Comme le remarque Pierre Eisenreich :

"la biographie cinématographique de l'artiste plasticien trouve d'abord son intérêt dans la dramaturgie tirée du vécu du personnage. Il peut être attribué à ces héros une série de caractéristiques qui suscitent un très grand intérêt narratif. Tous ont mené une existence conflictuelle avec leur société, et avec eux-mêmes, due à l'exigence et à la marginalisation de leur profession pour la plupart d'entre-deux. Il en découle en général une grande pauvreté matérielle qui les plongeait dans une situation de quasi-survie. Quand les origines familiales permettaient d'assurer un certain confort dans le cas de Munch et de Toulouse-Lautrec, la maladie et le handicap physique procuraient au scénario une source mélodramatique inespérée."

La biographie filmée ne constitue souvent pas un apport important à la compréhension des enjeux picturaux. On constatera toutefois au travers de trois exemples particuliers une même convergence vers la mise en scène des étapes essentielles de la création.

 

1 - Les biographies filmées

 

1-1 Les biographies de peintres existants

La biographie se fait parfois au mépris total des valeurs morales et esthétiques défendues par les peintres : ainsi La jeune fille à la perle de Vermeer est-il une apologie de la chasteté et de la fidélité alors que le film de Peter Webber (2003), fait de la jeune servante la maîtresse d'un peintre qui ne supporterait plus la vie de famille !

Plus respectueuses sont les biographies de Rembrandt par Charles Matton (1999), d' Edvard Munch par Peter Watkins (1974), de Van Gogh par Maurice Pialat (1991) ou de Ohwon par Im Kwon-taek (2002) pour n'en citer que quelques-unes.

 

Biographies de peintres :
       
Klimt Raoul Ruiz France 2005
La jeune fille à la perle Peter Webber France 2003
Ivre de femmes et de peinture Im Kwon-taek Corée 2002
Frida Julie Taymor U.S.A. 2002
Jackson Pollock : an american saga Ed Harris U.S.A. 2000
Rembrandt Charles Matton France 1999
Basquiat Julian Schnabel U.S.A. 1996
Van Gogh Maurice Pialat

France

1991
Vincent et Théo Robert Altman U.S.A. 1990
Aloïse Liliane de Kermadec France 1975
Edvard Munch Peter Watkins Norvège 1974
Andrei Roublev Andrei Tarkovski Russie 1966
Montparnasse 19 Jacques Becker France 1958
La vie passionnée de Vincent van Gogh Vincente Minnelli U.S.A. 1956
Moulin rouge John Huston U.S.A. 1954
Cinq femmes autour d'Utamaro Kenji Mizoguchi Japon 1946

 

1-2 Les biographies de peintres de fiction

Les mêmes caractéristiques mélodramatiques se retrouvent dans un certain nombre de "peintres de cinéma" comme Martin Lobelius dans L'attente des femmes. La profession de peintre est toutefois présentée sous un jour plus souriant chez Hitchcock ou Minnelli ainsi Sam Marlowe dans Mais qui a tué Harry ? ou Jerry Mulligan dans Un Américain à Paris. Dans Blow-up (1966) Michelangelo Antonioni confronte l'art du photographe à celui de son ami peintre.

Principaux peintres de fictions :
       
Japon Carlos Reigadas Mexique 2003
La belle noiseuse Jacques Rivette France 1991
Roberte Pierre Zucca France 1978
L'hypothèse du tableau volé Raoul Ruiz France 1978
Blow-up Michelangelo Antonioni G.- B. 1966
Le chevalier des sables Vincente Minnelli U. S. A. 1965
Mais qui a tué Harry ? Alfred Hitchcock U. S. A. 1956
L'attente des femmes Ingmar Bergman U. S. A. 1952
Un Américain à Paris Vincente Minnelli U. S. A. 1950
Michael Carl Theodor Dreyer Allemagne 1924

 

2 - Le peintre au travail

Trois films exemplaires du travail du peintre insistent sur les étapes ettentielles du processus créateur : la recherche de l'inspiration, la pose du modèle, le travail de la matière et l'affirmation des théories de l'art avec ses pairs ou des critiques.

2 -1 le mystère Picasso

La caméra placée devant le chevalet sur lequel est tendu un papier et non derrière Picasso, capte le cheminement de la pensée créatrice du peintre. Puis passage à la couleur ; peinture à l'huile plus classique, filmée en écran cinémascope et film monté photogramme par photogramme.

2 -2 Van Gogh

Dans Van Gogh (Maurice Pialat, 1991) Les recadrages brusques pour suivre les coups de pinceau dans la scène initiale, la peinture étalée à coup de couteau pour peindre l'innocent ont pour équivalence de mise en scène, le montage ou démontage par déplacement de plans dans la scène de cabaret de Montmartre, les blocs de séquences et plan-séquences. Pialat veut tenir le cinéma comme Vincent voulait tenir la peinture.

le peintre est enchâssé dans le cadre d'une fenêtre ouverte sur un feuillage de printemps, cadré depuis l'intérieur cossu du salon de musique.

Posant face à la caméra qui saisit son portrait dans le cadre de la fenêtre, suspendu entre l'intérieur et l'extérieur, il observe. Tel un animal examinant sa proie, il détaille la jeune fille capricieuse qui, jouant au piano, sera son modèle.

Enfin l'artiste défend son art sa sensibilité ou se sthéories devant les critiques ou ses pairs.

3-3 Edvard Munch

 

 

La belle noiseuse Jacques Rivette France 1991
Van Gogh Maurice Pialat

France

1991
Edvard Munch Peter Watkins Norvège 1974

 

Sources :