Autoportrait présumé
(1390-1441)
Renaissance flamande

Dans la partie des Pays-Bas qui correspond à la Belgique actuelle, Jan van Eyck est aussi à la recherche d'une représentation de la réalité. Mais avec une technique bien différente des artistes florentins de la même époque. Ceux-ci ont élaboré toute une méthode pour rendre la nature avec une précision quasi scientifique. Après avoir établi une armature de lignes perspectives, ils y édifiaient le corps humain, soutenus en cette entreprise par leur connaissance de l'anatomie et des lois du raccourci. Van Eyck suit une méthode opposée. Il obtient l'illusion de la réalité en ajoutant patiemment détail sur détail jusqu'à ce que la somme de son tableau soit devenue comme le miroir du monde visible. Ce contraste entre l'art italien et l'art septentrional va se poursuivre tout au long de la renaissance.

Stigmates de st. François Philadelphie 1428
L'homme au chaperon bleu Bucarest 1430
L'agneau mystique Gand 1432
L'homme au turban rouge Londres, national Gallery 1433
Les époux Arnolfini Londres, national Gallery 1434
Vierge au chancelier Rolin Louvre 1435
Vierge au chanoine van der Paele Bruges 1436
Diptyque de l'Annonciation Madrid 1436
Madonne de Lucca Francfort 1436
La vierge à la fountaine Anvers 1439
Portrait de Margareta van Eyck Bruges 1439
Portrait du Christ Bruges 1440
     

Naissance entre 1390 et 1400, probalement à Maaseick dans le diocèse de Liège.

Van Eyck qui fut considéré comme l'un des plus grands artistes de son temps, et qui s'est engagé au service de Jean de Bavière, passe à celui de Philippe le Bon en 1425 comme valet de chambre, devient peintre de cour, ce qui lui permet de voyager au travers toute l'Europe et de rencontrer ainsi les principaux maîtres des pays du Sud.

Dans les années 1422-1425, il est employé à La Haye, à la cour de Jean III de Bavière, comte de Hollande et de Zélande, prince-évêque élu de Liège depuis 1389, en qualité de peintre de la cour et valet de chambre. En 1424, il est désigné sous le nom de « Mayster Jan den Maelre », peintre de cour alors qu'il réalise la décoration avec son atelier, du palais du Binnenhof, alors résidence des comtes de Hollande. Il ne reste aucune œuvre de Jan van Eyck de cette période hollandaise sinon des copies d'œuvres perdues. C'est le cas de L'Homme à l'œillet de la Gemäldegalerie (Berlin).

Le 6 janvier 1425, le prince-évêque meurt et Jan van Eyck quitte aussitôt La Haye pour rejoindre Bruges. Le 19 mai 1425, une lettre patente le fait peintre de cour et valet de chambre au service de Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Sa mission n'est pas attachée à une résidence du duc ni pour des travaux traditionnels de décorations pour des fêtes, il est chargé de missions exceptionnelles et secrètes comme l'indiquent les archives bourguignonnes à son sujet. Une rente annuelle fixe lui est régulièrement attribuée jusqu'à sa mort. Il doit pour cela rester proche du duc et déménage à Lille, résidence ducale habituelle, où il est mentionné avant le 2 août 1425.

Parmi ces missions, il est payé le 26 août 1426 pour un pèlerinage et un voyage lointain et secret, puis le 27 octobre pour « certains loingtains voyages secrez ». Il pourrait s'agir d'un voyage de repérage et pèlerinage en Terre sainte pour le duc. Certains tableaux issus de son atelier, tel que Les Trois Marie au tombeau de Rotterdam, comportent en effet des vues topographiques précises de la Jérusalem de l'époque. Il obtient à chaque déplacement des sommes beaucoup plus importantes que sa rente annuelle. En juillet et août 1427, il perçoit de nouveau des sommes pour des missions diplomatiques à l'étranger. L'une d'entre elle pourrait être un voyage à la cour d'Alphonse V d'Aragon, à Valence pour lui demander la main de sa nièce Isabelle d'Urgel pour Philippe le Bon. Le roi d'Aragon lui achète par la suite plusieurs œuvres et lui envoie son peintre attitré, Lluís Dalmau, pour qu'il soit formé auprès de lui entre 1431 et 1436. Entre le 19 octobre 1428 et le 25 décembre 1429, il est de nouveau envoyé en ambassade, la seule attestée par les textes, mais cette fois-ci au Portugal, afin de négocier le mariage entre le duc de Bourgogne et Isabelle de Portugal auprès du père de celle-ci, Jean Ier de Portugal. À cette occasion, en janvier 1429, il réalise deux portraits de la future duchesse, au château d'Aviz, expédiés au duc le 12 février. Le peintre fait sans doute aussi un passage par l'Espagne, peut-être à Saint-Jacques-de-Compostelle, à Valladolid à la cour de Jean II de Castille et à Grenade, auprès de Mohammed VIII al-Mutamassik.

Pendant cette période, Jan van Eyck effectue aussi des déplacements personnels. Il est invité le 18 octobre 1427 lors de la Saint Luc à Tournai. La corporation locale des peintres y organise un banquet en son honneur. Il y rencontre sans doute à cette occasion Robert Campin et Roger de la Pasture, futur Rogier van der Weyden, ou encore Jacques Daret, tous membres de cette corporation. Il retourne d'ailleurs à Tournai le 23 mars 1428

En 1430, un document ducal fait penser que Van Eyck réside de nouveau à Bruges. Van Eyck conserve par ailleurs des commandes privées en parallèle de son travail pour le duc. En 1432, il achève à Gand le retable de l'Agneau Mystique entamé par son frère Hubert pour le bourgeois Joost Vijdt. Cette année-là, il paie des intérêts d'hypothèque à l'église Saint-Donatien de Bruges pour une maison qu'il a acheté : il y a sans doute installé à demeure son atelier. Il y reçoit entre le 17 juillet et le 16 août, la visite du bourgmestre et des échevins de la ville.

Il réalise pour la ville plusieurs commandes, notamment en 1435 la polychromie de plusieurs statues représentant des comtes et comtesses de Flandre pour la façade de l'hôtel de ville. C'est aussi à cette époque qu'il réalise ses commandes privées les plus célèbres : Le portrait de Tymothéos en 1432, sa plus ancienne œuvre signée : L'homme au turban rouge en 1433, Les époux Arnolfini en 1434 et La Vierge au chanoine Van der Paele entre 1434 et 1436.

Vers 1433, le maître se marie à une "damoiselle Marguerite", qui est peut-être d'origine noble et dont il réalise le portrait en 1439, alors qu'elle est âgée de 33 ans. Leur premier enfant nait en 1434, le duc en est le parrain et lui donne en cadeau 6 tasses en argent. Jan van Eyck continue de travailler pour le duc : il voit sa rente annuelle transformée en rente à vie en 1435 et est augmentée, passant de 100 à 360 livres par an. La cour des comptes de Lille refuse de céder à cette augmentation, et devant la menace de Van Eyck de renoncer à sa charge, le duc prend la défense de son peintre par un courrier venu de Dijon en date du 2 mars : « nous le voulons entretenir pour certains grans ouvraiges, en quoy l'entendons occuper cy après et que nous trouverions point le pareil à nostre gré ni si excellent en son art et science ».

Il effectue en effet toujours des travaux pour le duc : il participe à la décoration de ses résidences de Hesdin en 1432, Bruxelles en 1433 et Lille en 14345. Il continue toujours à effectuer des missions pour lui jusqu'à la fin de sa vie : il est envoyé à Arras en 1435, à l'occasion de la négociation de la paix entre la Bourgogne, l'Angleterre et la France. En 1436, il effectue une dernière fois, « certains voyaiges loingtains es estranges marches », sans doute en terre non chrétienne, alors que Philippe le Bon envisage de mener une croisade. En hiver 1440, les comptes bourguignons signalent que le peintre remet au duc « certaines tables ainsi que d'autres objets secrets » qu'il a achetés pour lui. Jan van Eyck meurt le 9 juillet 1441.