La mort aux trousses
1959

À la suite d'un quiproquo, le paisible publiciste Roger Thornhill échappe de peu à une tentative d'assassinat, commise par les hommes de main d'un certain Philip Vandamm. Peu après, il se trouve recherché par toutes les polices d'Amérique pour le meurtre d'un diplomate au Palais des Nations-Unies.

Dans le train de Chicago où il s'est réfugié, l'infortuné fait la connaissance d'Eve Kendall, qui n'est autre que la maîtresse de Vandamm, et qui lui obtient un rendez-vous sur une route déserte où il espère enfin comprendre les raisons de son aventure. Mais c'était un piège : un avion le mitraille et Thornhill échappe, une fois encore, à la mort, in extremis.

C'est alors qu'apparaît "Le Professeur", qui explique enfin toute l'affaire : à la suite de la méprise initiale, Thornhill a été pris par les hommes de Vandamm pour le mystérieux Kaplan, un agent du service de contre-espionnage qui était sur les traces de leur organisation. Or, Kaplan n'a jamais existé : il a été "inventé" par les services du "Professeur" pour permettre à leur véritable agent, Eve Kendall, d'agir dans l'entourage immédiat de Vandamm sans être inquiétée.

Devenu bien malgré lui agent du contre-espionnage, Thornhill sauvera Eve des griffes de Vandamm qui avait fini par découvrir les agissements réels de sa maîtresse. Au terme d'une poursuite sur les flancs du Mont Rushmore, Vandamm sera arrêté et ses hommes éliminés. Thornhill et Eve pourront repartir en train, en amoureux...

 

Message essentiel : force de l'amour à passer l'éponge sur les trahisons. En ce sens, La mort aux trousses est une suite rédemptrice à Vertigo .

Scènes clés : Ce thème majeur s'incarne dans les deux fondus-enchainés du film. Le premier voit Eve Kendall envoyer Roger Tornhill à la mort : le visage de la jeune femme s'efface progressivement sur l'étendue désertique où l'avion sulfateur viendra mitrailler notre héros. Le second en est la réplique rédemptrice : à l'aéroport, Roger Tornhill, comprenant les explications du Professeur sur le dévouement de la jeune femme, se projette déjà sur les statues du mont Rochemort où il sauvera celle qu'il aime de la mort.

La beauté plastique de ces deux fondus-enchainés a été particulièrement soignée par Hitchcock : dans le premier, la diagonale de la route vient barrer le visage d'Eve et, dans le second, un projecteur d'avion vient éclairer de blanc de visage de Roger pour préparer sa superposition sur les faces crayeuses des sculptures des pères fondateurs de l'Amérique.

Le film vaut aussi par quelques idées de mise en scènes :

La scène de l’avion. Hitchcock explique dans une interview qu’il tourne là le dos au cliché du genre : grands espaces par opposition aux rues étroites à pavés gras du film noir, avion venu de nulle part au lieu de la limousine pointant au bout de la rue. La Cadillac noire sur la route déserte est, en l’occurrence, un leurre commentant le cliché : Thornhill a un mouvement de frayeur et l’on s’attend à ce que les mitraillettes crachent la mort par les portières. Dans le même esprit, le face à face avec le péquenot chapeauté de part et d’autre de la route ressemble à un duel de Western.

Scène du sauvetage d'Eve : après avoir escaladé la maison dans laquelle Eve sera vraisemblablement exécutée, Roger Tornhill s'est légèrement blessé à la main : gros plan sur la main ensanglantée, Roger recherche alors un mouchoir, y voit gravé ses initiales et notamment ce O entre le R et le T dont il avait discuté avec Eve lorsque celle-ci avait remarqué sa boite d'allumettes personnalisée sur laquelle elles figuraient (R.O.T : O pour "zéro" : "rien" avait-il dit mais, évidemment, rot=pourri et O prétentieux comme celui de David O. Selznick mais surtout O pour préparer cette séquence qui vient une heure après) : il sait alors qu'il peut lui envoyer sa boite d'allumettes personnalisée : elle sera reconnue immédiatement...par elle et le spectateur.

On s’enchante aussi des allusions à la guerre froide, comme la Škoda filant le taxi de Thornhill au début. On s’amuse encore des simulacres de la mort : l’homme tenant un chapeau à la main devant la cabine comme pour saluer par anticipation le cadavre de Thornhill en train de téléphoner, ou Leonard inscrit après sa chute dans les formes anguleuses d’un fauteuil comme dans un cercueil, Vandamn en contrechamp versant des larmes sur ses mains jointes (en réalité sur son amour trahi et son poing meurtri par le direct). On applaudit même sans faute à la métaphore de ce train phallique au bout écarlate perçant le tunnel de la nuit de noce en wagon-lit.

Création du thriller moderne : mélange d'humour et de mort possible dans chacune des scènes; cocktail repris dans les films avec Harrisson Ford ou Bruce Willis.

 

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Genre : Espionnage
Voir : photogrammes
(North by northwest). Avec : Cary Grant (Roger O. Thornhill), Eva Marie Saint (Eve Kendall), James Mason (Philip Vandamm), Martin Landau (Leonard), Leo G. Carroll (le professeur), Jessie Royce Landis (Clara Thornhill). 2h16.