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Très riches heures du Duc de Berry

1415

Les très riches heures du Duc de Berry
Les frères Limbourg,1412-16
Illumination sur vélin, 22,5 x 13,6 cm chacune
Musée Condé, Chantilly

En 1410, les frères Limbourg sont appelés à la cour du Duc Jean de Berry à Mehun-sur-Yevre, près de Bourges. Ils y peignent là un chef-d'œuvre unique, Les Très Riches Heures, qui aujourd'hui attire d'innombrables admirateurs au Musée Condé de Chantilly, au nord de Paris.

Les Très Riches Heures sont unanimement reconnues comme le chef-d'œuvre des enluminures de manuscrits et comme l'archétype du style Gothique International. Son caractère le plus marquant est d'illustrer les mois en douze pleines pages.

L'ouvrage contient 206 feuillets, d'un format de 21 cm de largeur sur 29 cm de hauteur, répartis en 31 cahiers reliés. Les feuillets sont fabriqués à partir d'une feuille de vélin très fin pliée en deux, formant deux feuillets de quatre pages. Chaque cahier était sans doute formé, à l'origine de la constitution du livre, de quatre de ces feuillets doubles, soit seize pages. Seuls 20 des 31 cahiers suivent encore cette forme, les 11 autres ayant été réduits ou augmentés. Le manuscrit compte 66 grandes miniatures couvrant la totalité d'un feuillet ou ne laissant que trois à quatre lignes de texte et 65 petites, s'insérant dans une des deux colonnes de texte

Chapitre
Cahiers
Feuillets
Nombre de miniatures
1
à
3
1
à
12
12 grandes miniatures (1 par mois) plus une miniature exceptionnelle (L'Homme anatomique)
Quatre péricopes des Évangiles
4
17
à
19
2 grandes (Saint Jean à Patmos, Le Martyre de saint Marc) et 2 petites (Saint Luc, Saint Mathieu)
Oraison à la Vierge
4
20
à
25
3 petites (La Vierge à l'Enfant, La Sibylle et L'Empereur Auguste) et 1 miniature exceptionnelle (Adam et Ève chassés du paradis)
Les Heures de la Vierge
6 à 10
26 à 63
10 grandes miniatures (L'Annonciation, Le Baptême de saint Augustin, La Visitation, La Nativité, L'Annonce aux bergers, Scènes de la fuite en Égypte, Le Couronnement de la Vierge), 3 miniatures exceptionnelles (La rencontre des rois mages, L'Adoration des rois mages, La Purification de la Vierge) et 34 petites
Les Psaumes pénitentiaux
10
à
11
64 à 71
Une miniature exceptionnelle (La Chute des anges rebelles) et sept petites miniatures (Imploration dans l'épreuve, L'Aveu libéré du péché, Prière dans la détresse, Miserere, Prière dans le malheur, De Profundis, Humble supplication)
La Grande Litanie
11
71 à 74
2 grandes miniatures (Procession de saint Grégoire, sur 2 pages)
Les Heures de la croix
11
à 12
75
à
78
1 grande miniature (Le Christ de pitié)
Les Heures du Saint-Esprit
12
79
à
81
1 grande miniature (La Pentecôte)
L'Office des morts
12
à
16
82
à
108
5 grandes miniatures (Job sur son fumier, Les Obsèques de Raymond Diocrès, La Légende des morts reconnaissants14, Action de grâce auprès d'un danger mortel, Miserere), 1 miniature exceptionnelle (L'Enfer), 9 petites (Hymne d'action de grâces, Hymne au Dieu secourable, Prière du juste persécuté, Prière dans le péril, Près de Dieu, point de crainte, Action de grâces, appel au secours, Complainte du lévite exilé, Hymne d'action de grâce, Le Cantique d'Ézéchias)
L'Office de la semaine
17
à
21
109
à
140
7 grandes miniatures (Dimanche - Le Baptême du Christ, Lundi - Le Purgatoire, Mardi - La Dispersion des Apôtres, Mercredi - Le Paradis, Jeudi - Le Saint Sacrement, Vendredi - L'Invention de la Croix, Samedi - La présentation de la Vierge au temple) et 1 miniature exceptionnelle (Le Plan de Rome)
Les Heures de la Passion
22
à
24
142 à 157
9 grandes miniatures (L'Arrestation de Jésus (Ego Sum), Le Christ conduit à la demeure de son juge, La Flagellation, La Sortie du prétoire, Le Portement de croix, La Crucifixion, Les Ténèbres, La Déposition de croix, La Mise au tombeau) et 4 petites (Psaume imprécatoire, Parmi la sexte, souffrances et espoirs du juste, Lamentation, Au milieu des lions)
Les Heures de l'année liturgique
25 à 31
158 à 204
12 grandes miniatures (La Messe de Noël, Premier dimanche de Carême - La tentation du Christ, 2e dimanche de Carême - La Cananéenne, 3e dimanche de Carême - La Guérison du possédé, 4e dimanche de Carême - La Multiplication des pains, Dimanche de la Passion - La Résurrection de Lazare, Dimanche des Rameaux - L'Entrée du Christ à Jérusalem, Dimanche de Pâques - La Résurrection, Fête de l'Ascension - L'Ascension, L'Exaltation de la croix, Fête de l'archange - Le Mont-Saint-Michel, Le Martyre de saint André) et 6 petites miniatures (La Pentecôte, La Trinité - Le Christ bénissant le monde, Fête-Dieu - La Communion des apôtres, Fête de la Vierge - Vierge à l'Enfant, La Toussaint - La Bénédiction du pape, Fête des Morts - La Messe des morts)

Dans son état actuel, le manuscrit est incomplet : il lui manque les matines et les laudes du cycle de la Passion. À ces miniatures, s'ajoutent des lettrines au début de chaque phrase et des bouts-de-lignes en fin de phrase, ainsi que de grandes initiales au début de chaque prière ou de chaque psaume, accompagnées de décorations de fleurs et de feuillages séparant les colonnes de texte ou décorant les marges. Les huit miniatures exceptionnelles sont des pages peintes probablement en dehors du cadre du plan du manuscrit et ajoutées a posteriori aux cahiers.

Les enluminures pleines d'ornementations exquises et d'annotations observées jusque dans les moindres détails naturalistes sont aussi remarquables pour leur maîtrise de l'espace. On a ainsi suggéré qu'un au moins des frères avait visité l'Italie. Les Très Riches Heures occupent une place importante dans le développement des traditions du nord de la peinture de genre et de paysage.

Les Limbourgs ont employé une large variété de couleurs obtenues à partir de minéraux, de plantes ou de produits chimiques qui sont mélangés à de la gomme. Parmi les couleurs peu communes et très chères employées, un vert obtenu à partir de fleurs écrasées et le bleu obtenu à partir du lapis-lazuli venu de Moyen-Orient.

Le détail extrêmement fin du dessin suppose non seulement d'excellents pinceaux mais aussi un travail à la loupe. Des compléments postérieurs ont été apportés au 15e siècle par Jean Colombe dont la façon est moins délicate mais seul le mois de novembre inclut une quantité importante de son travail.

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