1933

Iping, petit village dans la campagne anglaise du West Sussex. Un inconnu surgit un jour de février par un froid glacial dans l'auberge "The Lion's head". Aucune partie de son corps n'est visible : il porte des gants, son visage est recouvert de bandelettes, des lunettes noires cachent ses yeux. Les villageois craintifs, accompagnés d'un policier, font irruption dans la chambre de l'étranger. Celui-ci déroule alors ses bandelettes, quitte ses vêtements et... disparaît à la vue de tous.

Le docteur Kemp prend connaissance de l'événement dans les journaux. Nul doute ne subsiste : l'étrange personnage n'est autre que Jack Griffin, l'assistant du docteur Cranley, disparu mystérieusement depuis plusieurs semaines. Soudain, dans son salon, Kemp sent une présence et entend une voix : il s'agit de Griffin, qui a découvert le secret de l'invisibilité et était à la recherche de l'antidote lorsqu'il fut surpris par les villageois. Mais la drogue qu'il s'est administrée agit sur son cerveau : mégalomane, Griffin devient fou et somme Kemp de l'aider dans son projet de dominer le monde. Griffin fait régner la terreur – déraillement de trains, pillages de banques – puis il assassine Kemp, qui a tenté de le trahir.

La police le recherche activement. Elle le surprend enfin grâce aux traces de pas qu'il laisse dans la neige toute fraîche. Blessé mortellement par une balle au coeur, Griffin, étendu sur un lit d'hôpital, retrouve enfin son apparence physique tandis que ses traits se figent dans la mort...

Boris Karloff qui devait interpréter le rôle partit sur d'autres projets et Colin Clive préféra rentrer en angleterre. Finalement le rôle échu à un acteur de théâtre anglais méconnu du public de cinéma dont les deux seules tentatives en Angleterre et à Hollywood s'étaient soldées par des un jeu ampoulé pompeux et théâtral. Mais James Whale repéra sa voix sur un bout d'essais et l'engagea bien qu'il fut alors mauvais acteur. Le jeu de Claude Rains, bandé de la tête aux pieds, dont le jeu ne repose que sur la voix marqua fortement le public et la critique.

La Paramount avait déjà adapté L'île du docteur Morreau en n'en faisant qu'un simple film d'horreur. H. G. Wells demanda expressément à la Universal d'être plus fidèle à sa version. Robert Cedric Sherriff dont l'adaptation de la pièce Le grand voyage avait valu sa notoriété à James Whale accepta, à la demande de celui-ci, de reprendre un scénario sur lequel s'étaient déjà penchés presque tous les scénaristes du studio.

Beaucoup plus fidèle à H. G. Wells que les précédants scénarios, Sherriff flanqua pourtant l'homme invisible d'une fiancée. Le roman de Wells est une parabole politique exprimant le besoin de changement social. Le héros, Griffin, est un étudiant misérable qui, s'il découvre le pouvoir de l'invisibilité, souffre de froid et de faim. La trahison de son ami le docteur Kemp, d'un rang social supérieur, finissant de pousser le jeune homme vers la déchéance. Dans le roman, Kemp est épargné, ce qui n'est pas le cas ici. La mégalomanie de Griffin est en effet beaucoup plus présente que dans le roman de Wells. Cette mégalomanie se trouvait dans le roman de Phiip Wylie, The murderer invisible (1931) dont la Universal a achété les droits et qui raconte de façon plus dure comment un homme utilise l'invisibilité pour acquérir du pouvoir.

Sherriff, en accord avec la sensibilité de James Whale, fait ainsi glisser ce qui peut être considérer comme le premier roman de science-fiction moderne vers un film fantastique à la thématique assez proche de celle de Frankenstein. Dans les deux cas, un scientifique disparaît pour mener ses expériences en secret. Sa fiancée est inquiète pour lui et ne comprend pas ce qui se passe. Il y a aussi un autre homme (Victor puis Kamp) qui est un ami du couple mais qui est amoureux de la fiancée du héros. Dans Frankenstein, la Universal lui avait demandé un happy-end et Whale avait dû laisser ainsi la vie sauve à Frankenstein. Ici, il tue le scientifique et son rival.

Le film comme le roman se passent à Iping, village du West Sussex. Mais Whale s'inspira de Dudley dans les West Midlands pour choisir des acteurs au physique typique pour des rôles secondaires comme d'habitude pittoresques, excentriques et farfelus comme Una O'Connor qui joue souvent l'hystérie et la panique.

John P. Fulton signa les effets spéciaux qui demeurent parmi les prouesses jamais accomplies par les studios. Il fallait couvrir de velours noir les parties du corps censées disparaître puis photographier le tout sur fond de velours noir. Une fois ce cliché combiné avec le décor normal, l'illusion d'invisibilité était parfaite.

La séquence la plus difficile à réaliser est cellle ou l'homme invisible, assis devant un miroir, regarde son reflet et commence à dérouler les bandages qui lui couvrent la tête. Pour cette scène il a fallu filmer quatre plans différents pour ensuite les monter ensemble. C'est la scène la plus complexe qu'il ait jamais faite.

Il fallait un plan de dos de L'homme invisible en train d'enlever ses bandages et un autre plan de la pièce où il se trouve.

Pour le reflet, il fallait d'une part un plan du mur que l'on voit dans le miroir et d'autre part un plan de l'homme invisible vu de face enlevant tout.

Pour les empreintes fantomatiques de l'homme invisible, on tirait sur des blocs de bois en forme de pied posés sur une plate-forme couverte de neige artificielle. Pour la scène finale, le visage de Claude Rains avait été enduit de plâtre avec des pailles dans la bouche et le nez pour qu'il respire. C'est avec le masque qu'ont été faits les effets spéciaux.

   

Le film sera la meilleure entrée de Universal en 1933 et donnera lieu à de nombreuses suites.

Source :

 

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(The Invisible Man). Avec : Claude Rains (L'homme invisible), Gloria Stuart (Flora Cranley), William Harrigan (Dr. Arthur Kemp), Henry Travers (Dr. Cranley), Una O'Connor (Jenny Hall), Forrester Harvey (Herbert Hall). 1h11.

L'homme invisible
Genre : Fantastique
Thème : L'homme invisible