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Corniche Kennedy

2016

Avec : Lola Creton (Suzanne), Aïssa Maïga (Awa), Moussa Maaskri (Gianni), Kamel Kadri (Marco). 1h34.

Suzanne, jeune fille de bonne famille qui va passer son bac, observe une bande de jeunes garçons et filles des cités marseillaises qui, par défi, plongent d'une corniche naturelle au bord de la route de la Corniche Kennedy. Elle les photographie, mais se fait repérer par le groupe que cela irrite et qui l'oblige, elle aussi, à plonger pour se dédouaner.

Petit à petit, elle s'intègre au groupe, dont elle apprécie la liberté, se liant particulièrement avec Mehdi, un des plus casse-cou, et tombant amoureuse de Marco. Mais Marco, qui travaille comme chauffeur pour un caïd de la drogue, est surveillé par la police.

Corniche Kennedy. Dans le bleu de la Méditerranée, au pied des luxueuses villas, les minots de Marseille défient les lois de la gravité. Marco, Mehdi, Franck, Mélissa, Hamza, Mamaa, Julie : filles et garçons plongent, s'envolent, prennent des risques pour vivre plus fort. Suzanne les dévore des yeux depuis sa villa chic. Leurs corps libres, leurs excès. Elle veut en être. Elle va en être.

Le plan-séquence qui ouvre le film dans la salle de montage et s'arrête sur les premiers plans de la Jetée sur deux écrans fonctionne comme le mythe de la caverne de Platon. On ne quittera pas les images de cette caverne avant de s'être retourné vers les personnages réels qui les ont animés. La première partie du film est consacrée à authentifier la photographie qui fait l'objet du cinquième plan  de la jetée, qui la prise et à quelle date et dans quel contexte politique.

Il en résulte que Jean-Henri n'a peut-être pas été choisi au hasard ce 3 octobre 1962 alors que ses parents voyaient arriver comme un baume sur la blessure de leur départ d'Algérie d'autres émigrés pied noirs qui partagent leur malheur. Jean-Henri aurait peut être intéressé Marker pour ses oreilles décollées semblables à celle de son acteur principal Davos Hanich qui aurait pu être son père puisque étant issu du même village que sa mère avec laquelle il eut une histoire d'amour. Si Marker a vu Jean-Henri, a-t-il vu la souffrance de ses parents? Lui-même était alors en souffrance : amoureux fou de son actrice Hélène Châtelain qui ne partageait pas ses sentiments. Il en fait pourtant celle qui ouvre magistralement son film suivant, le joli mai. Le joli mai consacre une large place à la tragédie du métro de Charonne et à l'enterrement de ses huit victimes, scène dans laquelle on peut saisir l'une de très rares images de Chris Marker qui filme le défilé.

Cette enquête qui mêle la grande histoire, le cinéma et les souffrances d'un couple et de familles s'ouvre aussi au présent. Quand Marker tourne l'image d'un homme qui meurt et comprend plus tard que c'est lui, il offre une boucle temporelle dans laquelle s'est engouffré Dominique Cabrera pour en sortir un film sur le passé. Mais elle se retourne aussi pour voir le présent politique en confrontant l'image des exilés d'aujourdui aux exilés du temps dans La Jetée. Chris Marker, en tournant ce film en pleine souffrance amoureuse, n'avait lui probablement pas vu les pieds noirs revenus d'Algérie, sorte de contrechamp au Joli mai ?

Jean-Luc Lacuve, le 6 novembre 2026

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