
Nana est vendeuse
dans un magasin de disques à Paris. Elle fréquente Paul, un
journaliste raté, avec qui elle a eu un enfant que, d'un commun accord,
ils ont placé en nourrice. Nana s'ennuie et pourtant elle éprouve
toujours de la tendresse pour Paul.
Ce mois-ci, il manque deux mille francs à Nana pour payer sa chambre. La concierge devant son impossibilité de s'acquitter de son loyer lui interdit l'accès de l'immeuble. Déprimée, Nana dépense au cinéma ce qui lui restait en poche. Elle retrouve un ami. lis mangent dans un snack, restent ensemble jusqu'au lendemain.
Le problème de l'argent manquant n'est pas résolu. Son travail terminé, Nana profite de sa soirée pour traîner sur les Champs-Elysées, qu'elle découvre pour la première fois. Un homme la dévisage, s'en va, revient. Il l'aborde. Nana et lui vont à l'hôtel. Plus tard, Nana se promène sur les boulevards où elle rencontre une amie, Yvette. Celle-ci, autrefois poinçonneuse dans le métro, se prostitue dans le quartier Réaumur-Sébastopol. Yvette la présente à Raoul. Mais une rafle interrompt brusquement cette rencontre.
Grâce à une adresse communiquée par Yvette, Nana retrouve Raoul. C'est un souteneur. Nana vit sa première journée de prostituée. Par la suite, elle quitte Raoul pour un autre souteneur, lequel sera remplacé par un troisième. Au cours d'une altercation, Raoul abattra involontairement Nana.
Godard voulait
s'inspirer du style des Onze fioretti
de François d'Assise de Rossellini qui renouvelait totalement la
forme narrative des films à sketches.
Godard a toujours eut en commun avec Mizoguchi de penser que la prostitution est l'un des plus grands sujets du cinéma dans la mesure où c'est le modèle réduit et la métaphore de l'ensemble des rapports sociaux. C'est en observant la condition, la souffrance et les contradictions de ces femmes que Mizoguchi essaya de comprendre ce qui n'allait pas dans le monde et la société qui l'entouraient.
La prostitution est le motif du premier court-métrage de Godard, Une femme coquette, libre adaptation d'une nouvelle plutôt légère de Maupassant sur le sujet (Le signe) dont Godard envisagera l'adaptation pour Deux ou trois choses que je sais d'elle.
Godard a toujours défendu la thèse que l'on ne peut vivre dans nos sociétés sans se prostituer d'une façon ou d'une autre ne serait ce qu'en vendant sa force de travail à son patron, et que toute forme de prostitution en vaut une autre. Dans La Chinoise, une campagnarde interprétée par Juliet Berto se livre aussi à la prostitution occasionnelle pour arrondi les fins de mois des militants politiques où elle a trouvé sa place.
Dans ce film sur une prostituée, nous ne verrons de la nudité d'Anna Karina qu'un dos épuré.
Source : Godard au travail, Alain Bergala. Ed. Cahiers du Cinéma, 2006
Avec : Anna Karina (Nana Kleinfrankenheim), Sady Rebbot (Raoul), André S. Labarthe (Paul), Guylaine Schlumberger (Yvette), Gérard Hoffman (Le chef), Monique Messine (Elisabeth), Brice Parain (philosophe). 1h25.
