Léonard de Vinci
Musée du Louvre
24 octobre 2019 - 24 février 2020

Cette exposition offre l'occasion d'admirer douze tableaux de Léonard de Vinci alors que seulement vingt-et-une peintures sont attribuées au maître de la Renaissance. L'exposition est aussi riche de nombreuses études, de gravures magnifiques, ainsi que d'oeuvres de contemporains qui permettent de saisir la spécificité de Léonard de Vinci. L'exposition comporte au total 179 oeuvres.

1/ Les douze peintures de Léonard de Vinci exposées

Sept peintures de Leonard de Vinci viennent du Louvre : La Vierge aux rochers (1484), La belle Ferronnière (1490), Portrait d'Isabelle d'Este (1499), La Joconde (1506, restée à sa place dans le musée), La Vierge à l'Enfant avec sainte Anne (1510), Saint Jean-Baptiste en Bacchus (1515) et Saint Jean Baptiste (1516).

Cinq prêts complètent cette présentation des peintures : La Madone Benois (1478, Musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg), Portrait d'un musicien (1485, Milan, Pinacoteca Ambrosiana), Saint Jérôme (1489, Rome, Musée du Vatican), Vierge à l'enfant avec sainte Anne et saint Jean-Baptiste (1501 Londres, National gallery), Tête de jeune femme dite l’Échevelée (1508, Parme).

 

2 / Les cinq peintures proposées en réflectographie infrarouge

L'Annonciation (1473, Florence, Musée des Offices), La madone à l'oeillet (1474 Munich, Alte Pinacothèque), Portrait de Ginevra de Benci (1475, Washington, National gallery), L’adoration des mages (1481 Florence, Musée des Offices), La dame à l'hermine (1489, Cracovie)

 

3 / Les quatre peintures absentes de l'exposition

Les deux fresques réalisées par Vinci à Milan : La cène et La sala delle Asse du château des Sforza ne pouvaient évidemment pas faire le déplacement. La première bénéficie toutefois d'une copie réalisée du vivant de Leonard par Marco d’Oggiono.

De manière plus étonnante sont absentes la La Vierge aux rochers de la National gallery (1506 Londres, National gallery) et Le christ sauveur du monde, récemment acquis par le prince héritier d'Arabie saoudite, Mohammed ben Salmane, et peut- être destiné au musée du Louvre Abou Dabi. La version Ganay est toutefois présentée.

 

4 / Les oeuvres de jeunesse et les deux versions perdues

Est exposé le tableau de L'Annonciation (1475 Lorenzo di Credi, musée du Louvre) auquel Léonard a participé. L'autre oeuvre de jeunesse, Le baptême du Christ (1475, Andrea del Verrocchio) est proposée en réflectologie infrarouge. L'exposition comporte aussi les copies et dessins des deux célèbres oeuvres perdues : La bataille d'Anghiari (1506) et Léda et le Cygne (1510).

1 - Ombre, lumière, relief

La présente exposition retrace la vie de Léonard à partir de son apprentissage à Florence dans l’atelier du grand peintre et sculpteur Andrea del Verrochio. Dans la première salle trône l’imposante sculpture de cet artiste L'incrédulité de saint Thomas, avec ses draperies très recherchées. Autour de celle-ci, sont disposées des peintures monochromes, la plupart de Léonard de Vinci, représentant des draperies peintes d’après des reliefs en terre recouverts de draps imprégnés d’argile, semblables à ceux utilisés par Verrochio pour sa sculpture. La reconstitution du relief de la Draperie Saint Morys, la plus célèbre de toutes, a été réalisée à l’occasion de cette exposition par l’artiste Leticia Leratti.

Les salles suivantes sont consacrées à des peintures d’artistes contemporains tels Lorenzo di Credi, Piero del Pollaiuolo (l’atelier rival de celui de Verrochio), et même Hans Memling (la peinture flamande avait influencé celle pratiquée à Florence) et à des dessins de Léonard.

Réflectographie infrarouge du Baptême du Christ d'Andrea del Verrocchio et Léonard de Vinci ; de L'Annonciation (1473 Florence, Musée des Offices) de La madone à l'oeillet (1474 Munich, Alte Pinacothèque) Portrait de Ginevra de Benci (1475 Washington, National gallery)

Ce n’est que dans la cinquième salle que sont présentées les premières toiles du Maître : La Madone Benois (1478, musée de l’Ermitage), Saint Jérôme pénitent (1489, Musée du Vatican), Le Musicien (1485 Pinacoteca Ambrosiana de Milan), La Belle Ferronnière (1490, Musée du Louvre) et la version du Louvre de La Vierge aux rochers (1484).

2- Liberté

Autour de 1478, Léonard trouve les voies d’un nouvel approfondissement de la leçon de Verrocchio. La forme n’étant qu’une illusion que le monde, dans sa perpétuelle mobilité, ne cesse d’arracher à elle-même, le peintre ne peut en saisir la vérité que par une liberté de l’esprit et de la main capable de nier la perfection de la forme. Cette négation, dans le dessin, est un assaut violent contre la forme, une juxtaposition immédiate d’états incompatibles qui ne laisse parfois rien subsister que le noir. Léonard nomme cette manière, née de la nécessité impérieuse de traduire le mouvement, « composition inculte» – componimento inculto. La Madone au chat ou la Madone aux fruits en sont les premières manifestations éclatantes. La liberté du componimento inculto transfigure l’univers du peintre. Inhérente à cette liberté créatrice, se fait jour la tendance à l’inachèvement, destinée à devenir l’une des marques de la peinture de Léonard, dont le Saint Jérôme est le pathétique témoignage.

Cette phase créatrice se prolonge à Milan, où Léonard s’établit vers 1482. Il y peint la Vierge aux rochers, le Musicien et la Belle Ferronnière.

3 - Science

La section suivante aborde, en particulier, les « variations sur le motif ». C’est fascinant de voir comment Greco traite le même sujet au fil du temps. Pour cela les commissaires ont accroché côte à côte, par exemple, L’Agonie du Christ au jardin des Oliviers (vers 1590 ; vers 1600), Saint Pierre et saint Paul (1600-1605 les deux), la Sainte Famille avec ou sans sainte Marie-Madeleine (1580-1585 ; 1600), Sainte Marie-Madeleine pénitente (1576-1577 ; vers 1584) etc. Plus surprenant est ce rare exemple qui nous soit parvenu de sculpture réalisée par Greco. Il s’agit d’un grand tabernacle en bois polychrome et doré avec, en son centre, Le Christ ressuscité (vers 1595-1598). Tout aussi rares sont les dessins de Greco qui nous sont parvenus. S’agissant de simples préparations à ses peintures, il ne les conservait pas. Seuls sept peuvent lui être attribués avec « un certain degré de certitude ». Quatre sont présents dans cette exposition dont Nu, étude pour le baptême du Christ (1596-1600).

 

4 - Vie

L’exigence scientifique de Léonard, dispersée à travers tous les champs de la connaissance, a engendré un labyrinthe infini, dans les miroitements et les scintillements duquel le peintre semble s’être finalement perdu. Mais cette disparition n’est qu’apparente, et la science elle-même n’est pas autre chose que la forme, nécessaire, que revêt la liberté du peintre, maître de l’ombre, de la lumière, de l’espace et du mouvement. Dans la peinture, la sauvagerie du componimento inculto est devenue le passage des formes l’une dans l’autre, l’extinction de toute limite qu’autorise le medium révolutionnaire de l’huile – le sfumato. La liberté, ainsi accomplie dans l’élément des sciences de la nature, élève la peinture à la hauteur d’une science divine, capable de recréer le monde, et dont le couronnement est l’expression du mouvement, vérité de tous les êtres, chez ceux dont il est la propriété immanente : les vivants.

C’est le temps de la Cène, de la Sainte Anne, du portrait de Lisa del Giocondo, de la Bataille d’Anghiari et du Saint Jean Baptiste, le moment inaugural de l’art moderne.

La Cène fut commandée à Leonard, pour le réfectoire du couvent des dominicains de Milan, Santa Maria delle Grazie, par Ludovic le More. Elle était en cours d’exécution en 1497. Les réactions des Douze à la parole divine – En vérité je vous le dis, l’un de vous s’apprête à me trahir – s’y déploient à la manière d’une onde qui se propage à partir d’un unique foyer rayonnant. Premier manifeste d’une modernité désormais capable d’imiter le mouvement de la vie, physiologique et intérieure, la Cène a fondé la renommée universelle de Leonard.

La technique de Léonard, fondée sur la transparence de fins glacis à l’huile, incompatible avec l’humidité des murs, entraina la ruine immédiate de la Cène.

 

4 - 2 Retour à Florence

Le 2 septembre 1494, Charles VIII de France avait franchi le Mont Genèvre, inaugurant le temps des guerres d’Italie. Le 9 novembre, les Médicis, qui gouvernaient la république florentine depuis 1434, étaient chassés de la cité. La constitution républicaine fut alors restaurée dans toute sa plénitude autour d’un Grand Conseil composé de trois mille membres, pour lequel on construisit une nouvelle salle à l’est du palais de la Seigneurie. En 1502, le mandat du gonfalonier de justice, membre le plus éminent de l’exécutif, fut décrété à vie. Les Florentins élirent à ces nouvelles fonctions Piero Soderini. C’est dans ce contexte politique que Léonard, de retour à Florence en 1500, conçut la Sainte Anne, le Salvator Mundi et le Saint Jean Baptiste, figures tutélaires de la liberté florentine. À l’automne 1503, il avait également commencé le portrait de Lisa del Giocondo. Piero Soderini, enfin, commanda à Léonard en 1503, puis à Michel-Ange en 1504, deux immenses peintures, la Bataille d’Anghiari et la Bataille de Cascina, destinées à exalter, sur les parois de la salle du Conseil, deux célèbres victoires des Florentins sur les Milanais et les Pisans. Léonard abandonna le travail en cours d’exécution, laissant sur le mur un prodigieux fragment qui devait, comme le carton de son rival, nourrir l’imaginaire artistique avant de disparaître : la Lutte pour l’étendard.

 

4 - 3 Depart en France

La Rome de Léon X n’avait d’yeux que pour Michel-Ange et Raphaël. À l’automne 1516, Léonard partit pour la France. Le 10 octobre 1517, Louis, cardinal d’Aragon, petit-fils du roi Ferrante de Naples, de passage à Amboise, rendit visite à Léonard au château de Cloux, où François Ier logeait le vieux maître. Léonard montra au cardinal et à sa suite trois tableaux sur lesquels il avait travaillé pendant plus de dix ans et dont le roi de France devait être l’ultime destinataire : la Sainte Anne, le portrait de Lisa del Giocondo et le Saint Jean Baptiste.

Léonard ne peignit qu’une quinzaine de tableaux, non pas, comme on le dit souvent, parce qu’il ne se serait intéressé qu’à la conception, ou à l’idée mais, au contraire, parce que l’exécution, prolongée à l’infini, portait chez lui toute la vérité de la science de la peinture. Si la modernité, dans la conscience de ce temps, commence avec Léonard, c’est qu’il sut, le premier et le seul, sans doute, donner à la peinture la présence effrayante de la vie. Terrible est l’art capable d’une telle création. Mais terrible également l’univers du génie de Vinci, livré à l’impermanence, à l’universelle destruction, à la pluie, au vent, à l’orage, à la nuit.

 

Source : Fiche de Spectacles-sélection