Wallace et Gromit,
le mystère du lapin-garou

2005

Genre : Animation

(Wallace & Gromit : the curse of the wereabbit). Avec les voix de Peter Sallis (Wallace / Hutch), Ralph Fiennes (Victor Quartermaine), Helena Bonham Carter (Lady Campanula Tottington), Peter Kay (PC Mackintosh), Nicholas Smith (Reverend Clement Hedges). 1h25.

Une "fièvre végétarienne" intense règne dans la petite ville de Wallace et Gromit, et l'ingénieux duo a mis à profit cet engouement en inventant un produit anti-nuisibles humain et écolo, qui épargne la vie des lapins. L'astuce consiste simplement à capturer, à la main, un maximum de ces rongeurs et à les mettre en cage.

A quelques jours du Grand Concours Annuel de Légumes, les affaires de Wallace et Gromit n'ont jamais été aussi florissantes, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si un lapin-garou géant ne venait soudain s'attaquer aux sacro-saints potagers de la ville. Pour faire face à ce péril inédit, l'organisatrice du concours, Lady Tottington, se tourne vers nos deux "spécialistes" et leur demande d'appréhender le monstre.

Film éminemment dynamique qui comprime le rance et la gentille bêtise de Wallace pour la faire exploser en délire de gadgets, de sous-entendus sexuels et de référence cinéphiliques.

Dès le générique sont rappelées les deux valeurs de Wallace et Gromit : Le cheddar et le Home sweet home. A la tentation du repli sur soi de ces Tintin et Milou british répond non pas le goût de l'aventure mais les catastrophes déclenchées par la passion des automatismes et les pulsions sexuelles refoulées. On retiendra ici surtout les courses dans les tunnels, métaphore sexuelle souterraine qui se déploie dans tous les légumes de surface : melons, courges tendues ou en purée, la carotte de Lady Tottington, le carton de noisettes (!) qui couvre la nudité de Wallace. Le hors-champ suggère peut-être "pire" encore : que peut bien signifier la grosse carotte qui tombe quand Gromit klaxonne désespérement alors que, de l'autre côté du tunnel (hum !), Wallace est seul avec la grosse lapine en peluche !!! ?

A la veille du conflit irakien, on pouvait voir dans Chicken run une charge contre les nationalismes de tous poils déguisée en parodie de film de guerre ou d'évasion. Ici c'est la sexualité de Wallace qui fait peur. Nick Park en appelle ainsi logiquement au fantastique pour transfiguer son sujet.

Ce sont d'abord les trois figures majeures du genre qui sont convoquées : Frankenstein pour la création du lapin garou avec la trappe ouverte sous le ciel lunaire; Docteur Jekyll pour la transformation de Wallace en lapin-garou et sa mort lui permettant de retrouver sa nature humaine ; Dracula pour l'atmosphère du cimetière, le prêtre et le comte sanguinaire. King Kong appartient également au genre fantastique. On le retrouve ici pour l'enlèvement de lady Totenham et sa position au sommet de l'immeuble. Deux autres classiques figurent dans le sous-texte du film : Ben Hur pour la course d'avion avec l'hélice grignotant l'avion qui le précède et Matrix pour l'effet de la balle au ralenti.

Les constantes inventions formelles surgissent tels autant de signes que viennent redoubler, s'il en était besoin, les mimiques de Gromit qui n'émet pas un son mais reste le constant moteur de l'action. Wallace, l'inventeur, se contentant de créer le dispositif. La réjouissante et constante grossièreté (le sexe mais aussi les rots et les grimaces) est contrebalancée par la poésie douce et volontairement un peu niaiseuse des lapins flottants dans l'aspirateur.

Jean-Luc Lacuve le 04/11/2005