Prologue : Un homme
fait le sacrifice de sa vie pour voler dans les airs, avant que cela ne soit
réalisable.
Au début du XVe siècle, le moine Andrei Roublev, peintre d'icones, participe à la réalisation des grandes fresques de l'église de Vladimir, en compagnie du Maître Théophane le Grec. Les Tartares envahissent le pays et soumettent les habitants de Vladimir à d'hallucinantes cruautés. Pour sauver une jeune fille, Roublev tue un soldat. Le spectacle de ces cruautés l'amène à une réflexion douloureuse sur le rôle de l'art et de l'artiste. Il assiste ensuite à la fête érotique des adeptes de l'amour en liberté. Refusant les normes esthétiques de la religion officielle, il conteste la valeur d'un "Jugement dernier" apocalyptique présidé par un Dieu vengeur et fait vu de silence.
Il sortira de son mutisme, une dizaine d'années plus tard, après avoir rencontré un petit fondeur de cloches qui affirme posséder le secret d'un alliage mis au point par son père. Il dirige avec passion la fabrication de la cloche, tout en sachant qu'un échec le condamnerait. Or, l'adolescent a menti, il ne connaissait pas le secret de l'alliage, mais sa foi et son génie personnel lui ont permis une réussite éclatante.
Epilogue (en couleurs) : Un hommage à l'uvre de Roublev dont on voit notamment la fameuse " Trinité".
Samuel Blumenfeld
: "Ce film épique raconte la vie, sur un mode largement fictionnel,
d'Andreï Roublev (né en 1360 et mort en 1430), le plus grand peintre
d'icônes de l'histoire de la Russie. C'est aussi la première,
et peut-être la seule production soviétique, qui donne un rôle
aussi central à l'artiste et pose le christianisme comme un élément
constitutif de l'identité russe.
Lorsque Andreï Roublev fut distribué en Occident, à la toute fin des années 1960, il constituait déjà une anomalie. Leonid Brejnev lui-même ne s'y était pas trompé, qui partit avant la fin d'une projection organisée à son intention. Andreï Roublev baigne dans un mysticisme slave, en complète contradiction avec l'idéologie du pouvoir soviétique. Le film prend aujourd'hui une dimension prémonitoire et annonce le chaos inhérent à la chute du communisme. La dimension autobiographique d'Andreï Roublev est clairement affichée le film s'appelait à l'origine La Passion selon Andreï ; elle pose la question du rapport entre l'artiste et l'Etat, qui s'avérera, dans le cas de Tarkovski, extrêmement douloureuse.
Andreï Roublev projette un réalisme intégral, une recréation du monde à son image. Situé au XVe siècle, il fait l'impression d'un miracle, comme si la caméra avait remonté le temps et enregistré mystérieusement cette époque. L'Enfance d'Ivan, Stalker, Le Miroir, ou Nostalghia sont moins des films qu'un lieu, façonné de toutes pièces, où le spectateur peut s'immerger deux heures durant.