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Les roches rouges

2026

Genre : Mélodrame

Avec : Kaylon Lancel (Géo), Kelsie Verdeilles (Eve), Louise Podolski (Manon), Mohamed Coly (Rouben), Alessandro Piquera (B), Meryl Pires (Do). 1h30.

Le massif de l'Estérel et ses falaises de porphyre rouge plongeant dans la Méditerranée. Des trains passent sur le gigantesque viaduc d’Anthéor. En contrebas, Géo, cinq ans, son mini-quad garé en bord de route, attend ses amis. Manon et Rouben, à peine plus âgés, arrivent bientôt sur le mini-quad de ce dernier. Un habitant qui passe par là, téléphone à la main, se réjouit de la perspective qui donne sur la plage de l'autre côté de la route de la corniche et de la disparition des discothèques qui envahissait l'espace dans les années 80. Géo commente ses paroles avec des mimiques plus ou moins grotesques. Excédé, le passant traite Géo de petit singe.

Manon, à l'arrière du quad de Géo, et Ruben vont nager près des rochers et sauter de leur hauteur. Géo raccompagne Manon chez elle et les enfants s'enlacent longuement avant de se quitter, Geo rejoignant la belle maison de ses parents.

Le lendemain, les enfants nagent vers les rochers lorsqu'ils repèrent une autre bande, un garçon, B, et deux filles, Do et Eve, qui s'adonnent aux mêmes sauts dans l'eau. Ils les rejoignent. Géo, par défi, monte plus haut qu'eux, hésitant toutefois à sauter de haut. Il n'en a pas l'occasion : les gendarmes depuis leur bateau leur rappellent que les sauts sont interdits et les somment de rentrer chez eux. Les enfants repartent et Eve se réjouit que Géo lui effleure la main alors que B les observe d'un regard désapprobateur. Avant de se quitter les six enfants se promettent de se revoir le lendemain du côté du rocher de la cathédrale: ils seront si haut que les gendarmes ne pourront les voir.

Le lendemain, Géo grimpe plus haut que les autres et saute dans la mer sous le regard admiratif de Eve qui le rejoint dans l'eau. Eve et Géo se retrouvent le soir avant de rentrer chez eux. Le lendemain, Eve accompagne Geo, Ruben et Manon pour voler quelques affaires dans la voiture de touristes.  ils se chamaillent pour se partager le butin, une poupée de lunettes de  natation, une petite voiture puis vont faire du quad. Géo conduit sa bande jusque chez Eve mais il est le seul à franchir la haut portail de La Terrasse, luxueuse villa en bord de mer. Eve vient le chercher et le présente à sa mère et un voisin venu discuter.

Eve déclare à Géo qu'elle l'aime et il lui propose de prendre le train jusqu'à Vintimille pour voir son grand-père qui est fâché avec sa mère. Celui-ci prend un cours de tennis avec sa professeure au milieu des lévriers qui courent après les balles. Eve et Géo reviennent en train.

Eve voit Geo, Manon et Rouben nager dans la piscine municipale. Manon lui ouvre la porte et Eve vient se placer près de Géo pour l'enlacer

Alors que Eve a rejoint la bande de Géo pour nager avec eux, ils voient, au retour sur la plage, B et Do les attendre en leur jetant des pierres. Ils abordent finalement la plage. Geo entoure une pierre de son maillot et frappe B à la tête. B s'écroule.

Les gendarmes viennent chez les parents de Géo et interrogent Rouben et Manon sur sa disparition. Géo est parti sauter du haut du rocher de la cathédrale. Il hésite puis saute... Il vient au portail de Eve. Tout semble désert. Eve surgit pourtant courant vers lui et l'enlace de l'autre côté de la grille, heureuse : B n'est pas mort.

analyse Pour la sortie de son 15e long-métrage, Bruno Dumont s'est exprimé longuement dans les médias, insistant sur son désir de "Filmer le commencement, le début de tout, les premiers moments de ce que nous sommes , cette part d'enfance - de cinq ans à peine - qui, en chacun de nous, brille toute notre vie durant, cette petite conscience guillerette (ou pas) qui demeure en nous jusqu'à notre mort. Conscience qui se voit ainsi vivre, vieillir, se souvenir... Il y a quelque chose en nous qui a toujours 5 ans."

S'il y a bien là l'origine du désir du film, ce n'est toutefois pas l'expérience esthétique qu'il propose. On y voit bien davantage, autre commentaire du cinéaste, "Comment le tempérament propre aux jeunes acteurs se substitue aux caractères des personnages". C'est cette saisie d'attitudes nouvelles, incarnées par des enfants singuliers que propose le film. L'intrigue et le décor pourraient rappeler Corniche Kennedy (Dominique Cabrera, 2016). Mais l'intrigue est ici très lâche, concentrée sur quelques plans bizarres, inattendus, comme un précipité du mélodrame tombé dans les bras de l'enfance. Le décor y est tout aussi sublimé par l'intensité des couleurs mais aussi par une profondeur de champ que favorise à la fois le grand angle et le format 1.66 du film.

Renouveler le mélodrame par l'enfance

Dumont avait déjà tourné avec des enfants de 8 à 12 ans pour Pt'it Quinquin, Jeannette et Jeanne. Ceux-ci se comportaient avec dignité, une noblesse, une droiture extrêmes. Le comique était le fait des adultes et notamment du Commandant de gendarmerie et de son adjoint Carpenter. Ici non plus le fait que des rôles qui pourraient être ceux d'adolescents ou de jeunes adultes soient interprétés par des enfants ne vise pas l'effet comique et ce sont les rares apparitions d'adultes qui en font les frais.

L'aspect souvent grimaçant des personnages de Dumont est certe accentué par le grand-angle, la distorsion limite du 20mm, quand on s'approche de trop près qui accentue les expressions, notamment de Géo, le plus petit de la bande agité de tics et de bâillements.

Mais l'insistance qu'a mis Dumont à choisir le très jeune Kaylon Lancel durant les deux ans de préparation du film dit sa volonté de filmer un "héros" extraordinaire. Géo comme P'tit Quinquin ou Jeanne est capable par son énergie d'entraîner les autres ainsi que, par sa singularité, l'amour immédiat de Eve. Eve-Géo des prénoms qui renvoient au début du monde.

Tout, depuis l'efleurementdes mains, l'approche pour savoir si un autre amour pourrait s'interposer jusqu'à la declartion d'amour sous l'aubette de la gare d'Anthenor puis l'escapade amoureuse à Vintimille reprend les codes du mélodrame amoureux avec bien entendu l'obstacle de la rivalié qui conduit Géo au bord du suicide (la falaie du rocher de la cathédrale) quand il se croit meurtier puis sa tristesse quand il decouvre la villa de la Terasse apparemment abondonnée. Puis le happy-end : la course de Eve vers lui et l'enlacement de chaque côté de la grille.

La rivalité entre les bandes suit aussi un chemin classique mais avec des plans tout aussi renouvelés depuis les affrontements de regards jusqu'à l'attitude dénuée de jalousie de Manon au bord de la piscine, acceptant l'évidence de l'amour entre Eve et Géo.

On s'étonne par ailleurs des déclarations de Dumont : "Le film ne restitue en rien une quelconque réalité sociale ou politique : c'est une représentation, un théâtre qui met au jour des réalités cachées de la nature humaine. Nature humaine dont l'enfance est le berceau".

Les paysages sublimés

"Il y a naturellement comme les lumières de l'enfance, ses paysages fort colorés, les bleus, les rouges, les jaunes et les verts phosphorescents de tous les débuts, ceux de cette joie de vivre, qui prélude à l'existence humaine et brille (tant bien que mal, non sans les orages) tout le long de notre vie...Le choix du grand angle s'est imposé car au 20 mm tout est net. Cela correspond bien à l'enfance, à ce regard "grand ouvert".

Le format 1.66, plus haut que le 1.85 et à fortiori le 2.35, permet aussi d'étager toute la profondeur de champ

Dumont dit s'être inspiré de Poussin ou Corot en perdant ses personnages dans le décor, réduits à de minuscules silhouettes, parfois difficiles à trouver dans l'immensité du paysage

Les références picturales sont nombreuses chez Dumont depuis la résurrection de Lazare de Giotto dans La vie de Jésus. Il a ici demandé au peintre Bilal Hamdad de réaliser une peinture pour l’affiche des Roches rouges après avoir vu, l’exposition "Paname" (du 17 octobre 2025 au 8 février 2026, au Petit Palais). Bilal Hamdad a visionné les rushes et a choisi le moment où les trois enfants s’élancent depuis des rochers ocre pour plonger dans le bleu turquoise de la Méditerranée. L’affiche reprend la scène en ajustant la composition aux contraintes d’une affiche, avec beaucoup d’espace au niveau du ciel. Le réalisateur des Roches rouges s’en réjouit : « Cette peinture est dans ses propres moyens une extraction saisissante et comme suspendue, glorieuse, du mystère de l’enfance ». À l’atelier, Bilal Hamdad avait choisi un grand format, auquel il est coutumier : la peinture fait 1,64 mètre sur 1,30 mètre. 

Si le choix de Kaylon Lancel s'est imposé à Bruno Dumont celui de Kelsie Verdeille pour Eve ne l'était pas moins. Peut-être une proximité avec la Marie Madeleine de Carlo Crivelli.

Jean-Luc Lacuve, pour la rencontre autour d'un film du 1er octobre 2026.

Sources : Dossier de presse, Beaux-art magazine

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