Chinois de Malaisie, il vient étudier le cinéma à Taiwan puis débute sa carrière artistique comme producteur dans le milieu théâtral. Il travaille ensuite pour la télévision où il réalise deux moyens métrages Tous les coins du monde (1989) et Les garçons (1991) centrés sur les adolescents à Taipei, leurs problèmes leur délinquance, leurs errances. Comme au début de la nouvelle vague taïwanaise, ses films sont produits par le studio officiel du Kuomintang, le central Motion Pictures Corporation (CMPC).

Traitant du mal d'aimer vécu par des personnages jeunes et paumés,Tsai Ming-liang pousse à l'extrême le cinéma moderne de l'incommunicabilité et de la vacuité, exploitant le thème de l'eau qui coule associée à la vie qui va. La structure de ses films est pourtant beaucoup moins complexe que chez Antonioni (Blow-up ou profession reporter par exemple). Tsai Ming-liang vient après la génération de la Nouvelle vague taïwanaise (Hou Hsiao-hsien, Edward Yang, Wan Jen) et, dans de longues scènes maniéristes, il est surtout attentif à la saisie des bruits (les plans durent rarement moins de 30 secondes, commencent souvent vidés de personnage mais, en revanche, ou serait-ce en conséquence, on plonge illico dans un environnement incroyablement sonore qui va du ronron indifférent et agaçant de la ville, d'un cinéma ou d'un appartement jusqu'au grincement de chaussures) des gestes (ouverture des robinets) ou des signes (un poil, une cigarette, un gateau...). Les sons, quelques gestes et quelques signes voilà tout ce qui existe pour ces personnages pour qui l'amour et la mort sont hors de porté.

En 1994, Tsai Ming-liang signe Vive l'amour, réflexion sur l'amour qui le révèle et lui apporte un Lion d'Or à Venise. Trois ans plus tard, le sulfureux drame La rivière, Prix Spécial du Jury à Berlin, confirme la singularité de son oeuvre, le film mettant en exergue de manière troublante l'incommunicabilité entre les êtres, thème qui sera récurrent chez le cinéaste. En 1998, il aborde la science-fiction avec l'hypnotique The Hole, qui vient confirmer sa statut de grand du cinéma asiatique.

En 2001, Tsai Ming-liang réalise Et là-bas, quelle heure est-il ?, un drame à la fois poétique et burlesque qui donne une nouvelle dimension à son cinéma puis Goodbye, Dragon Inn (2003), un film poétique qui se démarque par sa grande tristesse. En 2005, le cinéaste démontre un nouvelle fois sa capacité à surprendre avec La saveur de la pastèque, comédie musicale torride et sulfureuse dans laquelle les Taïwanais se perdent dans le sexe et... la saveur de la pastèque. Viennent ensuite I don't want to sleep alone (2007), projections mentales d'un paralysé; Visage (2009), épopée burlesque d'un jeune cinéaste homosexuel venant en France tourner un film produit par Fanny Ardent et ayant pour acteur principal Jean-Pierre Leaud, interprète d'Hérode et Laetitia Casta dans le rôle de Salomé. Les chiens errants (2013) obtient le Grand prix du jury au festival de Venise.

Bibliographie : Camille Nevers dans Les Cahiers du cinéma n°490, avril 1995.

 

FILMOGRAPHIE :

Courts-métrages :
2002 : Le pont n'est plus là. Avec : Kang-sheng Lee, Chen Hsiang-Chyl. 20'. Dans la frénésie et l'agitation des rues de Taïpei, capitale ultra-moderne de Taïwan, une jeune femme désorientée erre à la recherche d'un pont au-dessus d'une avenue encombrée par la circulation.
2004 : segment Aquarium du documentaire Bem-Vindo à São Paulo.
2007 : segment It's a Dream de Chacun son cinéma
2009 : Madam Butterfly (Hu die fu ren). Avec : Pearlly Chua. 35'. Une interprétation libre de l'opéra : une femme délaissée par son amant est propoulsée dans la cohue de la gare des bus de Kuala Lumpur.
2012 : segment Walker (Est-ce que Hong Kong est belle, étrangement belle ou bellement étrange ? 27') de Beautiful 2012 , No Form, Meng you, Jingang Jing.
2013 : segment Walking on Water de Nan fang lai xin.

Longs-métrages:

1989 Tous les coins du monde

 

Téléfilm. Avec : Lee Kang-sheng (Ah-tong). 1h14.

Portrait d'une famille de revendeurs de tickets de cinéma.

   
1991 Les garçons

 

(Xiao hai ). Avec : Lee Kang-sheng. 0h50.

Un jeune fait chanter un enfant. Ses parents doivent le payer.

   
1992 Les rebelles du dieu néon

(Qing shao nian nuo zha). Avec : Lee Kang-sheng (Hsiao-Kang), Chen Chao-jung (Ah Tze), Jen Chang-bin (Ah Bing), Lu Yi-ching (La mère), Tien Miao (Le père), Wang Yu-wen (Ah Kuei). 1h46.

Hsiao-Kang passe son temps à traîner les rues de Tapeï à pied ou en mobylette. Un jour, alors qu'il circule exceptionnellement dans le taxi de son père, il remarque un jeune homme à moto. Ce dernier, agacé par les coups de klaxon de son père, casse le retroviseur de la voiture. Hsiao-Kang le retrouve quelque temps plus tard et le suit. Le jeune abandonne sa moto pour rentrer dans un hôtel. Kang-seng en profite pour détruire l'engin. Il laisse une signature sur le sol: "Le prince Ne Cha est passé." Plus tard, il tombe amoureux de Ah Tze, la fille que fréquente le voyou.

   
1994 Vive l'amour

(Aiqing wansui). Avec : Yang Kuei-mei (May), Chen Chao-jung (Ah-jung), Lee Kang-sheng (Hsiao-kang). 1h58.

Hsiao-kang travaille dans les pompes funèbres. Il vend des niches de colombariums, destinées aux cendres des morts. Mei est agent immobilier. Elle vit seule dans un petit appartement. Ah Jung vend des vêtements pour femmes dans la rue, la nuit, en face d'un grand magasin. Par une nuit d'hiver, ils s'introduisent tous les trois dans un appartement vide, au coeur de Taïpei. Ils sont ensemble. Ils sont seuls...

   
1995 Wo xin renshi de pengyou

 

Téléfilm. 0h56. Documentaire sur le sida à Taiwan. Conversation du directeur d'hopital avec deux malades dont l'identité est gardée secrète.
   
1997 La rivière

(He-Liu). Avec : Lee Kang-sheng, Tien Miao, Chen Chao-jung, Chen Shiang-chyi, Chang Long. 1h55.

"Xiao-Kang, un jeune homme desoeuvre, accompagne une amie sur le tournage d'un film. La la realisatrice filme une scene ou un cadavre flotte dans un fleuve pollue. Mecontente du mannequin utilise, elle demande au jeune homme de le remplacer. Il accepte. Le lendemain Xiao-Kang ressent de violentes douleurs dans la nuque et aux epaules. Rien ne le soulage, la douleur s'amplifie et il est sur le point de devenir fou."

   
1998 The hole

(Dong). Avec : Yang Kuei-mei , Lee Kang-sheng , Miao Tien.1h30.

A la veille de l'an 2000, dans une ville taïwanaise une épidémie oblige les gens à quitter la ville. Les effets de cette épidémie transforment les gens et leurs attitudes qui deviennent proches de celles des cafards .

   
2001 Et là-bas, quelle heure est-il ?

(Ni neibian jidian). Avec : Lee Kang-sheng (Hsiao-Kang), Chen Hsiang-chyi (Hsiang-chyi), Jean-Pierre Léaud (L'homme), Tien Miao (le père), Cecilia Yip (La fille de Hong Kong). 1h56.

Hsiao-Kang est vendeur de montres dans les rues de Taipei. Quelques jours après la mort de son père, il fait la connaissance d'une jeune femme, Hsiang-Chyi, qui part le lendemain pour Paris.

Hsiao-Kang, oppressé par le comportement de sa mère qui attend le retour de l'esprit de son mari défunt, se réfugie dans le souvenir de cette jeune femme et tente de se rapprocher d'elle en réglant toutes les montres et horloges de Taipei à l'heure de Paris.

Là-bas, à Paris, Hsiang-Chyi connaît un séjour empli de vicissitudes qui semblent mystérieusement liées à Hsiao-Kang.

   
2003 Goodbye, Dragon Inn

(Bu san). Avec : Kiyonobu Mitamura (le touriste japonais), Chen Shiang-chyi (l'ouvreuse). 1h20.

Dernière séance avant que cette salle de cinéma ferme ses portes pour toujours. Un jeune homme d'origine japonaise entre à l'intérieur du cinéma pour se protéger de la pluie.

   
2005 La saveur de la pastèque

(Tian bian yi duo yun) Avec : Lee Kang-sheng (Hsiao-Kang), Chen Shiang-chyi (Shiang-chyi), Lu Yi-Ching, Yang Kuei-Mei. 1h54.

La sécheresse est telle à Taïwan que la population est invitée à remplacer l'eau par le jus de pastèque. Elle, c'est en volant l'eau des toilettes publiques qu'elle subsiste. Lui, c'est en montant sur les toits, la nuit tombée, qu'il tente de se rafraîchir en se baignant dans les citernes d'eau de pluie....

   
2007 I don't want to sleep alone

(Hei yan quan) Avec : Lee Kang-sheng (Hsiao-kang), Norman Atun (Rawang), Chen Shiang-chyi (Chyi), Pearlly Chua (la patronne). 1h55.

Kuala Lumpur. Un sans-abri, Hsiao-kang, est attaqué un soir dans la rue. Ses agresseurs lui prennent tout ce qu’il a et le laissent pour mort. Des travailleurs bangladeshi le trouvent et le transportent chez eux. Il est alors pris en charge par l’un d’eux, Rawang, qui le soigne sur le vieux matelas qu’il vient de récupérer.

   
2009 Visage

Avec : Lee Kang-sheng (Hsiao-Kang) Fanny Ardant (la productrice), Laetitia Casta (Salomé), Jean-Pierre Léaud (Antoine). 2h21.

Un réalisateur Taïwanais tourne l'histoire du mythe de Salomé au Musée du Louvre. Bien qu'il ne sache ni l'anglais ni le français, il tient absolument à confier le rôle du roi Hérode au comédien Jean-Pierre Léaud. Pour donner à ce film quelque chance, la production confie le rôle de Salomé à une top-modèle de renommée internationale. Mais dès le début du tournage, les problèmes s'accumulent...

   
2013 Les chiens errants

(Jiao you). Avec : Lee Kang-sheng, Lee Yi-Cheng, Lee Yi-Chieh. 2h18.

Un père et ses deux enfants vivent en marge de Taipei, entre les bois et les rivières de la banlieue et les rues pluvieuses de la capitale. Le jour, le père gagne chichement sa vie en faisant l’homme sandwich pour des appartements de luxe pendant que son fils et sa fille hantent les centres commerciaux à la recherche d’échantillons gratuits de nourriture....

   
2014 Le voyage en occident

Documentaire. Avec : Lee Kang-sheng (Le moine), Denis Lavant (Dragon). 0h52.

Un moine bouddhiste traverse la ville agitée de Marseille à pas extrêmement lents, reprenant des marches rituelles bouddhistes vieilles de plusieurs siècles.

   
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Né en 1957
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histoire du cinéma : résistance des corps