The immigrant

2013

Compétition officielle Avec : Marion Cotillard (Ewa Cybulski), Joaquin Phoenix (Bruno Weiss), Jeremy Renner (Orlando), Dagmara Dominczyk (Belva), Angela Sarafyan (Magda Cybulski). 1h40.

1921. Ewa et sa sœur Magda quittent leur Pologne natale pour la terre promise, New York. Arrivées à Ellis Island, Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine. Ewa, seule et désemparée, tombe dans les filets de Bruno, un souteneur sans scrupules. Pour sauver sa sœur, elle est prête à tous les sacrifices et se livre, résignée, à la prostitution. L’arrivée d’Orlando, illusionniste et cousin de Bruno, lui redonne confiance et l'espoir de jours meilleurs. Mais c'est sans compter sur la jalousie de Bruno...

Le film s'ouvre sur un plan de la statue de la liberté de dos qui, avec un zoom arrière élargissant le cadre, vient saisir en amorce la silhouette d'un homme, debout devant Ellis Island alors qu'un bateau entre dans le port. Ce sera ensuite la longue file des immigrants avec le drame d'Ewa et Magda, l'une passant le contrôle de santé et l'autre non. Une troisième phase de cette première séquence sur Ellis Island montrera le manège de Bruno Weiss, rodant à la recherche de proies qu'il fait mettre en rang par des agents corrompus afin de sélectionner celles qu'il pourra exploiter dans la troupe au service du speakeasy de sa patronne.

Cette très belle, complexe et mystérieuse première séquence, à l'image de celle qui ouvrait La nuit nous appartient, ne sera hélas plus jamais revitalisée au cours du film. Le personnage de Ewa ne quittera plus sa posture de sœur-courage obligée de se prostituer mais gardant sa force d'âme. Symbolisent mieux que d'autres son parcours, la sulpicienne scène du confessionnal où, filmée en plongée sous une lumière mordorée, Ewa assume sa position de martyre ou la scène où renonçant à l'amour d'Orlando, elle accepte son écharpe. Pour le reste, le film brode autour de l'éclaircie possible promise par ce dernier personnage (la rose blanche, la lévitation, la face gentille, attentionnée et désintéressé du magicien en opposition avec la brutalité de son cousin).

Mais, depuis bien trop longtemps, sœur-courage est sous l'emprise cinématographique de son bourreau pour offrir une vraie chance à Orlando. Les accès de colère de Bruno ponctuent le film au même rythme que les malheurs de Ewa se renforcent. Cette relation sadomasochiste apparait d'autant plus artificielle qu'on voit mal, ou plutôt pas du tout, comment Bruno peut tomber amoureux de Ewa : aucune scène du film ne montre autre chose que son égoïsme le plus absolu avant la séquence où il se fait rouer de coups pour elle.

Eminemment cohérent mais hélas trop caricatural, le film se boucle par un beau split-screen : à la gauche de l'écran le bateau emporte Ewa et sa sœur, à droite Bruno s'en va seul vers son destin de prisonnier.

Jean-Luc Lacuve le 01/12/2013