Dans la chambre de Vanda
2000

Dans sa chambre, Vanda fume et tousse. Elle discute avec sa sœur Zita de leurs amis et des bars qu'ils fréquentent, le Climax et La cave. Le soleil assombrit ou éclaircit la pièce alors que, venant de la pièce d'à coté, on entend des bruits et la chanson de Nicoletta Il est mort le soleil. Zita dit que Pango, dit aussi Nhurro, Yuran ou Chumbito, s'est trouvé une piaule chez" la femme qui a tué son enfant". Vanda va préparer de la coke.

Pango se lave après avoir récupéré ce qu'il pouvait dans un squat en ruine. Paulo, dit Béquilles, mange un sandwich.

Zita prépare la salade de fraises et Vanda la coke. Lena avec son enfant Diogo qu'elle lange, est interrogée par Anita, une cliente. Elle n'aura du manioc que vendredi. Vanda fait sa tournée de marchande de légumes, des salades et des choux. Elle commence par Madame da Luz qui ne répond pas puis par Nuno qui refuse faute d'argent.

Pango sort de son squat en ruine, que quelqu'un lui décrit comme une Arche de Noël et qu'il rectifie en arche de Noé, pour un nouveau. Il pense surtout a emmené des couvertures. On a rasé la maison de Geny. Elle fume sur le pas d'une porte.

Pango demande à Nando de descendre les seaux pendant qu'il nettoie le logement. Ils attendent un shoot.

Zita et Vanda récupèrent le fil de lin d'un vieux vêtement. Diogo, au soleil, appelle Miranda, son père.

Pango est bien dans cette maison de "la fille qui voulait vendre son môme pour 50 balles… La rousse qui a finit par jeter son bébé dans la poubelle". Nando se trouve bien dans cette maison aménagé par Pango. Ils se shootent.

Vanda trouve une maquette de bateau derrière les cageots de légumes de sa mère et de Miranda.

Une bande de gamins, trois noirs deux blancs, ont volé les béquilles de Paulo. Ils viennent de Nhurro dit-il au Rouquin. L'un est le type de la piaule où ils dormaient avant tous les deux. Il a été victime d'un incendie volontaire qui a failli le tuer. Le père de Vanda l'a sauvé.

Vanda tousse, chante. Dans la pièce voisine, Zita l'écoute. Vanda essaie vainement de vendre ses choux sur la route. Elle prend un martini chez Fatima.

Le rouquin dit qu'il est au courant pour Nela, la sœur de Vanda. Celle-ci acquiesce, c'est triste. Le téléphone portable de Vanda sonne maintenant souvent, c'est pour avoir de l'argent que Nela appelle. Vanda se drogue, sa mère écoute la télé.

Paulo va voir Pedro et lui qu'il va mourir. "Les mauvais ne meurent jamais ce sont les innocents qui meurent", lui répond celui-ci. Les pelleteuses détruisent Fontainhas. Lena la mère, Vanda, Zita, les sœurs, Diogo l'enfant et le beau-frère vont voir Nela en prison.

Paulo-Béquilles est avec le rouquin du côté de Venda Nova.

Pango raconte à Nando sa tristesse de voir sa mère qui le voudrait sorti de la drogue, bien habillé et se nourrissant correctement. Pango, découvre la cuillère en argent de Paulo-Béquilles pour manger des yaourts. Il se l'approprie.

Chez Vanda, on parle de Carla. Elle s'est fait ramasser à cinq heures du matin, emmenée au poste jusqu'à neuf heures et mise en prison à onze. Vanda s'indigne qu'on l'ai arrêtée pour des cubes Knorr. Elle pendra trois ans avec son passé de huit ans de vols. Zenhinas est tombé aussi.

Vanda rumine sa haine pour son père qui a abandonné sa mère après 24 ans de vie commune. Elle s'est privée pour les élever. Il la battait même enceinte de huit mois de Zita. Tout en fumant la coke, elle prépare un panneau de refus de crédit pour le magasin.

Le rouquin et Pango passent la nuit ensemble loin de Béquilles qu'ils n'ont pas mis au courant.

Vanda et Zita discutent de leur sœur Nela en prison qui téléphone, demande de l'argent pour la drogue. Zita se souvient douloureusement de sa cure de désintoxication à l'hôpital. Elle avait besoin d'aluminium et de dope. Miranda surveillait Vanda pour pas qu'elle lui en amène et après elle recherchait désespérément de l'aluminium, ou de l'acier pour "faire monter la goutte".

Pango décore son squat, s'intéresse encore un peu au foot, demande une taffe. Naudo se shoote. Il a besoin de Serenal. L'autre est un hématome ambulant. Il en a partout : à la jambe, au cou, aux bras aux cotes. Il fait souvent gicler lui-même le pue

Vanda raconte sa visite au pavillon trois de la prison où elle est allée voir sa sœur. Il n'y a pas de barreau aux fenêtres mais du grillage et du verre. L'aluminium sur lequel glisse la goutte qui, chauffée par un briquet, va monter dans le tube en aluminium qui l'aspire

Le rouquin et Pango vont devoir changer de squat. Celui-ci va être rasé. Le rouquin nettoie obsessionnellement la table. Pango l'interroge sur ce qu'il serait bon d'emmener : glace, table, matelas...

Vanda sur fond de musique religieuse off racle avec Zita le fond de drogue pour mettre dans une pipe. Elles parlent de la visite à la prison où est enfermée leur sœur.

Pango a garé des voitures a été voleur, maçon, serveur. Que va-t-il faire de sa vie ? Vanda chasse les mites ou les puces des vêtements de la malle.

Dans une lumière à la La tour, le rouquin essaie de faire un shoot à Béquilles. Les pompes (seringues) sont foutues.

Pedro, qui a arrêté la coke, discute avec Vanda. Elle lui donne des comprimés pour le manque d'air, dernière étape avant la vantoline.

Paulo-béquilles raconte au rouquin son aventure, avenue de l'Uruguay chez la vieille Rosa qui a l'habitude de l'aider. Elle habite au septième étage et, malchance, ce jour là l'ascenseur était en panne. Difficilement arrivé chez elle, au lieu de l'argent espéré, elle lui refile deux yaourts. Paulo-béquilles avec le rouquin qui ne retrouve pas la cuillère en argent. Le rouquin a gagné six sacs en vendant un merle doré.

Pedro apprend à Vanda que Geny est morte, épuisée par la drogue. Elle faisait la manche avec Fragata. Elle a refusé une ambulance. Elle est morte pendant le trajet dans la seconde. Paulo, son mec, ne faisait plus rien. C'est Geny qui faisait la manche pour sa drogue. Maintenant il se débrouille grâce à une combine avec du coton. Les mecs entrent et sortent sans cesse du squat. Julio a rechuté grave.

La situation s'aggrave. Lena refuse une cartouche de cigarettes à sa fille Nela. Vanda a un hématome sur la joue. Les pelleteuses sont partout. Chez Pango, on ferme les fenêtres, on allume les bougies en plein jour. Vanda crache sa toux grasse.

C'est l'éclipse de soleil. Vanda la regarde avec les lunettes. C'est mieux à la télé dit-elle. Pango doit quitter le navire, son squat, non sans avoir tué une puce qui le harcelait à la jambe.

Pendant que Lena et Zita écorchent un lapin, un homme vient faire la leçon au quartier. C'est un violoniste du cap vert, magique ou soûl.

Pango essaie de vendre cinq francs la cuillère en argent de Paulo à Mme Gracinda puis à Zinha pour quatre francs.

C'est la fête au magasin. Vanda et Zita évoquent le pitrolino, vendeur ambulant dans une charrette qui autrefois vendait le pétrole pour la lumière et maintenant du vin et de la Javel. Il n'y avait pas de drogue comme maintenant. Elles se rappellent leur chouette enfance dans quartier qu'elles sont tristes de devoir quitter.

Zita refuse du pain à Pango. Pedro va vendre ses fleurs là où les artificielles sont interdites. Pango est entré dans la chambre de Vanda pour lui demander de l'héberger. "C'est pas la vie qu'on a voulu vivre c'est la vie qu'on nous a obligé à vivre". Vanda et Pango rendent grâce à leurs mères qui leur ont toujours donné le peu qu'elles avaient. Les pères les ont abandonné. Une seule issue décrocher et se soutenir.

Les habitants du quartier sont, d'après Lena, relogés près de chez Carla , dans le quartier de Boavista. Pango s'est tiré. Zita joue avec un revolver en toc semblable à celui de Police Academy. Apres avoir fumé sa drogue, Vanda part pour une dernière tournée : les coups de massue sont de plus en plus proches. D'une veille maison ne restent que quelques pierres. Off, des bruits, des rires, des cris, des paroles, les dernières sans doute du quartier.

Sur un fond noir s'élève la musique de Kurtag.

Film totalement habité de la présence du réalisateur, par sa façon de sentir la présence de ceux qu'il filme tout en l'exprimant magnifiquement avec presque rien : une caméra DV, des plans fixes et un choix de couleurs où ressortent le vert et l'ocre de l'ombre d'une chambre, d'une rue, d'un quartier parfois striés de lumière.

Une légende en construction

Avec Dans la chambre de Vanda, Pedro Costa décrit une adolescence déchue, accrochée à une chambre, un quartier qui raconte sa propre légende et nous la transmet avant de disparaître. La présence de ce que la critique appelle souvent des corps de cinéma et que l'on peut définir comme l'attention à la personne, toute à la fois personnage et acteur rattache le film au genre du documentaire de fabulation.

En se fondant parmi les gens du quartier, Pedro Costa raconte ainsi la légende de Fontainhas, banlieue destinée à disparaître où les hommes et les femmes tirent, comme chez les Straub, leur grandeur de leur souffrance quotidienne (la faim, le froid, le manque). Il se rapproche aussi de Ozu ou de Rossellini en incarnant dans le quotidien la dimension métaphysique de ses personnages.

La mise en scène simple et rigoureuse dans ses cadrages, toujours en plan fixe se fait souvent lyrique dans le choix des couleurs ou la position des personnages. Le montage alterne les scènes avec Vanda, toujours disserte, avec celles des jeunes hommes drogués qui l'entourent et dont la souffrance est souvent traitée sur la mode christique (shoot filmé comme un Georges de la Tour, visage barbu et émacié de Paulo-béquilles).

Un monde qui se construit sous nos yeux

La typologie des lieux est assez vite identifiable. La chambre de Vanda, celle qui définit son territoire d'adolescente, elle la partage avec sa soeur Zita. Le salon à côté est envahit de cageots vide autours du canapé où l'on regarde la minuscule télévision accrochée au mur. C'est la télévision qui diffuse les musiques entendues : Il est mort le soleil, la musique de Bach ou la chanson italienne. Sont également entraperçus la cuisine et le pas de porte où sont entreposés les fruits et légumes. On verra plus souvent l'arrière-cour pleine de cageots vides où est installé le barbecue alimenté du vieux bois et qui fume abondamment lorsque la viande cuit.

Du quartier, on verra la rue où Vanda commence sa tournée de légumes puis une sorte de non man's land fait d'herbes hautes qui conduit probablement au cimetière où, contrairement à ce que croit Vanda, ce sont les fleurs artificielles et non naturelles qui sont interdites

A l'arrière plan, se profilent les nouveaux immeubles qui remplaceront le quartier détruit. On retrouve là la saisie dans l'architecture des mutations sociales telles qu'on a pu les voir dans La notte , Main basse sur la ville , La vie comme ça et qui seront à l'arrière plan En construction , I don't want to sleep alone ou Gomorra

Du quartier ne restera à la fin que ces quelques pierres de maison détruite avant que ne s'élève, sur fond noir, la musique de Kurtag qui nous incite peut-être à être dorénavant porteurs de la légende de Fontainhas détruit.

Les personnages sont souvent plus difficiles à identifier. D'abord parce qu'il n'y a pas d'action décisive. La chambre de Vanda est le lieu privilégié où se racontent les histoires du quartier. Il n'y aura en effet aucun drame de montrer. Tous seront racontés : le départ du père qui les a abandonné, l'arrestation de Nela dont le rouquin nous a informé en premier, la mort de Geny qui fait l'objet de la discussion entre Pedro et Vanda.

Sont délivrés progressivement les indices qui permettent de recomposer la famille de Vanda. Lena sa mère a été abandonnée par son mari après la naissance de Zita alors qu'elle avait déjà Nela et Vanda. Elle s'est remariée avec Miranda avec lequel elle a eut Diogo. Lorsque Paulo-Béquilles dira avoir été sauvé par le père de Vanda c'est probablement Miranda dont il parle.

Pango est un personnage presque aussi important que Vanda et Zita. Il est connu sous plusieurs noms : Nhurro, Yuran ou Chumbito. Ami d'enfance de Vanda, il habite tout près car ce sont souvent les mêmes bruits que l'on entend chez Vanda comme dans son squat. Tous les jeunes hommes du quartier gravitent autour de lui car son squat est assez tranquille pour se shooter tranquillement. Y viendront ainsi notamment Nando qui met toujours une certaine mauvaise grâce à l'aider, puis Paulo-béquilles qui y laissera sa cuillère en argent puis le Rouquin, le garçon aux merles, avec lequel il entretient peut-être une relation homosexuelle

Pour Mallarmé, l'art rétribue les imperfections du monde. Avec Dans la chambre de Vanda, Pedro Costa substitue une légende qui se construit à un monde qui s'écroule. Cette inscription mérite bien 2h50 de film comme A l'ouest des rails avait tout autant besoin de ses neuf heures pour décrire la mutation d'une ville chinoise.

 

Jean-Luc Lacuve le 10/10/2008

 

Test du DVD

Editeur : Capricci, septembre 2008. "Que fabriquent les cinéastes". Version originale portugaise avec sous-titres français ou espagnols.

Supplément : Un livre de 176 pages avec 220 photos noir et blanc et couleurs. Entretien, inspiré, de Pedro Costa avec Cyril Neyrat. Rapprochement de photogrammes des films de Costa avec ceux de ses maîtres par Andy Rector, artiste californien.

 

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Genre : Documentaire de fabulation
(No Quarto da Vanda). Avec : Vanda Maria Pires Duarte (Vanda), Zita Duarte (la soeur), Lena Duarte (la mère), Miranda Duarte (le beau-père), António Moreno (Pango dit aussi Nhurro, Yuran, Chumbito), Pedro Lanban (Pedro, le vendeur de fleurs). 2h50.
 
Voir : Photogrammes
dvd
Thème : Les exclus