Hiroshima mon amour
1959

En août 1957, à Hiroshima. Dans la pénombre d'une chambre un couple nu, enlacé. Elle, une Française d'une trentaine d'années venue à Hiroshima pour jouer dans un film sur la paix. Lui un Japonais. Elle lui parle d'Hiroshima mais il ne cesse de lui répéter " tu n'as rien vu à Hiroshima"...

C'est le matin, elle s'est levée avant lui... L'homme dort allongé sur le ventre. Elle regarde intensément sa main qui bouge vaguement et se souvient... à Nevers, sur le quai du fleuve, dans la même posture, un soldat agonise. Alors, elle commence à parler à son compagnon de Nevers, du passé.

La femme doit repartir le lendemain pour la France. Pendant cette journée, ils vont se fuir et se rechercher dans les rues, les chambres, les salles d'attente... Au fil de ces rencontres, l'histoire de Nevers va ressurgir. À Nevers, elle a aimé un Allemand. Celui-ci a été tué à la libération et elle a été tondue. Elle est restée enfermée dans une cave où elle a cru devenir folle... Lorsque ses cheveux ont repoussé, ses parents l'ont fait partir pour Paris où elle arrive le jour de l'explosion de la bombe atomique sur Hiroshima.

Le moment est venu de se quitter. Elle le regarde : "Hi-ro-shi-ma... c'est ton nom"..Il lui répond : "C'est mon nom, oui. Ton nom à toi est Nevers. Ne-vers-en-Fran-ce"..

Ce premier long-métrage d'Alain Resnais est un film phare qui, avec Les quatre cents coups et A bout de souffle (il précède le film de Godard où l'on voit Belmondo passant devant un cinéma affichant Hisroshima mon amour), constitua une sorte de trilogie manifeste de la Nouvelle vague française.

Ecriture éclatée, dialogues incantatoires : Resnais et Duras ouvraient des voies nouvelles au langage cinématographique. Le texte est resté célèbre pour sa musique, pour le balancement des contraires ("Tu me tues, tu me fais du bien", "Je te mens, je te dis la vérité" et, bien sûr, "Tu n'as rien vu à Hiroshima").

Drame sentimental l'histoire d'amour entre une française venue tourner un film à Hiroshima et un japonais architecte. Ils auront deux jours pour s'aimer sans que l'on sache si elle retournera à Paris tourner son prochain film et rejoindre mari et enfants où elle restera avec son amour japonais, heureux avec sa femme mais auquel elle a raconté son premier amour avec un soldat allemand, tué le jour de la libération de Nevers

Sens aigu de la nécessité de la mémoire et de l'horreur de l'oubli, de la parole pour faire ressurgir le passé au présent. Dans les dix premières minutes, c'est l'horreur d 'oublier Hiroshima qui domine :

Rien. De même que dans l'amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier. De même, j'ai eu l'illusion devant Hiroshima que jamais je n'oublierais, de même que dans l'amour….Comme toi, j'ai essayé de lutter de toutes mes forces contre l'oubli, comme toi j'ai oublié …Comme toi j'ai désiré avoir l'inconsolable mémoire, une mémoire d'ombre, de pierre. J'ai lutté pour mon compte, de toutes mes forces, chaque jour, contre l'horreur de ne plus comprendre du tout le pourquoi de ce souvenir. Comme toi, j'ai oublié. Pourquoi nier l'évidente nécessité de la mémoire ? Ecoute-moi, je sais encore : ça recommencera 200 000 morts, 80 000 blessés en 9 secondes, ces chiffres sont officiels, ça recommencera. Il y aura 10 00 degrés sur la terre, 1000 soleils dira-t-on.

Mais après le magistral travelling (en fait en plusieurs plans) c'est l'horreur de l'oubli de l'amour qui domine. A quoi bon aimer si on finit par oublier ? Les paroles entre Nevers et Hiroshima établissent un lien entre l'amour d'hier et celui d'aujourd'hui.

Je suis d'une moralité douteuse. Qu'est-ce que tu appelles, être d'une moralité douteuse. Douter de la morale des autres.

Dans quelques années, quand je t'aurai oublié et que d'autres histoires comme celle-là, par la force encore de l'habitude, arriveront encore, je me souviendrai de toi comme de l'oubli de l'amour même. Je penserai à cette histoire comme à l'horreur de l'oubli ; je le sais déjà.

(off) Ce soir je t'ai trompé mon amour, je t'ai trompé avec un inconnu. Tu n'étais pas tout à fait mort, j'ai raconté notre histoire. Je t'ai trompé ce soir avec cet inconnu. J'ai raconté notre histoire, elle était, vois-tu, racontable (in) Quatorze ans que je n'avais pas retrouvé le goût d'un amour impossible. Depuis Nevers. (0ff) regarde comme je t'oublie, regarde comme je t'ai oublié regarde-moi.

J'avais faim d'infidélité d'adultère de mensonge, et de mourir depuis toujours, je me doutais bien qu'un jour tu me tomberais dessus. Je t'attendais dans une impatience sans borne, calme. Dévore-moi, déforme-moi à ton image afin qu'aucun autre, après- toi, ne comprenne le pourquoi de tant de désirs. Nous allons rester seul mon amour.


Ton nom est Hiroshima, oui ton nom à toi est Nevers, Nevers en France

 

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Genre : Drame sentimental
Scénario : Marguerite Duras. Avec : Emmanuelle Riva (Elle), Eiji Okada (Lui), Stella Dassas (Mère), Pierre Barbaud (Père), Bernard Fresson (Amant allemand). 1h31. NB
Voir : photogrammes du film