Photographie : les origines de l'émotion

Dans La chambre claire, Roland Barthes oppose cinéma et photographie : "Au cinéma, sans doute il y a toujours du référant photographique, mais ce référent glisse, il ne revendique pas en faveur de sa réalité, il ne proteste pas de son ancienne existence ; il ne s'accroche pas à moi : ce n'est pas un spectre. Comme le monde réel, le monde filmique est soutenu par la présomption que "l'expérience continuera constamment à s'écouler dans le même style consécutif " (Husserl) ; mais la photographie, elle rompt le style consécutif (c'est là son étonnement ; elle est sans avenir (c'est là son pathétique, sa mélancolie ; en elle aucune propension), alors que le cinéma, lui, est propensif et, dès lors, nullement mélancolique. Immobile, la photographie reflue de la représentation vers la rétention. Le pouvoir d'authentification prime sur le pouvoir de représentation."

Cette authentification, c'est le punctum même de la photographie, ce par quoi elle émeut en affirmant "ça a été" : quelque chose s'est posé devant le petit trou et y est resté à jamais. L'essence de la photographie c'est de ratifier ce qu'elle représente.

Si le passé est désormais aussi sûr que le présent, puisque la photographie authentifie l'existence de l'être, Barthes exige que, dans une bonne photographie, il puisse le retrouver en entier, c'est à dire en essence, "tel qu'en lui-même, au-delà d'une simple ressemblance.

 

La photographie dans le cinéma

La photographie est souvent insérée dans les films pour attester d'une réalité de façon plus certaine que le cinéma. Ainsi, dans Les chansons d'amour, ce sont des photographies que Christophe Honoré insère pour certifier de la mort de Julie.

Cette fonction de certification est d'autant plus forte que la photographie est en noir et blanc et rejoint ainsi l'idée d'une image d'archive, authentifiée par l'histoire.

Dans Alice dans les villes (Wim Wenders, 1973) celle prise par Philippe, jeune journaliste allemand interprété par Rüdiger Vogler échoue dans son pouvoir d'authentifier une réalité qu'elle rendrait pleinement. Désabusé, Philippe constate que la photo est incapable à elle seule de rendre compte de son émotion d'alors.

Dans Manderlay, Lars von Trier fait jouer aux photographies finales un pouvoir libérateur. Elles attestent de la cruauté que l'on a fait subir aux esclaves noirs pour justifier de leur révolte alors que son film est une fable sur la pourriture de l'humanité fusse-t-elle pauvre et noire.

La photographie immortzlilise un moment important qui ne se reproduira plus et que l'on veut ainsi rendre plsu intense ou plonger le spectateur dans un regard qui sublime et prolonge l’instant, la vision photographique.

Le travail des photographes à fait l'objet des films La terre vue du ciel (Renaud Delourme, 2004) et Paysages manufacturés (Jennifer Baichwal, 2006).

A signaler, deux expositions traitant des rapports entre cinéma et photographie :

Le livre :

Le symposium international du 29 septembre2007 à l'université Paris 7 :

 

Films mettant en jeu le rapport cinéma et photographie :
       
Wildlife - Une saison ardente Paul Dano U.S.A. 2018
Back home Joaquim Trier U.S.A. 2015
A la recherche de Vivian Maier Charlie Siskel U.S.A. 2013
L'épreuve Erik Poppe Norvège 2013
Le siècle de Cartier-Bresson Pierre Assouline France 2012
Iddu, l'atelier de Jean-Michel Fauquet Henry Colomer France 2008
Les chansons d'amour Christophe Honoré France 2007
Délirious Tom DiCillo U.S.A. 2006
Fur: Un portrait imaginaire de Diane Arbus Steven Shainberg U.S.A. 2006
Paysages manufacturés Jennifer Baichwal Canada 2006
La terre vue du ciel Renaud Delourme France 2004
Manderlay Lars von Trier Dannemark 2004
Pecker John Waters U.S.A. 1998
Smoke Wayne Wang U.S.A. 1995
Une minute pour une image Agnès Varda France 1983
Murs murs Agnès Varda France 1981
Alice dans les villes Wim Wenders Allemagne 1973
Blow up Michelangelo Antonioni G.- B. 1966
La jetée Chris Marker France 1963