Les camarades

1963

Genre : Drame social

(I compagni). Avec : Marcello Mastroianni (Professeur Sinigaglia), Renato Salvatori (Raoul), Gabriella Giorgelli (Adele), Folco Lulli (Pautasso), Bernard Blier (Martinetti), Raffaella Carrà (Bianca), François Périer (Maestro Di Meo), Vittorio Sanipoli (Baudet), Annie Girardot (Niobe). 2h10.

Une usine de tissage, à Turin, en 1905. Pour les ouvriers, qui vivent dans des taudis, ce sont quatorze heures de dur labeur quotidien. Un jour, fatalement, se produit l'accident : un vieil homme se prend la main dans les rouages d'une machine. Ses camarades organisent une collecte, puis se rendent, en délégation, chez le directeur dont ils désirent attirer l'attention sur les pénibles et dangereuses conditions de travail. Martinetti est chargé de prendre la parole. Mais les délégués ne sont reçus que, furtivement, par le chef du personnel.

Les ouvriers décident alors d'actionner la sirène marquant la fin du travail une heure plus tôt. Leur entreprise échoue. Pautasso, le responsable de cette mission, est mis à pied pour quinze jours, les autres ont une amende. Arrive alors dans la ville, venant de Gênes, le professeur Sinigaglia, un militant socialiste. Aidé par l'instituteur, il convainc les ouvriers de la nécessité d'une lutte organisée et de l'emploi d'une arme redoutable : la grève. Celle-ci est décidée.

Un ouvrier sicilien, dans l'obligation de travailler pour nourrir sa famille, est arrêté par les carabiniers à la suite d'une altercation avec le chef du personnel (il n'avait pas voulu désavouer ses camarades). Après l'échec des négociations, les patrons font appel aux briseurs de grève. Une violente bagarre éclate entre ceux-ci et les grévistes. C'est à cette occasion que Pautasso meurt, écrasé par un train. Recherché par la police, le professeur trouve refuge chez Niobé, la prostituée. Plus tard, après une tentative d'occupation de l'usine, la troupe intervient. Un jeune homme est tué. Raul, un des meneurs, doit s'enfuir. Les ouvriers reprennent le travail, tandis que le professeur est conduit en prison.

Le scénario s'inspire d'évènements qui secouèrent l'Italie du Nord en pleine industrialisation. Cette grève du textile à Turin, très dure, très violente, fut la première dans le pays. Monicelli décrit avec une grande vigueur humaniste et lyrisme une classe ouvrière qui cherche à vivre et travailler dignement. Les portraits de cette petite société sont à la fois vrais et pittoresques ainsi du militaire qui les aide, de l'adolescent illettré, de l'amoureux célibataire ou de la jeune femme qui a quitté la pauvreté pour vendre ses charmes. Du migrant sicilien méprisé au père de famille râleur, chacun est admirablement incarné.

C'est avec les patrons que le cinéaste est le plus dur, mépris de classe (la propriétaire de l'usine est ignoble), condescendance pour les pauvres et appât du gain sont leur unique façon de vivre. Le film n'est pas, pour autant, un acte de propagande. Monicelli n'est pas tendre non plus avec l'agitateur en chef que joue Marcello Mastroianni, personnage jusqu'au-boutiste qui jette de l'huile sur le feu pour une cause à laquelle il est étrangère. Mais il ne sait faire que cela.