Le cinéma de Tarkovski met en scène le conflit entre le spirituel et le matériel, la nature et le social, l'histoire et l'individu, abordant des questions aussi essentielles que le pouvoir de la mémoire, l'identité russe, le sens de l'art et l'aliénation de la vie moderne.
Sa réputation repose sur cinq films réalisés en Russie entre 1962 et 1978 L'Enfance d'Ivan, Andreï Roublev, Solaris, Le Miroir et Stalker qui se distinguent par une ambition, une intensité et une virtuosité que l'on ne retrouve chez pratiquement aucun cinéaste soviétique de l'après-guerre. Le génie de Tarkovski est encore à l'uvre dans ses deux derniers films, Nostalghia et Le Sacrifice, réalisés en Italie et en Suède, mais il lui manque déjà quelque chose. La recherche impossible de ce chaînon manquant constitue le point névralgique de Nostalghia. Le film parle autant des circonstances qui ont entouré sa réalisation Tarkovski n'était pas retourné dans son pays depuis quatre ans pour s'installer à Londres et en Italie que de l'exil d'un poète soviétique venu en Italie pour écrire un livre sur un compositeur russe qui y séjourna. Cet autoportrait d'un artiste amoureux de sa terre natale et gagné par une mélancolie liée à son exil porte en lui toutes les contradictions d'un réalisateur partagé entre l'Est et l'Ouest. A partir de Stalker, tous les films de Tarkovski seront la dramatisation de ce dilemme.
Andrei Tarkovski est né le 4 avril 1932 à Zavroje, au bord de la Volga, près d'Ivanovo, Arseni Tarkovski, son père, est un poète connu (dont on entend des vers dans Le Miroir et Stalker). Après des études de musique, de peinture et d'arabe, le jeune homme travailla d'abord comme géologue en Sibérie de 1952 à 1956 avant d'entrer à l'école de cinéma d'état le VGIK de Moscou. Un de ses professeurs fut le cinéaste Mikhail Romm. En 1957, l'étudiant Tarkovski signait, Les tueurs, un court sujet en noir et blanc, inspiré de la nouvelle d'Hemingway puis, en 1960, un autre exercice d'école, Le rouleau compresseur et le violon, moyen métrage en couleurs.
La carrière de Tarkovski, brève du fait de la maturation et de la réalisation très lente des films et de sa mort prématurée, doit beaucoup aux festivals cinématographiques européens, L'enfance d'Ivan a partagé avec Journal Intime, de Valerio Zurlini, le Lion d'or du festival de Venise 1962 et Jean-Paul Sartre défendit le film, que certains critiques italiens taxèrent de formalisme et de préciosité.
Puis Cannes accueillit en 1969 Andrei Roublev, écrit comme les deux titres précédents par Tarkovski et son ami Andrei Mikhalkov-Konchalovsky : une fresque de trois heures sur un peintre d'icônes, qui aura attendu deux ans et demi pour parvenir à un festival, les autorités soviétiques inquiètes de ce film hors-normes prétextant qu'il n'était "pas terminé!". Avec son prix de la critique internationale, le film fit connaître son auteur dans le monde entier.
En 1972, Cannes encore montra Solaris, d'après le roman de science-fiction de Stanislas Lem, et c'est un Prix spécial du jury. En 1974, Tarkovski tournait Le Miroir, présenté quatre ans plus tard lors de l'éphémère festival de Paris, dont il fut un des événements même si critiques et spectateurs furent parfois déroutés par ce qu'ils appellèrent, faute de mieux, "l'hermétisme" de cette oeuvre quasi-autobiographique.
En 1980, Stalker, le film-surprise du festival de Cannes, y remportait un grand succès critique. Les Soviétiques n'autorisèrent pas le cinéaste à venir en France pour la sortie du film, deux ans plus tard. Par contre, ils le laissèrent partir vers l'Italie en 1982 pour préparer avec le scénariste Tonino Guerra Nostalghia, coproduction italo-française avec participation soviétique. Ces préparatifs seront le sujet d'un moyen métrage pour la télévision, Tempo di viaggio. Le film achevé, poème sur l'exil et la nostalgie, à travers le voyage en Italie d'un écrivain russe, reçut à Cannes en 1983 le Grand Prix du cinéma de création, partagé avec L'Argent de Robert Bresson.
Pour le cinéaste, l'exil commençait également : il resta en Italie avec son épouse et collaboratrice Larissa et se battit pour que puisse le rejoindre le reste de sa famille, ce qui se produira début 1986, avec le soutien de cinéastes, intellectuels et hommes politiques occidentaux, mais surtout à cause de l'arrivée de Gorbatchev aux affaires. A ce moment, le cinéaste terminait Le Sacrifice, co-production franco-suédoise à participation britannique. Déjà gravement affaibli par un cancer, Tarkovski ne put venir à Cannes en 1986 et l'émotion fut grande lorsque son fils reçut à sa place le Grand Prix spécial, lors de la cérémonie de clôture.
Andrei Tarkovski est mort à Paris le 29 décembre 1986, sans avoir eu le temps de percevoir ce que les changements en U.R.S.S. auraient pu lui apporter, ni celui d'approfondir une oeuvre d'inspiration très ample, où les motifs religieux devenaient de plus en plus présents.
Il avait dirigé "Hamlet" au théâtre en U.R.S.S.
et en 1981 "Boris Godounov", l'opéra de Moussorgsky, au Covent
Garden de Londres. Dans "Le temps scellé", ouvrage qui rassemble
les écrits du cinéaste (Editions Cahiers du Cinéma, 1989),
sa femme remarque dans la préface : "André Tarkovski estimait
que le pessimisme n'avait aucun rapport avec l'art qui était, selon
lui, d'essence religieuse. L'art nous donne la force et l'espoir devant un
monde monstrueusement cruel et qui touche, dans sa déraison, à
l'absurdité."
Sources :
FILMOGRAPHIE :
| 1958 | Les tueurs |
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(Ubiytsy). Avec : Yuli Fait (Nick Adams), Aleksandr Gordon (George), Valentin Vinogradov (Al), Vadim Novikov (Max). 0h19. Un soir, dans une petite ville arrivent deux inconnus. Ils cherchent quelqu'un. Ce sont des tueurs à gages. Leur victime serait un autre inconnu, le suedois... |
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| 1960 | Le rouleau compresseur et le violon |
| (Katok i skrypka). Avec Igor Fomchenko (Sacha). 0h55. | |
| 1962 | L'enfance
d'Ivan |
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(Ivanovo detstvo). Avec : Nikolai Burlyayev (Ivan), Valentin Zubkov (Capt. Kholin), Yevgeni Zharikov (Lt. Galtsev). 1h35. Le jeune Ivan se souvient des moments heureux qu'il passait avec sa mère à la campagne. Celle-ci est tuée par les Allemands en allant au puits. Aujourd'hui, il est soldat,employé pour des missions derrière les lignes allemandes... |
| 1966 | Andrei Roublev
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(Andrey Rublyov) Avec : Anatoli Solonitsyne (Roublev), Nikolaï Grinko (Daniel), Ivan Lapikov (Kyrill), Nikolaï Sergueev (Théophane). 2h55. Au début du XVe siècle, le moine Andrei Roublev, peintre d'icones, participe à la réalisation des grandes fresques de l'église de Vladimir, en compagnie du Maître Théophane le Grec. Les Tartares envahissent le pays et soumettent les habitants de Vladimir à d'hallucinantes cruautés... |
| 1972 | Solaris |
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Avec : Natalya Bondarchuk (Hari), Donatas Banionis (Kris Kelvin), Jüri Järvet (Dr. Snaut), Vladislav Dvorzhetsky (Berton). 2h25. Depuis très longtemps déjà, les chercheurs scientifiques tentent, en vain, de percer le mystère de Solaris, la planète dont la surface est l'Océan. Dans sa demeure, Kris Kelvin, savant psychologue, écoute à nouveau le témoignage de l'ancien pilote Burton qui se souvient avoir vu des arbres et un enfant à la taille gigantesque surgir des vagues tout en regardant le film de la commission d'enquête... |
| 1974 | Le miroir |
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Avec : Margarita Terekhova (Maroussia et Natalia), Oleg Jankovski (le père), Philippe Jankovski (Aliocha 5 ans). 1h48. Les événements et les figures majeures de l'existence d'Aliocha surgissent dans un afflux désordonné de souvenirs. Sa mère, jeune et jolie, attend devant la maison du grand-père. Le père a quitté sa famille et sa présence survit sous forme de poèmes lus à là tombée du jour. L'enfant assiste à un violent orage, puis à l'incendie d'une grange voisine... |
| 1979 | Stalker |
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Avec : Alexandre Kaidanovski (Stalker), Anatoli Solonitsyne (l'écrivain), Nikolai Grinko (le physicien). 2h43. Quelque part... à une époque inconnue... Que s'est-il passé sur cet univers où ne règne que la désolation ? Ruines inondées, brume, froideur, contrastant avec cet endroit étrange, cerné de barbelés et de miradors, étroitement gardé: "La Zone". Région mystérieuse d'où une armée n'est jamais revenue, mais qui abriterait une maison renfermant une "Chambre" comblant les vux de l'homme qui y pénètre. |
| 1983 | Nostalghia
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Avec : Oleg Yankovsky (Andrei Gorèakov), Erland Josephson (Domenico), Domiziana Giordano (Eugenia). 2h05. Il est poète, Russe, et est venu en Italie pour se documenter sur l'un de ses compatriotes, musicien en exil qui a vécu dans la région au XVIIIe siècle et qui préféra finalement la condition d'esclave dans son pays natal à celle d'homme libre à l'étranger. |
| 1986 | Le sacrifice |
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(Offret). Avec : Erland Josephson (Alexandre), Susan Fleetwood (Adélaïde), Valérie Mairesse (Julia), Allan Edwall (Otto). 2h22. Sur l’île où il réside, Alexandre est au bord du chemin avec son jeune fils, Petit Garçon, qui vient d'être opéré des cordes vocales et ne peut parler. Tout en plantant un arbre mort, il lui raconte une légende japonaise : en arrosant régulièrement le pied de l'arbre et en y croyant, il reprendra vie. |
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(1932- 1986)
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| 7 films | ||
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| histoire du cinéma : cristaux de temps | ||