Le gothique international est une phase tardive de l'art gothique qui se développe dans le nord de l'Italie au début du du XIVe siècle avant de se propager largement à travers l'ensemble de l'Europe occidentale et centrale, justifiant ainsi le nom donné à cette période par l'historien d'art français Louis Courajod à la fin du XIXe siècle.

Maesta
Duccio, 1311
Porte sud du baptistère
Andréa Pisano, 1330
L'annonciation,
Simone Martini, 1333
Jean II, le bon,
anonyme, 1350
Gisant de Charles V,
André Beauneveu, 1364
Le diptyque Wilton,
anonyme, 1399
Les très riches heures,
Les frères Limbourg, 1416
Saint Catherine,
Taddeodi Bartolo, 1420
L'adoration des mages,
Gentile da Fabriano, 1423
Princesse d'Este,
Pisanello, 1438
Portrait de Charles VII,
Jean Fouquet, 1445
La dame à la licorne,
anonyme, 1490

Deux artistes opèrent la transition entre le Gothique et le Gothique international. D'une part Giovanni Pisano dont l'une des dernières œuvres, La chaire de la Cathédrale de Pise, appartient pleinement au style Gotique international par son lyrisme et son rafinement. D'autre part, Duccio qui, bien qu'élève de Cimabue, se libère de son influence. Il interprète le langage florentin qui se fonde sur une construction rationnelle de l'espace et des volumes, selon une élégance formelle abstraite, unissant la préciosité antiquisante des couleurs à la conception harmonieuse des lignes et des rythmes. Sa peinture renouvèle ainsi l'ancien style italo-byzantin, en déliant ses formes et ses règles dans une nouvelle linéarité et une composition de type gothique plus lyrique. Duccio est ainsi l'initiateur de ce grand courant du Gothique international qui va rayonner sur l'Europe en parallèle avec celui de la Renaissance initié par Giotto

Les peintres siennois qui suivront Duccio, n'écartent pas les anciennes formes de l'art byzantin, mais tentent avec succès, de leur insuffler une vie nouvelle. L'annonciation (1333), oeuvre de deux maîtres de son école, Simone Martini et Lippo Memmi, montre à quel point l'art siennois était impregné de l'atmosphère générale et des idéaux du XIVe siècle.

Historiquement, ce style peut être considéré comme la dernière manifestation d'un art du Moyen Âge, cosmopolite, par opposition aux évolutions ultérieures qui distingueront, à partir du XVe siècle, d'un côté l'école italienne, qui, poursuivant un mouvement amorcé par Giotto et ses suiveurs, donnera lieu à la Première Renaissance, de l'autre l'école flamande, qui sera marquée de manière décisive et définitive par les innovations picturales de Jan van Eyck.

La propagation d'un style international à la fin du XIVe siècle trouve ses racines dans la conjugaison de plusieurs facteurs. Tout d'abord, la désagrégation progressive du mécénat religieux du Moyen Âge, qui tendait à maintenir des écoles locales, a favorisé une certaine homogénéisation des pratiques à travers l'Europe, avant l'affirmation de systèmes corporatifs stricts au début du XVe siècle, qui eut pour effet de réaffirmer les spécificités nationales. La mobilité des œuvres et des artistes de renom, dont le prestige dépasse les frontières des royaumes, caractérise également une époque où les cours européennes les plus puissantes cherchent à collectionner les chefs-d'œuvre dans le but d'affirmer leur pouvoir, ce qui permet de diffuser en retour les innovations artistiques du temps. La multiplication des œuvres transportables, telles que les manuscrits enluminés, retables portatifs, pièces d'orfèvrerie, tentures, etc., voyageant au gré des déplacements des différentes cours, a donc pu entretenir les échanges entre les cours de Paris, Milan, Sienne, Avignon, Prague, Dijon, ou encore Londres, Cologne et Valence, de même que les filiations et mariages royaux — par exemple ceux de Richard II d'Angleterre, avec Anne de Bohême, puis Isabelle de Valois — ont pu propager des goûts aristocratiques similaires, et favoriser ainsi l'émulation.

Ce style, nommé "weicher Stil", ou "style doux" en allemand, et influencé par l'esprit courtois dont témoigne également la littérature, est marqué par une recherche nouvelle de l'élégance précieuse, et se traduit par l'emploi de tons plus vifs, jouant volontiers sur des appariements de couleurs primaires, par un affinement des représentations humaines corrigeant les formes plus statiques et hiératiques du gothique, par une plus grande attention aux détails — par exemple des étoffes et des drapés — et à l'observation de la nature — notamment des végétaux et des animaux.

D'un autre côté, le gothique international se fait aussi l'écho des inquiétudes de l'époque, et connaît une inspiration plus sombre, s'attachant à des représentations plus crues et saisissantes de la mort. L'art s'engage alors vers une relative sécularisation de ses fonctions, les œuvres ainsi produites pour une élite de cour pouvant annoncer les commandes bourgeoises qui se développeront au xve siècle.

La révélation de L'Adoration des Mages de Gentile da Fabriano à Florence en 1423, point culminant de la peinture du gothique international fut suivie, deux ans après, par la fresque de La trinité de Masaccio à Santa Maria Novella, et considérée comme la percée majeure d'un style nouveau, La Première Renaissance qui allait se déployer au cours du XVe siècle. Pour Daniel Arasse (1), les raisons du triomphe de la perspective, au-delà de sa découverte technique comme système de représentation monofocale, sont techniques mais aussi politiques. Côme de Médicis, dit Côme l'Ancien, rentre à Florence en 1434 et va choisir une peinture non pas du gothique international, luxueuse et princière mais, pour des raisons parfaitement idéologiques, une peinture "toscane", c'est à dire économique, sobre et rigoureuse et la perspective s'applique à ça. Au début du Quattrocento, la renaissance proprement dite se développe surtout à Florence alors qu'à Milan, centre économique et politique le plus important d'Italie, perdure un magnifique gothique international hérité du Moyen-âge jusqu' au XVe siècle. Ces principaux representants sont Gentile da Fabriano, Carlo Crivelli, Pisanello , Sano di Pietro.

 

  1. Daniel Arasse, Histoires de peintures, chap. 4 : L'invention de la perspective. Denoël, 2004.
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