L'Adoration des Rois mages   Gentile da Fabriano   1430
 
 

L'Adoration des Rois mages
Gentile da Fabriano, 1423
Tempera sur bois, 300 x 282 cm
Galerie des Offices, Florence

   

Palla Strozzi commande ce célèbre retable, signé et daté 1423 sur le cadre, pour la chapelle de sa famille dans l'église de Santa Trinita de Florence. La richesse et la culture du donateur sont reflétées par l'utilisation prodigue d'or, par le pigment de lapis-lazuli utilisé pour le manteau de la Vierge et par la splendeur du cortège des Rois mages, avec nottamment des animaux aussi exotiques que des léopards et des singes. Très marqué par le style gothique international encore très présent au début du XVème siècle, le tableau est plus moderne dans les scènes de la prédelle : la Nativité, le Repos pendant la fuite en Egypte et la Présentation au Temple

La peinture de Gentile da Fabriano n'est pas composée selon une géométrie rigoureuse. Elle doit être lue comme le texte d'un conte commençant au sommet du coin gauche. Les trois Rois mages, sur le sommet d'une montagne, enveloppés dans une atmosphère de calme cosmique rencontrent au bord de la mer, l'étoile qu'ils doivent suivre. Leur voyage se poursuit parmi des collines et les champs cultivés et ils arrivent à Jérusalem sous l'encadrement de l'arc central. Dans la lunette droite, ils sont sur le départ. À mi-distance, la foule apparaît brusquement d'un ravin profond flanqué d'une roche abrupte. On peut alors discerner les visages et observer les détails les plus fins des vêtements, des armes et harnachements. Le parcours se termine dans le coin droit du tableau. Le page du Roi le plus jeune enlève les éperons de son maître ; le deuxième Roi à genou est sur le point de remettre son cadeau, tandis que le plus vieux, qui a déjà présenté le sien se met à genoux et embrasse le pied de Jésus. Les servantes élégantes de la Vierge prennent plaisir à cette présentation.

Magistralement, Gentile da Fabriano, part d'une atmosphère calme puis déplace et arrête une foule énorme des gens. Des conversations vives battent leur plein, les chevaux se cabrent, les merveilles de la nature attirent le regard. Puis, la scène d'adoration des Rois mages est calme de nouveau, exhalant la dévotion profonde et la méditation. La porte quelque peu délabrée de la caverne sépare les personnages principaux des épisodes relatant ce qui était arrivé plus tôt et donne calme à la composition qui aurait été surchargée sans elle.

Le réalisme abondant des détails rapproche da Fabriano de l'idéal de représentation de la réalité de la Renaissance. Il est non seulement capable de dépeindre des objets très exactement, mais aussi chaque changement minuscule d'expression de visage et la direction de regards, établissant ainsi des liaisons entre les gens. Il n'a pas oublié non plus le spectateur : le donateur du rétable, Palla Strozzi, debout derrière le Roi le plus jeune, nous regarde avec son fils derrière lui.

La décoration magnifique et les animaux exotiques se réfèrent à la culture courtoise. Il en est de même pour la représentation du page se mettant à genoux pour détacher l'éperon du roi présentant son cadeau. Ce geste du page était alors perçu comme un motif galant.

L'Adoration des mages est le dernier grand tableau du gothique international à Florence. Felice Brancacci, le gendre de Palla Strozzi, commandera pour un succès plus grand encore la décoration de la chapelle de sa famille à Masaccio.

 

 

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