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Une fois de plus,
Jim Phelps réunit ses meilleurs éléments (entre autres
son épouse Claire, Jack Harmon, lAnglaise Sarah Davies et lindispensable
Ethan Hunt) pour une nouvelle mission. Il sagit, lors dune soirée
à lambassade des États-Unis à Prague, dintercepter
lespion Alexandre Golitsyn, venu semparer dune disquette
contenant la liste des agents américains en Europe. Malheureusement,
lopération échoue : Ethan assiste, impuissant, à
la disparition de Phelps et de tous les membres du commando.
Kittridge,
son contact à la CIA, se trouve comme par hasard à Prague et
lui donne rendez-vous dans un restaurant. Il lui apprend que léquipe
de Phelps était sous surveillance, car elle comprenait un renégat
connu sous le sobriquet de Job. Ethan étant apparemment
le seul survivant du massacre, il est donc soupçonné dêtre
Job. Afin détablir son innocence, il provoque lexplosion
du gigantesque aquarium du restaurant, échappant ainsi à Kittridge.
Il contacte ensuite la mystérieuse Max, auquel Job devait livrer la disquette. Rejoint par Claire (qui, par miracle, nest pas morte), il forme une nouvelle équipe avec le Français Krieger et Luther, un spécialiste de linformatique. Grâce à leur aide, il réussit à pénétrer dans les locaux très surveillés de la CIA à Langley (Virginie) et à se procurer la liste des espions.
Tous se rendent ensuite à Londres où Krieger, démasqué comme traître, est exclu du groupe. Phelps, toujours en vie, refait alors surface et donne une explication à peu près satisfaisante du fiasco de Prague : Kittridge serait le véritable responsable. Dans lEurostar Londres-Paris, léquipe de Mission : Impossible sapprête à rencontrer Max et ses séides. Grimé en Phelps, Ethan fait avouer à Claire quelle sest jouée de lui. Aussitôt après, la jeune femme est abattue par son mari.
Aux commandes dun hélicoptère, Krieger poursuit le train jusque dans le tunnel sous la Manche et réussit à récupérer Phelps, mais Ethan fait sauter lappareil. Max est arrêtée par Kittridge. Ethan, innocenté, succédera à Phelps.
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Scène clé
: Ethan, grâce à un numéro de prestidigitateur, reprend la disquette contenant
la liste NOC et, par la même occasion, reprend la mise en scène en main :
il va aller prévenir l'IMF qu'il est à Londres.
Message essentiel : "Mission : impossible" ne fait pas des passions et de la tragédie d'un homme le moteur de son récit. Film de suspense, tout ici est construction, abstraction, mécanique et manipulation. Dans le monde des nouvelles technologies, les sensations et la jouissance corporelle sont exclues. L'homme n'est plus qu'une image sans cesse appelée à être manipulée.
"Mission : impossible" ne raconte pas autre chose que l'histoire d'un personnage qui se retrouve à l'intérieur d'un mouvement, le décrypte, devient actif et joue tout seul. Ethan Hunt décode les mises en scène qui l'entourent et les conquiert en prenant les apparences des autres. La transformation et le maquillage, les nombreux masques qu'il revêt, ne lui permettent pas seulement de se sauver mais de prendre possession de la mise en scène par l'artifice. Dans ce combat avec son spectateur et cette débauche de manipulation, Brian De Palma réintroduit l'idée que l'image d'un personnage ne meurt jamais.
De Palma fonde son travail sur la présence du cinéma dans le cerveau de ses spectateurs, dans leur mémoire visuelle. Un plan connu du public apparaît soudain à l'écran, maquillé et retravaillé. Le suspense ici ne nait pas seulement de notre connaissance de l'action (le spectateur en sait un peu plus que le personnage), mais de notre connaissance du cinéma ancien (le spectateur sait comment la même situation se déroulait dans un film passé et ce savoir provoque sa peur). L'oeuvre de Brian De Palma est la quintessence même du maniérisme en ce qu'il ne se nourrit plus d'un rapport direct avec le monde mais d'un rapport référentiel d'image à image.
Mais dans "Mission : impossible", ce n'est pas seulement l'image d'un film ancien (le film renvoie par bien des côtés à La mort aux trousses d'Hitchcock : une espionne au jeu ambigu, l'hélicoptère sur la pleine avant l'entrée dans le tunnel rappelle l'avion traquant Cary Grant, l'escalade des Monts Rochemort est recyclée en exercice d'équilibriste sur le train, train qui tient un rôle important dans les deux films) qui renaît sous nos yeux, mais l'image même d'un personnage que l'on croyait disparu et qui réapparaît soudain.
Le personnage n'existe plus en tant qu'être mais comme image qui circule et qu'un autre peut revêtir selon son désir. De palma peut alors rajouter à la confusion et jouer la carte du feuilleton et du film d'espionnage, où les visages circulent comme des images indépendantes, disparaissent derrière tout un jeu de faux-semblants et de masques, de postiches et de maquillage. Tout image est alors susceptible d'en contenir une autre et tout être survit par la représentation tant qu'il peut la mettre en jeu. Elle n'est d'ailleurs jamais épuisée. Le chaos des apparences joué par "Mission : impossible" devient terrifiant parce que sans fin. Le dernier plan du film montre Ethan, dans l'avion, habitant le premier plan de Phelps se faisant , comme lui, embarqué dans une nouvelle mission. Ethan Hunt, comme son nom l'indique est voué à la chasse permanente jusqu'à l'aliénation.
Ethan survit en changeant d'images, il utilise trois masques (l'agent russe, le sénateur, Jim Phelps). A l'opposé, Claire est condamnée à de brèves apparitions. Objet du désir interdit, elle ne peut être mise en scène. Au début du film Ethan se penche sur Claire presque morte. Son inquiétude trahit un désir qu'il essaie d'ignorer, un désir frustré. Claire, la femme de Jim Phelps , le patron, le mentor, le père spirituel d'Ethan est un mauvais objet de désir, un objet interdit. "Le sujet ressent lui même le mauvais objet comme une frustration, dit Lacan. Et, du même coup, la frustration est ressentie dans l'autre. Il y a une relation réciproque d'anéantissement, une relation mortelle structurée par ces deux abîmes- soit le désir s'éteint, soit l'objet disparaît." Claire est ainsi toujours hors jeu, lors de la traque dans l'ambassade, elle fait l'objet d'un seul plan très bref. A partir du moment où Ethan croit la voir mourir dans la voiture, elle n'arrête pas d'inquiéter son regard, d'apparaître, d'osciller entre la vie et la mort, rêve et réalité. Mouvante, ondoyante, insaisissable, Claire risque à chaque instant de se perdre. Il faudra peut-être remonter à Gene Thierney dans "Laura" de Premminger, pour retrouver une telle représentation du fantasme devenu fantôme. L'interprétation d'Emmanuel Béart, sa façon de trouver sa place dans une grosse production hollywoodienne, rend ce jeu de la double distance émouvant. Car, à l'image de son personnage, elle risque elle-même de se perdre dans les rouages de cette mécanique géante pour n'apparaître qu'aux travers de flashs successifs (réapparition dans la planque à 4 heures du matin, scène d'amour occultée lorsque Claire invite Ethan à la rejoindre la veille de sa mort, mort évacuée froidement sans parole ni gros plan sur son visage).
Ce monde où transformation des images rime avec mise en scène atteint son point culminant au moment où Ethan viole la chambre forte de la CIA. Cette pièce protégée par un système de surveillance le plus sophistiqué du monde devient l'intérieur du globe oculaire, un oeil dans lequel Ethan pénètre en passant par la pupille- la bouche d'aération située au plafond. Retenu uniquement par une corde, il flotte dans cet espace blanc aseptisé, le spectateur aussi. Plongée et contre-plongée se confondent. On ne sait plus si on se trouve en haut ou en bas. Cette séquence fait intervenir de manière ironique deux marques dérisoires d'un monde où la chair aurait encore sa place : une goutte de sueur et un rat.
Bibliographie : Les cahiers du Cinéma