Cinquième volume de la collection Cinéastes au travail, après François Truffaut au travail de Carole Le Berre, Godard au travail de Alain Bergala, Orson Welles au travail de Jean-Pierre Berthomé et François Thomas et Hitchcock au travail de Bill Krohn, les éditions des Cahiers du cinéma présentent l’ouvrage de référence sur le cinéaste allemand Fritz Lang (1890-1976), par Bernard Eisenschitz, critique et historien du cinéma.

Une étude complète et unique de l’oeuvre et des méthodes de travail de Fritz Lang, réalisée à partir de fonds Fritz Lang et d’archives se trouvant en France (Cinémathèque française), en Allemagne (Deutsche Kinemathek de Berlin) et aux Etats-Unis (USC, UCLA et à l’Academy of Motion Pictures de Los Angeles) et organisée de manière chronologique, des premiers films allemands aux films noirs américains et au retour en Allemagne.

Cinq années de recherche ont été nécessaires à Bernard Eisenschitz, historien spécialiste de Fritz Lang qui a participé à plusieurs livres sur le cinéaste comme traducteur (pour l’ouvrage de Lotte H. Eisner), auteur (Man Hunt de Fritz Lang) ou directeur d’édition (Fritz Lang : la mise en scène), pour réaliser cette étude unique sur l’oeuvre et les méthodes de travail de Fritz Lang qui témoigne de la fabrication des films de Fritz Lang – agendas, dessins préparatoires, scénarios, scripts, correspondance privée, films personnels, photographies de plateaux, de tournages, affiches, storyboards, dessins et scripts annotés – pour construire un récit passionnant mis en valeur par une iconographie exceptionnelle.

Berlin - Los Angeles -Berlin

Fritz Lang au travail explore tous les chefs-d’oeuvre de Lang, dont Le docteur Mabuse, le Joueur (1922), Metropolis (1927), M le Maudit (1931), Le testament du docteur Mabuse (1933), Furie (1936), Règlement de comptes (1953), La cinquième victime (1956), Le tigre du Bengale (1959) et Le diabolique docteur Mabuse (1960) mais il propose une exégèse détaillée de l’oeuvre de Fritz Lang. La genèse de chaque film est retracée pas à pas, de l’écriture à la réception critique, en passant par le choix des comédiens, le tournage ou la postproduction.

La structure de l’ouvrage, divisé en trois parties –Berlin, Los Angeles et Dernier retour- suit le fil du parcours géographique du cinéaste, marqué par l’exil aux États-Unis en 1933 et son retour en Europe en 1956.

Dans cette étude historique d’une précision rare, la genèse de chaque film est retracée pas à pas, de l’écriture à la réception critique, en passant par le choix des comédiens, le tournage et la postproduction. Pour chacun d’eux, l’auteur met l’accent sur l’un des aspects du travail de Lang. Linéaire comme un récit mais rythmée comme un manuel, la lecture de l’ouvrage est ponctuée d’images et documents parfois inédits, issus des archives allemandes, françaises et américaines du cinéaste. Cette large iconographie donne un panorama exceptionnel sur l’univers visuel et psychologique de Fritz Lang ainsi que sur ses techniques et l’organisation de son travail.

Explication du trucage pour la mer de flammes dans Les Nibelungen

Dans la première partie consacrée à la période berlinoise, l’auteur s’attache à montrer comment ce jeune homme ambitieux, passionné de cinéma va s’imposer en quelques années comme l’un des plus grands réalisateurs de son temps, devenant l’un des maîtres du cinéma expressionniste allemand. Il revient notamment sur l’origine du personnage du Docteur Mabuse, génial criminel en révolte contre le système, sur le pharaonique projet Metropolis qui durera plus de trois ans, sur le couple dandy qu’il formait avec Thea von Harbou, compagne et scénariste de tous ses films, sur les relations houleuses qu’il a entretenues avec les producteurs.

Dans cette période d’intense créativité, Fritz Lang exerce son oeil, invente et décide de tout : du mouvement des caméras au rythme de défilement des intertitres, en passant par la lumière, les décors et le choix des comédiens. Il noircit les pages des scénarios, des scripts et des story-boards de ses indications. L’interdiction du Testament du Dr Mabuse en 1933 marque la rupture avec l’Allemagne nazie. Il s’exile aux Etats-Unis, invité par le grand producteur David O. Selznick pour MGM.

"Le Lang américain n’est pas le Lang allemand" note l’auteur dans son introduction. Bernard Eisenschitz s’est penché avec passion sur l’époque américaine de Lang, menant des recherches sans précédent sur cette période longtemps restée dans l’ombre. "Lang apparaît comme le seul cinéaste travaillant à Hollywood décidé à traiter sans compromis de l’Amérique contemporaine". Dans un combat acharné avec les majors hollywoodiennes, Fritz Lang s’attaque à tous les mythes de l’Amérique et réalise des films intemporels : le pouvoir destructeur des foules avec Furie (1936), la comédie musicale avec Casier judiciaire (1938), la corruption avec Règlement de comptes (1953), la procédure accusatoire du système judiciaire dans L’invraisemblable vérité (1956) ou encore le western avec L’ange des maudits (1952).

L’ouvrage détaille comment Fritz Lang établit, à cette période, certaines des structures majeures et lois fondamentales du cinéma – notamment du film noir –, devenant le maître incontesté d’Hitchcock (et ensuite son rival), puis de la Nouvelle Vague. Dans cet exil, il poursuit un dialogue cinématographique avec l’Europe et notamment avec Jean Renoir, à travers le remake de La chienne qui deviendra La rue rouge.

Le retour de Lang en Europe en 1956 occupe les dernières pages de l’ouvrage. Cette période est marquée par le tournage difficile des derniers films et par la reconnaissance de son oeuvre par la Nouvelle Vague et la Cinémathèque française à qui il lègue une partie de ses archives. Plusieurs projets avortés avec l’Allemagne laisseront un goût amer à Fritz Lang, comme une impossible réconciliation avec l’histoire. Godard lui rendra un dernier hommage en lui offrant de jouer son propre rôle dans Le Mépris. Fritz Lang s’éteindra en Californie en 1976.

L'intellectuel créateur

Fritz Lang au travail donne à voir l’oeuvre d’un grand artiste au coeur d’événements parmi les plus troublants du XXe siècle. À travers son parcours, c’est l’histoire de toute une génération d’artistes et d’intellectuels européens qui est racontée : les arts sous la république de Weimar, la montée du nazisme, le combat des exilés, et enfin Hollywood, temple d’une industrie dominée par les studios et bientôt déstabilisés par la chasse aux sorcières.

Cinéaste, scénariste, producteur, acteur, Fritz Lang vivait pour et dans ses films. Entre 1919 et 1960, il en a tourné plus de quarante, de Berlin à Hollywood et de Hollywood à Berlin. Né en 1890 dans l’extraordinaire laboratoire d’art et d’idées qu’est alors la ville de Vienne, Fritz Lang deviendra l’un des pionniers de l’art cinématographique et l’un des plus grands créateurs de formes de son temps. Considérant dès le début de sa carrière le cinéma comme un art total, il va en explorer tous les aspects. Scénario, dialogue, narration, lumière, décor, production, comédien, caméra, montage sont réfléchis par Fritz Lang qui s’investit de manière obsessionnelle dans chacun de ses projets.

Il s’est attelé à tous les genres cinématographiques, du film d’espionnage au western en passant par la fresque mythologique (Les Nibelungen), le film antinazi (Les bourreaux meurent aussi, écrit avec Bertolt Brecht) ou le film noir (La Femme au portrait), avec l’ambition, toujours présente, de documenter le monde dans lequel il vivait : la fragile république de Weimar (Les espions, M le Maudit), l’avenir du capitalisme (Metropolis), le système judiciaire américain (L’invraisemblable vérité) ou la justice populaire et pouvoir de la foule (Furie).

Quatre "gros plans" détaillent l’un des aspects de la vie et de l’oeuvre de Fritz Lang : "Fritz Lang et Thea von Harbou : un couple" ; "Metropolis : la vision de Fritz Lang" ; "La passion de l’Ouest" et "La Rue rouge : du sujet au film".

La publication de l’ouvrage coïncide avec l’exposition Metropolis de la Cinémathèque française (19 octobre 2011 – 19 janvier 2012), accompagnée d'une rétrospective de Fritz Lang.

 

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Fritz Lang au travail
Bernard Eisenschitz

Editeur : Cahiers du cinéma (octobre 2011). Collection : Beaux livres. Relié : 272 pages au format 25 x 29, 380 illustrations couleur et noir et blanc. 60 €.