Entr'acte (René Clair, 1924)
Barry Lindon (Stanley Kubrick)

 Le clair-obscur en peinture, est le contraste entre zones claires et zones sombres. Cette technique est particulièrement associée au baroque. Wollflin regoupe en effet en cinq catégories les mutations apparues au cours du XVIIe. Le baroque, par rapport au classique, privilégie :

L'obscurité devient ainsi une composante de la peinture soit pour concentrer l'attention sur l'essentiel en se référant au Caravage soit comme le note Jean-Joseph Goux dans Les iconoclastes pour repousser toute la vie à la périphérie du tableu dans un monde baroque qui a perdu son centre. Cette définition correspond bien à la peinture de Simon Vouet, peintre officiel de Louis XIII. Lorsqu'il peint Richelieu en habit pourpre, Philippe de Champaigne ne fait pas le portrait d'un individu mais celui d'une fonction, et même d'une pensée politique abstraite. Richelieu crée l'état centralisateur. Il impose un ordre. Il est logique dès lors que le domaine esthétique, lieu de toutes les pulsions, soit par compensation le règne du désordre. L'homme baroque se construit dans une dissociation schizoïde : une apparence, un masque, et un désir de liberté de fantaisie, canalisé par les expressions artistiques.

Selon que l'on appuie sur l'un ou l'autre coté, deux tendances majeures se dessinent et s'affrontent : un univers du changement du trouble, des passions de l'eau qui passe, du nuage ; et un monde du miroir, des masques superposés, des machines sans âmes et de l'eau glacée, gelée. D'un côté Circé et Protée, les dieux des métamorphoses. De l'autre le "théâtre du monde", le lieu de l'incessante représentation, où les miroirs ne reflètent que les masques. Si le classicisme est une conscience objectivée de soi-même où prédomine la contemplation le calme, l'harmonie. Le baroque suppose une participation plus active du spectateur. Il doit être sensible au mouvement, aux surprises, ornements, métamorphoses aux excès, au luxe à la sensualité, la séduction, la gratuité, la dépense, la dilapidation, l'impureté, l'instabilité, la transe, à la figure de la spirale et du dionysiaque.

Au cinéma le clair-obscur permet d'accentuer le mystère, de dramatiser la scène, la psychologie (par fétichisation technique théâtrale, opposition ange/demon), esthétiser par référence à un code reconnu dans la peinture

La conception physique du cadre induit des ensembles flous qui ne se divisent plus qu'en zones ou plages. Le cadre n'est plus l'objet de divisions géométriques, mais de graduations physiques. C'est l'heure où l'on ne peut plus distinguer l'aurore et le crépuscule, ni l'air ni l'eau, l'eau et la terre, dans le grand mélange d'un marais ou d'une tempête (Murnau : L'aurore, Nosferatu). Ici c'est par les degrés du mélange que les parties se distinguent et se confondent dans une transformation continue des valeurs.

Nosferatu de Murnau
L'aurore de Murnau

 

Principaux films :
Zombie child Bertand Bonnello France
2019
Nymph()maniac Lars von Trier Danemark
2013
As I lay dying James Franco U.S.A.
2013
Les promesses de l'ombre David Cronenberg U.S.A.
2007
A history of violence David Cronenberg U.S.A.
2005
Kill Bill : volume 1 Quentin Tarantino U.S.A.
2003
Caravaggio Derek Jarman G-B
1986
Passion Jean-Luc Godard U.S.A.
1982
Eraserhead David Lynch U.S.A.
1977
Un frisson dans la nuit Clint Eastwood U.S.A.
1971
Les maîtresses de Dracula Terence Fisher G-B
1960
Mr Arkadin Orson Welles U.S.A.
1955
Quelle était verta ma vallée John Ford U.S.A.
1941
Le mouchard John Ford U.S.A.
1935
La tragédie de la mine Pabst U.S.A.
1932
L'aurore Friedrich W. Murnau Allemagne
1927
Nosferatu Friedrich W. Murnau Allemagne
1922