Le christ sauveur du monde

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Le christ sauveur du monde
Léonard de Vinci, début XVIe
Huile sur panneau, 65,7 x 45,7 cm.
Collection privée

Dans la nuit du mercredi 15 novembre 2017, ce tableau attribué à Léonard de Vinci a été vendu pour la somme historique de 450.312.500 dollars par la société américaine de ventes aux enchères Christie', devenant ainsi le tableau le plus cher du monde.

"Ce prix stupéfiant reflète l'extrême rareté des peintures de Léonard de Vinci explique Christie's sur son site. Nous n'en connaissons aujourd'hui qu'une vingtaine". Et tous sont dans des musées. Ce "dernier De Vinci" comme l'a alors appelé Christie's dans une campagne promotionnelle, était l'unique tableau du maître demeurant encore dans une collection privée.

Sa vente, retransmise en direct sur Internet, n'a duré qu'une vingtaine de minutes. L'identité de l'acheteur (qui a effectué la transaction finale par téléphone) n'a pas été communiquée. Mais, avant cette vente, annoncée dès le 10 octobre 2017, 30 000 personnes l'ont vu dans la salle des ventes de Christie's.

Doutes sur l’attribution

Peint sans doute au début du XVIe siècle, ce panneau en noyer s’est retrouvé au XVIIe siècle dans la collection royale de Charles Ier d’Angleterre. On perd ensuite sa trace, jusqu’à ce qu’il resurgisse en 1900, dans l’inventaire de la Cook Collection, à Richmond. L’attribution à Léonard de Vinci a été entre-temps oubliée.

Lorsque le tableau apparaît pour la première fois en ventes publiques, en 1958, chez Sotheby’s, il est présenté comme l’œuvre d’un banal « suiveur de Léonard » et adjugé 45 livres sterling.

En 2005, trois marchands le repèrent lors d'une vente aux enchères régionale aux États-Unis. Très abimé, il était alors recouvert par d'autres peintures et a été pris à l'époque pour une copie. Ils l'achètent pour 10.000 dollars, le font restaurer avant de le présenter à quatre spécialistes mondiaux de Léonard, dont Mina Gregori et Martin Kemp. Si la main droite est en bon état, le visage du Christ est très usé. Les quatre experts le considèrent néanmoins tous comme authentique en 2011.

Deux ans plus tard, le courtier et collectionneur suisse Yves Bouvier l’achète pour 83 millions de dollars et le revend simultanément pour 127,5 millions au milliardaire russe Dmitri Rybolovlev à, l'actuel président du club de football AS Monaco. Non sans lui avoir préalablement adressé ce courriel : « L’acheteur qui paiera trop cher ce tableau que personne ne veut sera considéré comme un pigeon, sera la risée du marché de l’art et perdra sa crédibilité. »

L’affaire ne s’arrête pas là. En janvier 2015, l’oligarque attaque Bouvier pour escroquerie, arguant de marges démentes réalisées à ses dépens. Le tableau, qui se trouvait jusque-là au port franc de Singapour, est convoyé vers Chypre, où il reste deux ans, jusqu’à ce que Rybolovlev se décide cette année à le vendre.

Aujourd’hui, quelques rares voix expriment des doutes quant à l’attribution. Cité par le New York Times, le spécialiste Jacques Franck déclare que « la composition ne vient pas de Léonard » et considère l’œuvre comme un « bon travail d’atelier avec une petite patte de Léonard au mieux ». L’état du tableau fait tiquer les spécialistes. « En dehors de la main droite du Christ, tout le reste est usé. A ce prix-là, on préférerait avoir quand même deux mains ! », indique un expert parisien.

 

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