La princesse de Montpensier

2010

Genre : Aventures

Avec : Mélanie Thierry (Marie de Montpensier), Lambert Wilson (François de Chabannes), Grégoire Leprince-Ringuet (Philippe de Montpensier), Gaspard Ulliel (Henri de Guise), Raphaël Personnaz (le Duc d’Anjou), Anatole de Bodinat (Joyeuse), Eric Rulliat (Quelus). 2h19.

1567, la France est sous le règne de Charles IX, les guerres de religion font rage. Marie de Mézières, une des plus riches héritières du royaume, aime le jeune Duc de Guise, celui que l'histoire prénommera plus tard "le Balafré". Elle pense être aimée de lui en retour.

Son père, le Marquis de Mézières, guidé par le souci d'élévation de sa famille, la pousse à épouser le Prince de Montpensier qu'elle ne connaît pas. Ce dernier est appelé par Charles IX à rejoindre les princes dans leur guerre contre les protestants. Le pays étant à feu et à sang, afin de protéger sa jeune épouse, le prince l'envoie en compagnie du Comte de Chabannes, dans l'un de ses châteaux les plus reculés, Champigny. Il charge le comte, son ancien précepteur et ami, de parfaire l'éducation de la jeune princesse afin qu'elle puisse un jour paraître à la cour...

A Champigny, Marie, insatisfaite, tente d'oublier la vive passion qu'elle éprouve toujours pour Guise. Le hasard des choses et le cours de la guerre feront que Guise et le Duc d'Anjou, futur Henri III, viendront séjourner à Champigny alors que Montpensier y a rejoint Marie. Anjou s'éprend à son tour de la princesse à laquelle Chabannes a succombé lui aussi. Elle deviendra alors l'enjeu de ces passions rivales et violentes.

La nouvelle de madame de La Fayette est une histoire d'amour fou où la princesse de Montpensier comme Madame de Tourvel dans Les liaisons dangereuses meurt de consomption lorsqu'elle est trahie par l'homme qu'elle aime. Comme La princesse de Clèves comme Deanie Loomis dans La fièvre dans le sang, la princesse de Montpensier est torturée de ne pouvoir assouvir physiquement sa passion. Bertrand Tavernier choisit de filmer tout autre chose que les tortures de l'âme et du corps. Il préfère s'attarder sur la violence des combats, l'élégance des mots, des robes et des décors

Un film d'amour sans scène d'amour.

Bertrand Tavernier flanque le duo amoureux enflammé de la princesse et du duc de Guise de deux comparses, le mari et le duc d'Anjou qui ont bien moins de place dans la nouvelle. Le comte de Chabannes, témoin impuissant dans la nouvelle devient ici un personnage beaucoup plus présent (les séquences éducatives : ecriture, étoiles, poésie) et bien plus actif (lorsqu'il ménage l'entrevue, il permet aussi la nuit d'amour inexistante dans la nouvelle). Si le film dure ainsi autant c'est bien parce que de deux personnages principaux, Bertrand Tavernier passe à cinq. S'il se révèle ennuyeux, c'est parce qu'il ne filme aucune scène d'amour. Le prince est un jaloux et un amant bien sage. Le duc d'Anjou, futur Henri III, plus brillant que Chabannes éclipse celui-ci en vivacité d'esprit. Et le pauvre duc de Guise n'est montré que comme un va-t-en guerre opportuniste.

Plus que l'amour, ce sont bien davantage les us et coutumes de la cour qui intéressent Tavernier : la cérémonie du dépucelage, la recette des anguilles, la superstition de Catherine de Médicis, la saint Barthélemy.

Caractéristique de cette dégradation de scène d'amour en scène aimable, la traversée de la rivière sur la barque. Chez Madame de la Fayette, Guise et Anjou prennent ensemble la barque avec la princesse qui n'a d'yeux et de sentiment que pour le premier qui partage sa passion. Tavernier en fait une scène de séduction ou Anjou fait preuve de décision et d'esprit en se joignant seul à la princesse qui lui répond par d'aimables coquetteries. Jamais la féerie évoquée par de Guise à la vue de la princesse sur l'eau n'est crédible, condamné qu'il a été par Tavernier à contourner la rivière à cheval.

Mouvements d'appareil (le premier plan du film notamment), musique haletante et actes ou décors symboliques (femmes enceintes embrochées au début et à la fin ou neige finale du renoncement) donnent du rythme à cette histoire. On regrette pourtant que Tavernier, qui n'a quand même plus rien à prouver en matière de savoir-faire, se contente d'une grammaire cinématographique et sentimentale aussi scolaire.

Jean-Luc Lacuve le 09/11/2010.

Bertrand Tavernier a déclaré : "En discutant avec Didier Le Fur, le grand spécialiste du XVIe, nous avons trouvé des résonances très contemporaines au récit de Mme de La Fayette. Comme, par exemple, le droit d'une jeune fille à avoir son propre destin, la manière dont elle vit entre le code de l'honneur, son éducation et son désir. Par ailleurs, Mme de La Fayette, issue du XVIIe, écrit sur le XVIe. Sachant que le XVIIe était devenu un siècle très puritain, alors que le XVIe ne l'était pas, on a supprimé certains filtres, mais sans jamais tordre les sentiments dépeints. On retrouve alors une vérité, une nudité très excitante."