La basilique de Saint Denis Art Gothique 1144
 
 

Basilique Saint Denis
Suger, 1144 puis Eudes Clément 1281, destruction tour Nord, 1846
Saint Denis.

 

La basilique s'élève sur l'emplacement d'un cimetière gallo-romain qui habrite la sépulture de saint Denis, le premier évêque de Paris, martyrisé vers 250. Au IVe siècle, un mausolée fut élevé à l'emplacement du maître-autel actuel et fit déjà l'objet d'un culte. Puis, vers 475, sainte Geneviève acheta les terres alentour et fit construire une église.

L'église fut agrandie une seconde fois sous Dagobert Ier qui y fit placer vers l'an 630, les corps de saint Denis et ses deux compagnons, le prêtre Rustique et le diacre Éleuthère. Dagobert Ier fut le premier roi des Francs à être inhumé en l'église de Saint-Denis. Sous les Mérovingiens et les Carolingiens, cette nécropole royale partagea ce privilège avec d'autres églises. Vers 650, furent créés le monastère et une série de sanctuaires secondaires dédiés à saint Barthélemy, saint Paul et saint Pierre. Les liens privilégiés que l’abbaye de Saint Denis entretenait avec la royauté mérovingienne se renforcent sous les Carolingiens. En 741, les funérailles de Charles Martel inaugurèrent une deuxième série d’inhumations royales dans la basilique.

Vers 750, un nouveau sanctuaire fut entrepris par Pépin le Bref. L’abbé Fulrad, en tant que représentant de Pépin le Bref, avait effectué plusieurs voyages à Rome d’où il tira son inspiration pour reconstruire Saint-Denis. La consécration eut lieu en présence de Charlemagne le 24 février 775. Cette nouvelle église, de plan basilical à trois nefs comprenait un transept faiblement débordant et ouvrant à l’Est sur une abside semi-circulaire. La nef présentait deux files de colonnes, neuf travées et mesurait intérieurement 20,70 mètres de large. Certains fûts de colonnes torsadées ont été prélevés dans des monuments antiques d’Italie, notamment plusieurs fragments de marbre de Synnada (Turquie). Sous l’abside, une crypte annulaire, bâtie à la manière de celles de Rome, permettait aux pèlerins d’accéder à une confession dans laquelle devaient être exposées les reliques de saint Denis et de ses deux compagnons, saint Rustique, l’archiprêtre, et saint Eleuthère, l’archidiacre. Vers 800, furent aménagés un baptistère dédié à St-Jean Baptiste ou St-Jean-le-Rond, une chapelle dédiée à la Vierge en 832 qui fut le caveau royal au xixe siècle. En 867, l'implication dans la vie politique et le prestige des abbés fut tel que Charles II le Chauve s’appropria le titre d’abbé de Saint-Denis. En 869, devant la menace des invasions des Vikings il fortifia le monastère.

La reconstruction de la nécropole royale des Capétiens

Dans la première moitié du XIIe siècle, entre 1135 environ et 1144, Suger, abbé de 1122 à 1151, conseiller des rois Louis VI et de Louis VII, agrandit l'abbatiale en remaniant le narthex d'une façade dotée pour la première fois d'une rose et de trois portails de grandes dimensions. Il modifie aussi le chœur en lui ajoutant des chapelles rayonnantes. L'abbaye bénédictine de Saint-Denis devint un établissement prestigieux et riche afin de mettre en valeur les reliques de saint Denis dans un nouveau chœur : pour cela, il voulut une élévation importante et des baies qui laissent pénétrer la lumière. Suger décida donc de la reconstruction de l'église en s'inspirant du nouveau style entraperçu dans la cathédrale Saint-Étienne de Sens. En 1140, il fit édifier un nouveau massif occidental, en s'inspirant des modèles normands de l'âge roman comme l'abbatiale Saint-Étienne de Caen. L'abbaye fut consacrée le 11 juin 1144, inaugurant le francigenum opus, appelé plus tard l'art gothique. Reprenant le principe du déambulatoire à chapelle rayonnante en le doublant, Suger innova en prenant le parti de juxtaposer les chapelles autrefois isolées en les séparant par un simple contrefort. Chacune des chapelles comporte de vastes baies jumelles munies de vitraux filtrant la lumière. Le voûtement adopte la technique de la croisée d'ogives qui permet de mieux répartir les forces vers les piliers. C'est à partir du règne de Louis VI que rois de France se rendirent à l'abbaye pour lever l'Oriflamme de Saint-Denis avant de partir en guerre ou en croisade.

Au XIIIe siècle, le besoin d’espace pour la nécropole royale imposa la reprise des travaux de reconstruction là où Suger les avait arrêtés. L’église présentait jusqu’ici une nef carolingienne, vétuste, coincée entre l’avant-corps et le chevet de Suger. Elle n’avait donc été reconstruite au XIIe siècle qu’à ses deux extrémités. On entreprit donc la reconstruction de la nef et d’un vaste transept, ainsi que le rehaussement du chœur de Suger et la reconstruction des deux tours de la façade, dont la flèche Nord qui culminait à 86 mètres de hauteur (elle sera détruite en 1846).

De l’église du XIIe siècle, on ne conserva donc que la façade et la partie basse du chevet. Ces travaux de grande ampleur ont été menés de 1231 à 1281, soit en moins de cinquante ans. la reconstruction fut entreprise grâce à l’association de trois figures d’exception : le jeune roi Louis IX, sa mère Blanche de Castille, régente durant la minorité de Louis et durant sa première croisade, et l'abbé de Saint-Denis, Eudes Clément (1228-1245). On conserva le déambulatoire de Suger et les chapelles rayonnantes. On détruisit en revanche les parties hautes du chœur de Suger. L’abbé Eudes Clément voulut que le nouveau plan puisse s’ajuster à la hauteur de la façade de Suger, avec un chœur et un transept plus hauts. Du coup, les colonnes de Suger furent enlevées et remplacées par des supports plus lourds composés d’une série de tambours horizontaux avec des fûts en saillie orientés vers l’autel.

La croisée du transept, plus large que le chœur, entraîna un évasement de la première travée du chœur vers le transept à l’ouest, aussi bien du côté nord que du côté sud. L’idée du nouvel architecte était de raccorder les constructions conservées de l’église de Suger, abside et narthex, avec le plan plus large du nouvel édifice. La jonction du transept et de la nouvelle nef à l’ancien chevet aboutit d’ailleurs à une astuce de l’architecte : les arcs des arcades s’élèvent au fur et à mesure que l’on se dirige vers l’ouest. En outre, la base du triforium monte aussi dans chaque travée en direction des piliers de la croisée. Les dimensions changent donc graduellement depuis les volumes intimes du chœur de Suger, jusqu’au projet monumental et définitif du transept et de la nef. Ce changement fut accompli avec une grande subtilité pour que la transition ne puisse pas se voir. Après l’achèvement du grand transept dans les années 1260, le nouveau programme des monuments funéraires royaux visait à faire apparaître la continuité des trois races royales franques. En 1267, Louis IX inaugura le nouvel ensemble sépulcral. La disposition avait été conçue pour illustrer visuellement l’explication des liens entre les trois dynasties royales décrite par un érudit dominicain, proche de la famille royale, Vincent de Beauvais. Vincent affirmait le « retour du royaume des Francs à la race de l’empereur Charlemagne » en la personne de Louis VIII, père de Louis IX, dont le sang carolingien lui avait été transmis par sa mère Isabelle de Hainaut. Les monuments de Philippe Auguste et de Louis VIII situés au centre de l'édifice témoignaient donc de l'union en leur personne des lignages mérovingien et carolingien d'une part (dont les rois avaient leurs tombeaux au sud) et capétien d'autre part (dont les rois avaient leurs tombeaux au nord). Le transept aux tombeaux royaux faisait ainsi le lien entre le haut chœur où se trouvaient les reliques à l’est, et le chœur des moines à l’ouest où retentissaient quotidiennement les prières au saint patron de la monarchie.

Vue de la basilique Saint-Denis avant la destruction de la tour nord (1281-1846).

 

 

 

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