la peur Henri-Georges Clouzot France 1953
L'inconnu du Nord Express Alfred Hitchcock U.S.A. 1951
La chevauchée fantastique John Ford U.S.A. 1939
La fin de saint Petersbourg Vsevolod Poudovkine Russie 1927
Idle class Charles Chaplin U.S.A. 1921