1961 : Jean Delannoy, La Princesse de Clèves.
2008 : Christophe Honoré : La belle personne.

Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette, plus connue sous le nom de Madame de La Fayette est née le 18 mars 1634 à Paris, morte le 25 mai 1693. Elle a écrit le premier roman historique français, La Princesse de Clèves, souvent considéré comme le premier roman moderne.

Marie-Madeleine Pioche de La Vergne est née dans une famille aisée de petite noblesse, qui gravite dans l’entourage du cardinal de Richelieu. Sa mère, fille d’un médecin du roi, est au service de la duchesse Marie-Madeleine d'Aiguillon, qui l'est depuis sa naissance. Son père, Marc Pioche de la Vergne, écuyer du roi, meurt alors qu’elle n’a que quinze ans. L’année suivante, elle devient dame d’honneur de la reine Anne d’Autriche. Elle commence également à acquérir une éducation littéraire avec Ménage qui lui enseigne l’italien et le latin. Ce dernier l’introduit alors dans les salons littéraires en vogue de Catherine de Rambouillet, de la Marquise du Plessis-Bellière et de Madeleine de Scudéry.

En 1650, sa mère se remarie avec Renaud de Sévigné, l’oncle de Marie de Sévigné. Les deux femmes deviendront "les plus chères amies du monde" pour toujours.

En 1655, elle épouse, à l’âge de 22 ans, un Auvergnat de dix-huit ans son aîné, François Motier, comte de La Fayette dont elle aura deux fils. Elle l’accompagne dans ses domaines familiaux en Auvergne et dans le Bourbonnais bien qu’elle retourne fréquemment à Paris où elle commence à s’introduire dans la société de la cour et à ouvrir avec succès son propre salon. Leur bonheur conjugal semble avoir sombré après quelques années de mariage, après la naissance de leurs fils, date où François de La Fayette semble littéralement avoir disparu. La Bruyère a résumé ainsi cette étrange situation : « Nous trouvons à présent une femme qui a tellement éclipsé son mari, que nous ne savons pas s’il est mort ou en vie… »

On compte, parmi les connaissances de Marie-Madeleine de La Fayette, Henriette d'Angleterre, future duchesse d’Orléans, qui lui a demandé d’être sa biographe, le Grand Arnauld et les principaux auteurs français. Au tout début de la Fronde, elle a également été proche du cardinal de Retz.

Établie de façon définitive à Paris en 1659, elle fait paraître anonymement La Princesse de Montpensier en 1662. De 1655 à 1680, elle sera étroitement liée avec La Rochefoucauld (l’auteur des Maximes), dont elle dira : "M. de La Rochefoucauld m’a donné de l’esprit, mais j’ai réformé son cœur". La Rochefoucauld présente Marie-Madeleine de La Fayette à beaucoup de grands esprits littéraires du temps, y compris Racine et Boileau. 1669 voit la publication du premier tome de Zaïde, un roman hispano-mauresque édité sous la signature de Segrais mais presque certainement dû à La Fayette. Le deuxième volume paraît en 1671. Zaïde fut l’objet de rééditions et de traductions notamment grâce à la préface de Huet.

Le roman le plus célèbre de Marie-Madeleine de La Fayette est La princesse de Clèves d’abord édité anonymement en mars 1678. Cette œuvre, dont le succès fut immense, passe souvent pour être le premier véritable roman français et un prototype du début du roman psychologique.

La mort de La Rochefoucauld en 1680 puis de son mari en 1683 la conduit à mener une vie sociale moins active dans ses dernières années. Elle s'est clairement retirée de la vie mondaine, afin de se préparer à la mort, avec une perspective eschatologique, très présente à l'époque. Trois de ses ouvrages ont été édités à titre posthume : La Comtesse de Tende (1718), Histoire d’Henriette d’Angleterre (1720) et Mémoires de la Cour de France (1731).

 

Principales adaptations par odre chronologique

La princesse de Montpensier Betrand Tavernier France 2010
Nous, Princesses de Clèves. Régis Sauder France 2011
La belle personne Christophe Honoré France 2008
La fidélité Andrzej Zulawski France 2000
La Lettre Manoel de Oliveira France 1999
La Princesse de Clèves Jean Delannoy France 1961



Les oeuvres de Mme de La Fayette et leurs adaptations

1662 : La princesse de Monpensier
1671 : Zaïde, histoire espagnole
1678 : La princesse de Clèves
1718 : La Comtesse de Tende
1720 : Histoire de Madame Henriette d'Angleterre
1731 : Mémoires de la cour de France pour les années 1688 et 1689

 


La princesse de Monpensier
1662

voir : la nouvelle intégrale

Pendant que la guerre civile déchirait la France sous le règne de Charles IX, la fille unique du marquis de Mézières, héritière très considérable, était promise au duc du Maine, cadet du duc de Guise. Celui-ci qui la voyait souvent, en devînt amoureux et en fut aimé. Ils cachèrent leur amour avec beaucoup de soin. La maison de Bourbon, s’apercevant de l’avantage qu’elle recevrait de ce mariage, se résolut à faire épouser cette héritière au jeune prince de Montpensier. Toute la maison de Guise fut extrêmement surprise de ce procédé, mais le duc en fut accablé de douleur. Mlle de Mézières, tourmentée par ses parents d’épouser ce prince, voyant d’ailleurs qu’elle ne pouvait épouser le duc de Guise se résolut enfin de suivre le sentiment de ses proches et conjura M. de Guise de ne plus apporter d’obstacle à son mariage. Elle épousa donc le prince de Montpensier qui, peu de temps après, l’emmena à Champigny, séjour ordinaire des princes de sa maison, pour l’ôter de Paris où apparemment tout l’effort de la guerre allait tomber.

La seconde guerre de religion ayant débuté et le prince de Montpensier y participant, la princesse de Montpensier séjourne au château de Champigny, en compagnie du comte de Chabanes ; le comte tombe amoureux de la princesse, en fait l'aveu et est rejeté. La guerre prend fin (1568), le prince de Montpensier est de retour à Champigny.

Après une reprise de la guerre, le duc de Guise et le duc d'Anjou s'égarent dans la forêt. Arrivés au bord d'une rivière, ils aperçoivent une femme dans un bateau, qui se trouve être la princesse de Montpensier. Tous se rendent au château de Champigny. À cette occasion le duc d'Anjou devient lui aussi amoureux de la princesse de Montpensier. Après le départ des deux ducs, le prince laisse éclater sa jalousie. À Paris, le duc de Guise et la princesse se déclarent ouvertement leur amour, tandis que le duc d'Anjou, dans l'ignorance des sentiments qui les rapprochent, courtise la princesse. Lors d'un bal masqué donné à l'occasion du mariage de Charles IX avec Élisabeth d'Autriche en 1570, la princesse de Montpensier, croyant parler au duc de Guise, révèle par accident sa relation au duc d'Anjou. Ce dernier en conçoit une haine violente pour son rival.

Après le mariage de Madame et du roi de Navarre (18 août 1572) à Blois, le prince de Montpensier, soupçonneux, ordonne à sa femme de rejoindre Champigny. La princesse de Montpensier choisit alors le comte de Chabanes pour qu'il porte les lettres que le duc de Guise et elle-même sont convenus d'échanger. Le roi éloigne les princes de la maison de Bourbon et de celle de Guise de Paris ; le prince de Montpensier est donc de nouveau auprès de sa femme.

Le duc de Guise se rend à Champigny et sollicite un rendez-vous de la part de la princesse de Montpensier. Le comte de Chabanes s'offre comme intermédiaire. La nuit venue, il fait entrer le duc dans la chambre de la princesse. Alors que le prince de Montpensier s'apprête à les surprendre, le comte de Chabanes se fait passer pour l'amant, permettant au duc de Guise de s'enfuir. La princesse s'évanouit.

La princesse de Montpensier est malade, le prince est rappelé à Paris. La Saint-Barthélemy éclate, au cours de laquelle est tué le comte de Chabanes. Le duc de Guise devient amoureux de madame de Noirmoutier, nouvelle provoquant une rechute chez la princesse de Montpensier. Elle meurt quelques jours après

 

2010. Betrand Tavernier : La princesse de Montpensier. Avec : Mélanie Thierry (Marie de Montpensier), Lambert Wilson (François de Chabannes). 2h19.

1567, la France est sous le règne de Charles IX, les guerres de religion font rage. Marie de Mézières, une des plus riches héritières du royaume, aime le jeune Duc de Guise, celui que l'histoire prénommera plus tard "le Balafré". Elle pense être aimée de lui en retour. Son père, le Marquis de Mézières, guidé par le souci d'élévation de sa famille, la pousse à épouser le Prince de Montpensier qu'elle ne connaît pas...


La princesse de Clèves
1678

L’action se déroule, en 1558, à la cour du roi Henri II. Mademoiselle de Chartres, jeune orpheline de seize ans élevée par sa mère paraît pour la première fois au Louvre. Le prince de Clèves, ébloui par sa beauté, la demande en mariage. Mademoiselle de Chartres accepte ce mariage de raison.

Trop tard, la Princesse de Clèves rencontre le duc de Nemours. Naît entre eux une passion immédiate et partagée, à laquelle sa mère, Madame de Chartres la conjure de renoncer : "Ne craignez point de prendre des partis trop rudes et trop difficiles, quelque affreux qu’ils vous paraissent d’abord : ils seront plus doux dans les suites que les malheurs d’une galanterie".

Le roman décrit avec beaucoup de minutie les étapes du sentiment amoureux chez les trois personnages, ses effets sur leur comportement et la lutte de la princesse pour ne pas trahir les préceptes maternels.

 

Les cinq adaptations au cinéma

1961 : Jean Delannoy, La Princesse de Clèves. Avec : Marina Vlady (La Princesse de Clèves), Jean-François Poron (Le Duc de Nemours), Jean Marais (Le Prince de Clèves). 1h41.

Un soir de bal à la cour d'Henri II. La reine Catherine de Médicis, courtisée par le vidame de Chartres, est follement jalouse de Diane de Poitiers, maîtresse du roi. La dauphine, mal mariée, guette l'arrivée du duc de Nemours, quelle aime en secret. L'union du prince de Clèves, vieillissant, et de sa jeune et si belle épouse fait jaser. Un coup de foudre frappe en secret Nemours et la princesse lorsque le hasard, un jeu, les fait danser ensemble....

Delannoy joue de l'exotisme en reconstituant le XVe siècle et met en valeur grâce à la photo d'Henri Alekan, la beauté des costumes et des décors dans lesquels résonnent les dialogues parfaitement ciselés de Cocteau.

 

1999 : Manoel de Oliveira : La LettreAvec : Chiara Mastroianni (Mme de Clèves), Antoine Chappey (M. de Clèves), Pedro Abrunhosa (Lui-même), Françoise Fabian (Mme de Chartres), Leonor Silveira (la religieuse). 1h43.

Mme de Silva, à la tête de la fondation Gulbenkian, présente Mlle de Chartres à un médecin de grande réputation, Jacques de Clèves. Celui-ci était tombé amoureux de la jeune fille en la voyant choisir un collier avec sa mère chez un célèbre bijoutier de la place Vendôme.La jeune fille accepte de l'épouser sans pour autant éprouver de la passion pour lui. Cette passion, elle va la découvrir bien malgré elle, sous les traits d'un chanteur à la mode, Pedro Abrunhosa...

L'action de La lettre se situe à l'époque de son tournage (1998) l'action de La princesse de Clèves en 1558. Le déplacement du cadre temporel dépasse donc largement quelques décennies. Le spectateur de La lettre est en mesure de dater la diégèse grâce à une scène dans laquelle les protagonistes regardent la télévision (on y parle des 35 heures et de la ministre Martine Aubry). Nous sommes face à un film contemporain dans lequel les agissements et les propos des personnages sont constamment en porte-à-faux avec cette époque. Le cinéaste portugais a mis l'accent sur ce contraste et en a fait une des beautés du film. La coexistence de deux catégories de valeurs, celle du passé et celles du monde contemporain sont portées pour la première par Mme de Clèves (Chiara Mastroianni), sa mère (Françoise Fabian), son mari (Antoine Chappey), les secondes essentiellement par Pedro Abrunhosa et dans une moindre mesure par François de Guise. Cette opposition entre deux camps est signalée par la musique. La séquence du générique ainsi que la suivante sont accompagnées de musique diégétique, le concert de Pedro. Le monde moderne marque ainsi fortement sa présence dans la bande son. La troisième séquence nous transporte dans un concert de musique classique (Maria Joao Pires interprétant seule au piano une œuvre de Schubert).

Le squelette narratif du roman est conservé : une femme mariée à un homme (Clèves) qui l'adore tombe amoureuse d'un célibataire à la réputation de séducteur (Nemours) tout aussi énamouré. Elle résiste à la tentation, et non seulement en commet pas l'adultère mais elle fait l'aveu de ce sentiment à son mari, qu'elle estime, et comble du paradoxe, devenu veuve elle refuse de légitimer sa passion avec Nemours et se retire du monde

Le personnage du duc de Nemours est le seul à perdre son nom : il devient Pedro Abrunhosa, chanteur rock portugais (interprété par un vrai rocker portugais du nom de Pedro Abrunhosa). Certains ont déclaré qu'Oliveira avait choisi de faire du duc de Nemours une pop star parce que les stars sont l'équivalent moderne de ce qu'était l'aristocratie la plus brillante. L'affirmation ne tient pas puisque dans el roman tous les protagonistes appartiennent à la même caste, celle de la noblesse de cour. De plus Mme de La Fayette a poussé jusqu'à ses limites extrêmes une c convention de l'époque qui veut que les héros de roman soient tous admirablement beaux spirituels et vertueux. Il est dit explicitement au début de l'ouvrage que Mlle de Chartres est la plus belle fille de la cour et le duc le plus bel homme. C'est le seul protagoniste du film qui emploie une autre langue (dans son activité professionnelle) le portugais; l'attirance qu'éprouve Mlle de Chartres envers Pedro n'est pas l'amour du même déguisé mais l'amour de l'autre. En faisant de l'amant (au sens du XVe siècle) un chanteur de Rock, Oliveira confer donc à ce personnage une altérité totalement absente du roman. Particularité supplémentaire apportée par Oliveira : Catherine et Pedro n'échangent pas plus de vingt mots et quelques regards. Elle l'évite de peur de ne pouvoir résister à la force qui la pousse vers lui. Dans le roman, et cela est une astuce narrative qui rend son personnage tragique, ses tentatives d'évitement du duc de Nemours se voient contrariées par son mari qui l'enjoint d'être présente à la cour

A la fin du roman, il l'aime, elle l'aime, il est célibataire, elle est veuve. Tout est simple. Ils n'ont qu'à se marier. Et pourtant, elle refuse de l'épouser après s'être expliquée avec lui dans une dernière entrevue et se retire sur ses terres puis dans une maison religieuse. Oliveira préserve ce schéma à ceci près qu'il supprime la dernière entrevue mais il communique les explications de Mme de Clèves sur son retirement par l'intermédiaire de ses conversations avec son amie de Port royale. Cette religieuse est inventée par le cinéaste. Elle a été ajoutée pour introduire des éléments du roman issu des conversations entre le duc et la princesse ou des passages d'analyse psychologique. Le cinéaste avait donc besoin d'une confidente. Que celle-ci vécut dans un couvent n'était pas nécessaire à la bonne conduite du récit. Cela lui permet toutefois d'accentuer la dimension sacrée.

 

2000 : Andrzej Zulawski : La fidélité. Avec : Sophie Marceau (Clélia), Pascal Greggory (Clève), Guillaume Canet (Némo), Michel Subor (Rupert MacRoi). 2h45.

Jeune photographe de talent, Clélia est engagée par un magnat canadien de la presse à scandale. Il est entouré par une véritable cour, dominée par Diane, sa maîtresse. Un beau jour, la route de Clélia croise celle de Clève, un éditeur de 35 ans, qui tombe immédiatement amoureux de la jeune femme. Clélia accepte d'épouser Clève mais son travail l'amène à rencontrer, Nemo, un jeune photographe spécialisé dans les reportages choc...

tableau convulsif qui mise sur le naturalisme des dialogues et sur les comportements hystériques des personnages pour afficher les signes de la modernité.

 

2008 : Christophe Honoré : La belle personne. Avec : Louis Garrel (Jacques Nemours), Léa Seydoux (Junie), Grégoire Leprince-Ringuet (Otto), Esteban Carvajal-Alegria (Mathias). 1h34.

Junie, seize ans, change de lycée en cours d'année suite à la mort de sa mère. Elle intègre une nouvelle classe dont fait partie son cousin Mathias. Il devient son ambassadeur auprès de sa bande d'amis : Marie et son frère Henri qui a Catherine pour petite amie. Junie consent à devenir la fiancée d'Otto mais elle est bientôt confrontée au grand amour, celui de Nemours, son professeur d'italien

 

2011 : Régis Sauder : Nous, Princesses de Clèves. Avec : Manel, Aurore, Mona, Abou. 1h09

Marseille, quartiers Nord, Lycée Diderot en ZEP. Dans un atelier de lecture Anne Tesson, jeune professeure de français propose à des élèves de première et terminale d'étudier La Princesse de Clèves, premier roman moderne, c'est à dire psychologique, de la littérature française, écrit par Madame de Lafayette au XVIIe. Anne Tesson explique qu'il s'agit d'un roman situé en 1558 où les règles de la galanterie sont imposées par le roi lui même, Henri II, où, dès lors, la dissimulation est la règle, ce qui ne peut que conduire à sa perte la princesse éprise d'absolu.