L’art gothique ou art français (en latin francigenum opus) est une période artistique s'étendant sur environ quatre cents ans, qui s'est développé à partir de la seconde partie du Moyen Âge en France puis en Europe occidentale. Apparu en région d'Île-de-France vers le XIIe siècle, l'art gothique français se développe en Europe, évoluant au XIVe siècle vers le gothique international au caractère plus profane. L'art gothique est d'abord illustré par l'architecture, mais aussi par la sculpture, la peinture sur bois, le vitrail, et l'enluminure.

I-Architecture

L'architecture gothique ou art français (en latin francigenum opus) est un style architectural d'origine française qui s'est développé à partir de la seconde partie du Moyen Âge en Europe occidentale. Elle apparaît en Île-de-France et en Haute-Picardie au XIIe siècle sous la dénomination Opus Francigenum, signifiant « œuvre française ». Elle se diffuse rapidement au nord de la Loire, puis au sud de la Loire et en Europe jusqu'au milieu du XVIe siècle.

Le terme "gotico" est, semble-t-il, utilisé pour la première fois par le peintre Raphaël vers 1518 dans un rapport au pape Léon X sur la conservation des monuments antiques : Raphaël considère que les arcs en ogive de l'architecture gothique rappellent la courbure des arbres formant les cabanes primitives des habitants des forêts germaniques et fait référence, de manière neutre, à l'art gothique du ve siècle, désignant par contre l'«art français» médiéval sous le terme art tudesque. "Gotico" est ensuite repris dans un sens péjoratif par le critique d'art Giorgio Vasari en 1530, faisant, lui, référence au sac de Rome par les "barbares" Goths. L'art gothique était donc l'œuvre de barbares pour les Italiens de la Renaissance, car il aurait résulté de l'oubli des techniques et des canons esthétiques gréco-romains.

 

Emergence: 1140-1190

La cathédrale Saint-Étienne de Sens est considérée comme la première des cathédrales gothiques. C’est vrai pour ce qui concerne la date de début des travaux, 1135, soit cinq ans avant celle de La basilique Saint-Denis qui lui dispute ce titre. Mais elle n'est consacrée qu'en 1163 contre 1144 pour Saint Denis. Celle-ci un établissement prestigieux et riche, grâce à l'action de Suger, abbé de 1122 à 1151. Ce dernier souhaite rénover la vieille église carolingienne afin de mettre en valeur les reliques de saint Denis dans un nouveau chœur : pour cela, il souhaite une élévation importante et des baies qui laissent pénétrer la lumière. Suger décide d'achever la construction de sa nouvelle abbatiale en s'inspirant du nouveau style entraperçu dans la cathédrale Saint-Étienne de Sens.

En 1140, il fait édifier une nouvelle façade occidentale du type « harmonique », en s'inspirant des modèles normands de l'âge roman, comme l'abbatiale Saint-Étienne de Caen qui offre un bel exemple de façade harmonique normande, rompant avec la tradition carolingienne du massif occidental. En 1144, la consécration du chœur de la basilique marque l'avènement d'une nouvelle architecture. Reprenant le principe du déambulatoire à chapelles rayonnantes en le doublant, il innove en prenant le parti de juxtaposer les chapelles, autrefois isolées, en les séparant par un simple contrefort. Chacune des chapelles comporte de vastes baies jumelles munies de vitraux filtrant la lumière. Le voûtement adopte la technique de la croisée d'ogives qui permet de mieux répartir les forces vers les piliers.

A Saint Denis la hauteur des voutes reste encore modeste. L'audace réside sur la construction en croisées d'ogives qui permet de faire peser le poid de la voute sur les seuls piliers et non de manière uniforme sur les murs. Il est alors possible de percer ceux-ci pour laisser entrer la lumièrees. Cet exemple initiateur ne sera pas immédiatement compris et suivi (façade harmonique, double déambulatoire, voûtes d'ogives). La cathédrale Saint-Étienne de Sens est un exemple moins audacieux que Saint-Denis : alternance des supports (piles fortes et piles faibles), voûtes sexpartites, murs qui restent relativement épais - l'utilisation des arcs-boutants ne se généralisera qu'à la période classique (même si leur première apparition attestée date de la décennie 1150 à Saint-Germain-des-Prés et même Cluny en 1130). Les apports de Sens sont compris plus vite que ceux de Saint-Denis et de nombreux édifices vont suivre son exemple, au nord de la Loire dans un premier temps. La cathédrale de Laon présente encore une forme « archaïque » en conservant une élévation à quatre niveaux, dont des tribunes. Le contrebutement de la nef, malgré des voûtes sexpartites et une alternance piles fortes / piles faibles, n'est pas encore pleinement résolu.


Gothique maitrisé (classique) : 1190-1240

Le gothique classique correspond à la phase de maturation et d'équilibre des formes (fin XIIe-1230 environ). On construit alors toutes les plus grandes cathédrales : Reims, Bourges, Amiens. Des centaines d'églises sont construites ou modifiées dans les villes et villages ou pour les monastères en tenant compte des nouveaux principes dès la fin du XIIe siècle. Dans les cathédrales, le rythme et la décoration se simplifient. L'élan vertical est de plus en plus prononcé.

L'architecture s'uniformise : on abandonne l'idée de principe de piles alternées très marqué à Sens. C'est dans le domaine royal de la dynastie capétienne que le style trouve son expression la plus classique. Pour cette période, on commence à connaître le nom des architectes, notamment grâce aux labyrinthes (Reims). Le travail se rationalise. La pierre se standardise. Le monument prototype est Chartres, projet ambitieux avec une élévation à trois niveaux qui a pu être possible grâce au perfectionnement dans le contrebutement. La mise au point des arcs-boutants permet de supprimer les tribunes qui jusqu'alors jouaient ce rôle. Les autres pays d'Europe commencent à s'intéresser à cette nouvelle forme architecturale (Cantorbéry, Salisbury, etc.)..

Gothique rayonnant (manièriste) 1230-1350

Ce style nait, encore une fois, à Saint-Denis avec la réfection des parties hautes du chœur de l'abbatiale en 1231. Il s'impose réellement à partir des années 1240 ; les édifices alors en chantier prennent immédiatement en compte cette nouvelle mode et changent partiellement leur plan. Le gothique rayonnant va se développer peu à peu jusqu'en 1350 environ, et se répandre dans toute l'Europe avec une certaine homogénéité. Des architectes français seront employés jusqu'à Chypre ou en Hongrie. Les églises deviennent de plus en plus hautes. Sur le plan technique, c'est l'utilisation d'une armature de fer (technique de la "pierre armée") qui permet des bâtiments aussi vastes et des fenêtres aussi grandes. Les fenêtres s'agrandissent jusqu'à faire disparaître le mur : les piliers forment un squelette de pierre, le reste étant de verre, laissant pénétrer une lumière abondante. La surface éclairée est encore augmentée par la présence d'un triforium ajouré comme à Châlons. À Metz, la surface vitrée atteint 6 496 m2. Les fenêtres sont en outre caractérisées par des remplages d'une grande finesse qui ne font pas obstacle à la lumière. La rose, déjà très utilisée auparavant, devient un élément incontournable du décor (Notre-Dame de Paris, transept ; façade de la cathédrale de Strasbourg). On notera aussi une certaine unité spatiale : les piliers sont tous identiques ; la multiplication des chapelles latérales permet aussi d'agrandir l'espace de la cathédrale. Le pilier est le plus souvent fasciculé, c'est-à-dire entouré de multiples colonnettes rassemblées en faisceau. Contrastant avec la tendance du pilier fasciculé, tout un groupe de cathédrales et grandes églises adoptent cependant des piles cylindriques à l'imitation de cathédrale Saint-Étienne de Châlons.

Gothique flamboyant: 1350-1500

Appelé parfois abusivement gothique tardif, il naît dans les années 1350 et notamment à Paris à la chapelle Notre-Dame-de-Bonnes-Nouvelles (aujourd'hui disparue) et se développe jusqu'au XVIe siècle dans certaines régions, telle la Lorraine ou la Normandie : basilique de Saint-Nicolas-de-Port ou l'abbatiale Saint-Ouen. En Champagne il arrive après 1450 environ avec des maçons tels que Florent Bleuet, actif à Troyes et à la basilique Notre-Dame de l'Épine. Le qualificatif flamboyant aurait été employé la première fois par Eustache-Hyacinthe Langlois, « antiquaire » normand, pour décrire les motifs en forme de flammes (soufflets et mouchettes) que l'on peut voir dans les remplages des baies, des rosaces ou sur les gâbles par exemple.

Par rapport à la période précédente, la structure des édifices reste la même ; mais leur décor évolue vers un ornement exubérant, caractérisé par une grande virtuosité dans la stéréotomie (taille de la pierre). La technique de la « pierre armée » de la période rayonnante fait place à la « pierre taillée » : cela explique par exemple que les rosaces soient de dimensions plus modestes, même si elles se font plus aériennes reposant sur des structures plus légères comme dans la Sainte-Chapelle de Vincennes. Les façades présentent également la caractéristique d'être ouvragées sur plusieurs plans. À l'intérieur des bâtiments, la voûte d'ogive se fait plus complexe devenant, dans certains édifices, décorative ; c'est le cas à la cathédrale Saint-Guy de Prague. La clef pendante ou cul-de-lampe, véritable prouesse technique, se fait plus fréquente (Saint-Ouen de Rouen, portail des Marmousets). Cette période voit des styles distincts apparaître dans différentes régions d'Europe. En France, l'élévation se simplifie quelque peu avec souvent une élévation à deux niveaux (Saint-Germain l'Auxerrois), ou bien avec une élévation à trois niveaux, mais avec un triforium aveugle. Les piliers se prolongent sans interruption du sol jusqu'à la clef de voûte ; les multiples colonnettes qui les flanquaient sont remplacées par des nervures. Les arcs brisés des portails sont surhaussés par des accolades. Les chapiteaux sont parfois réduits à des bagues décoratives, ou disparaissent, lorsque les moulures pénètrent sans interruption de l'ogive dans la colonne qui la supporte. La base de style gothique flamboyant prend des formes diverses : buticulaire, torsadée, flacon prismatique

Le gothique flamboyant qualifie l'architecture gothique où les motifs curvilinéaires, les arabesques développées en courbes et contre-courbes dominent, où les remplages recouvrent les surfaces de leurs motifs évoquant "des flammes, des cœurs ou des larmes" comme disait Michelet. Mais que ce style n'est qu'une des formes que prend l'architecture gothique à partir du milieu du XVIe siècle. L'Angleterre connaissant alors quant à elle le gothique perpendiculaire, qui apparaît notamment au cloître de Gloucester, œuvre probable de Thomas de Cambridge. Certaines régions germaniques voient se développer un gothique particulièrement sobre, aux surfaces blanches subtilement fragmentées en formes géométriques polygonales, citons l'Albrechtsburg de Meissen par Arnold de Westphalie, ainsi que de nombreux édifices de Slavonice en actuelle République tchèque.

Le déclin de l'art gothique est dû aux humanistes de la Renaissance qui souhaitent un retour aux formes classiques héritées de l'Antiquité, considérée comme un modèle de perfection. Les Cisterciens français qui édifièrent l'abbaye de San Galdano en 1218 introduisiernt en Toscane ce style caractérisé par des arcs brisés, ou ogives. Sienne l'adopta pour son dome, des batiments civils tel le Palazzo Publico et plusieurs palais privés. Nicola Pisano (1220-1278) et son fils Giovanni Pisano (1240-1302) sont considérés comme les fondateurs de la sculpture italienne qui allait aboutir à la Renaissance.

Le dédain pour cet art fut tel qu'on projeta même de détruire la cathédrale Notre-Dame de Paris pour la remplacer par un nouvel édifice. Ce projet ne put cependant se concrétiser lorsqu’éclata la Révolution. Les formes gothiques disparaissent progressivement, se mêlent aux formes Renaissance comme dans l'église Saint-Eustache à Paris où un décor renaissant habille une structure gothique. Il faudra attendre que le romantisme réhabilite le gothique sous la forme du néogothique.

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