Caicedo (avec une perche) (Laurie Dickson, 1894)
Bonnie and Clyde (Arthur Penn, 1967)

Le ralenti est un effet spécial consistant à ralentir le mouvement d’un sujet lors de la projection. Cet effet est  réalisé lors de la prise de vues. Il consiste à filmer un sujet en accélérant la cadence de prise de vues. Dans le cinéma sonore, à la cadence de projection standard, fixée à 24 images par seconde, pour ralentir de deux fois les mouvements du sujet filmé, il faut que la caméra qui a effectué la prise de vues tourne à 48 images par seconde. Pour un ralenti de trois fois, l’appareil de prise de vues doit atteindre 72 images par seconde, etc.

Le slow-motion est un effet d’ultra ralenti réalisé image par image sur des durées plus courtes, technique caractéristique de l’animation, mais aussi technique de base de la photographie.

Le procédé inverse s’appelle l’accéléré, il consiste à filmer un sujet en diminuant la cadence de prise de pour que le mouvement du sujet se déroule plus vite à la projection. Ex. : À la cadence de 8 images par seconde lors de la prise de vues, le rythme sera amplifié de 3 fois à la cadence standard de projection de 24 images par seconde. C’est une technique utilisée en cinéma.

C’est, en 1894, à l’occasion du tournage de Caicedo (avec une perche) qui exerce son art sur un câble tendu à l’extérieur du studio de prise de vues d’Edison, la Black Maria, donc en plein soleil que fut découvert le ralenti. Laurie Dickson découvre le ralenti en voulant résoudre un problème de luminosité. Le diaphragme réglable, tel que nous le connaissons aujourd’hui, n’existe pas encore. Pour doser la quantité de lumière qui impressionne la pellicule, le Kinétographe ne possède aucun dispositif. Devant le problème de surexposition, posé lors des prises de vues quand le soleil est trop puissant, Dickson a l’idée d’accélérer la vitesse de la caméra. Plutôt que de la faire tourner à la cadence normale du cinéma muet, c’est-à-dire à 16-18 images par seconde, ils portent sa vitesse de prise de vues à 30, 35 ou 40 images par seconde selon l’ensoleillement, ce qui a pour effet de raccourcir le temps d’exposition de la couche photosensible à la lumière, évitant ainsi la surexposition de l’image. Tournées à 40 images par seconde, les acrobaties de Caicedo sont correctement exposées et se métamorphosent en véritable ballet aérien ralenti.

Le ralenti poétique

Le ralenti est ainsi d'abord employé pour créer ou souligner un effet onirique ou poétique. Ainsi, en 1928, L'homme à la caméra, documentaire soviétique réalisé par Dziga Vertov, bien que voulant ne montrer que la réalité, utilise l’artifice du ralenti pour faire admirer l’effort esthétique de divers sportifs, une femme discobole, un lanceur de marteau, une perchiste, des gymnastes, une équipe de volley-ball, une course de haies, un cheval au trot, un saut de l’ange dans la piscine, un ballon qui arrive droit sur la caméra… Entre chacun de ces ralentis, le montage fait intervenir des badauds filmés en gros plan et à vitesse normale.

Dans Les choses de la vie (Claude Sautet, 1970), Pierre (Michel Piccoli) perçoit les tonneaux de sa voiture au ralenti avec la poussière et les objets qui se dispersent dans l’habitacle. L'accident est ensuite remontré à vitesse normale, vu de l’extérieur en quelques secondes.

Lors du générique de Raging Bull (Martin Scorsese, 1979) Jake La Motta seul sur le ring bose en noir et blanc, au ralenti et sur l' Intermezzo de Pietro Mascagni. De Palma rend un hommage clair au landau dévalant les escaliers d'Odessa dans Le cuirassée Potemkine d'Eisentein avec la scène finale des Incorruptibles (1987)

Ralentis d'adolescents dans Elephant (Gus Van Sant, 2000) et dans une  belle scène de douchei de Paranoid park (Gus Van Sant, 2007) où se font entendre des chants d'oiseaux alors qu'Alex essaie de se laver de sa culpabilité.

 

Le ralenti lyrique

Les ralentis lors des rencontres de ceux qui s'aiment dans la rue ou d'étroits couloirs sont les images marquantes de  In the mood for love (Wong Kar-wai, 2000) et  Les amours imaginaires (Xavier Dolan, 2010).

 

Le ralenti tragique

Les sept samouraïs (Akira Kurosawa, 1954) influencera  Sam Peckinpah, Francis Ford Coppola, ou encore George Lucas qui déclarera avoir vécu "une expérience bouleversante" et un "véritable choc culturel" à la vue de ce film.. Ce sont notamment les deux courtes scènes avec utilisation du ralenti qui marqueront ces réalisateurs : la mort du kidnappeur tué par Kanbei, déguisé en bonze, et la mort du samouraï trop présomptueux par Kyuzo. Ne sont filmés au ralenti que les deux écroulements par terre des deux victimes. Dans le premier cas cependant, cet écroulement est monté avec en alternance avec le regard incrédule de Kikuchiyo ce qui étire plus que de raison cette mort et lui donne un caractère tragique d'autant plus qu'elle est accompagnée de musique. Cette esthétisation de la violence pour en marquer le caractère tragique au-delà de la personne sur laquelle elle s'applique sera reprise par Arthur Penn dans Bonnie et Clyde (1967) et par Sam Peckinpah dans La horde sauvage (1969).

Dans Il était une fois dans l'Ouest (Sergio Leone , 1968) le flash-back espacé avec Harmonica (Charles Bronson) qui  se revoit enfant alors que Frank, par un jeu sadique, a juché sur ses faibles épaules son frère aîné, la corde au cou est filmé au ralenti. Le jeune garçon cède finalement sous le poids de son frère et s’effondre dans la poussière.

Dès le générique de Casino (Scorsese ,1995), une voiture explose au ralenti, sur L'évangile selon St Matthieu de Bach. associe Le déchainement de violence d'Alex sur ses droogs dans Orange mécanique (Kubrick, 1971) est filmé au ralenti tout comme le plan de Shining de la porte d'ascenseur dévasté par le chaos d'une marée de sang. On citera aussi Drive (Nicolas Winding Refn, 2011) : un ascenseur, un ralenti et un baiser, puis l'utra-violence; le "driver" se dévoile, balle avec les effets numériques (Matrix), la séquence finale de Zabriskie Point d’Antonioni, une explosion la musique des Pink Floyd .

Principaux films :
       
Drive Nicolas Winding Refn U. S. A. 2011
Les amours imaginaires Xavier Dolan Canada 2010
Paranoid park Gus van Sant U. S. A. 2007
In the mood for love Wong Kar-wai Hong-Kong 2000
Elephant Gus van Sant U. S. A. 2003
Casino Martin Scorsese U. S. A. 1995
Les incorruptibles Brian de Palma U. S. A. 1987
Raging bull Martin Scorsese U. S. A. 1979
Orange mécanique Stanley Kubrick U. S. A. 1971
Les choses de la vie Claude Sautet France 1970
Zabriskie Point Michelangelo Antonioni U. S. A. 1970
La horde sauvage Sam Peckinpah U. S. A. 1969
Il était une fois dans l'Ouest Sergio Leone U. S. A. 1968
Bonnie and Clyde Arthur Penn U. S. A. 1967
Les sept samouraïs Akira Kurosawa Japon 1954
L'homme à la caméra Dziga Vertov Russie 1928
Caicedo (avec une perche) Laurie Dickson U. S. A. 1894

Sources :