La reine Margot

1994

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D'après le roman d'Alexandre Dumas. Avec : Isabelle Adjani (la Reine Margot), Daniel Auteuil (Henri de Navarre), Jean-Hugues Anglade (Charles IX), Vincent Perez (La Môle), Virna Lisi (Catherine de Médicis), Dominique Blanc (Henriette de Nevers), Pascal Greggory (Henri, duc d'Anjou), Jean-Claude Brialy (L'amiral Gaspard de Coligny), Miguel Bosé (Duc Henri de Guise), Julien Rassam (François, duc d’Alençon). 2h39.

Dans la France déchirée par les guerres de religion, le roi Charles IX, poussé par sa mère Catherine de Médicis, qui gouverne de fait, oblige sa sœur Marguerite de Valois, Margot, à épouser un prince protestant, Henri de Navarre, pour hâter la réconciliation des deux camps. De son côté, l'Amiral Gaspard de Coligny, chef de la faction protestante tente de convaincre Charles IX de déclarer la guerre à l'Espagne afin d'unifier la jeune noblesse de France contre un ennemi commun.

Henri de Navarre se sait le jouet des Médicis et voudrait convaincre Margot d'être son alliée dans ce jeu où ils ne sont que des pions. Margot, aveuglée par sa passion charnelle envers le duc De Guise, qu'elle espère pour sa nuit de noce, le repousse. Henri sait qu'ils sont espionnés et s'en va ; de même que De Guise qui était resté espionner. Dépitée, Margot parcourt les rues avec Henriette, sa femme de chambre, à la recherche d'un amant pour une nuit. Elle se donne à un huguenot, La Môle, qui la prend passionnément.

La Môle, auquel on a dérobé ses affaires, vend son livre à René le florentin, l'empoisonneur au service de Catherine de Médicis qui lui apprend que l'on vient de tuer Coligny. Catherine de Médicis a en effet fait assassiner celui qui avait pris trop d'ascendant sur son fils. Mais Coligny n'est que blessé et la colère des huguenots gronde. Margot tente vainement de faire fuir Henri et ses proches. Catherine de Médicis, Anjou et De Guise, par crainte des représailles, veulent tuer immédiatement tous les chefs protestants. Charles IX, désespéré de devoir ordonner la mort de Coligny, exige le massacre de tous les huguenots... Navarre excepté. Et à minuit, jour de la saint Barthelemy, le massacre commence sous la direction d'Hannibal Coconas. Armagnac, Coligny et tous les protestants de Paris, hommes et femmes sont exécutés. La Môle n'en réchappe que par miracle et vient, ensanglanté et rampant sous les coups, demander grâce à Margot qui le protège face à Coconas.

Margot fait son éducation politique. Aidant d'abord son mari, converti au catholicisme pour sauver sa vie, elle en vient à l'estimer, sinon à l'aimer, puis protège La Môle, qu'elle aime avec passion. Ce dernier, devenu l'ami de Coconas, un bouillant catholique, rejoint à l'étranger la résistance protestante.

Mais les événements se précipitent et rapprochent paradoxalement Henri de Navarre et Charles IX. Le poison que Catherine de Médicis destinait à Navarre tue par erreur le roi. Le clan Médicis s'effrite, Navarre - futur Henri IV - se révèle un habile tacticien et Margot échappe à la mort grâce à La Môle qui, lui, est exécuté avec son ami Coconas. Margot quitte Paris avec son époux, emportant la tête embaumée de son amant, alors qu'Anjou monte sur le trône sous le nom d'Henri III.

Drame passionnel, plein de sang, de désirs et de violences au temps des guerres de religion, en ce sens très fidèle au roman d'Alexandre Dumas. Cette fresque baroque, opératique, sanglante et pleine de bruits et de fureur, met neanmoins à mal l'histoire autour du massacre de la saint Barthelemy (1572). Chéreau pousse loin les clichés sur la politique cruelle et inefficace des assoiffés de sang et de pouvoir, Catherine de Médicis, De Guise et Anjou qui les conduit à la ruine alors que la figure d'Henri IV pointe sous celle d'Henri de Navarre. Probablment, Jeanne d’Albret et Charles IX sont morts de tuberculose et non d’empoisonnement ; Catherine de Médicis, Charles et Coligny étaient d’accord pour intervenir en Flandres ; Henri et Margot avaient 19 ans lors de leur mariage et  La Mole, catholique de quarante‐cinq ans, fut exécuté parce qu’il était le conseiller politique du duc d’Alençon, qui venait d’organiser une tentative de coup d’État.

Entre 1989 et 1993, neuf versions du scénario se succèdent. Entre la première et la dernière, la durée du film passe de 4h30 à 2h39, et son coût, de 200 à 120 millions de francs (18 millions d'euros). Cinq mois de tournage, des centaines de figurants, une équipe énorme, des kilos de costumes, un plateau qui se balade de la forêt de Compiègne à la basilique de Saint-Quentin, d'un palais lisboète au château de Maulnes. Des sangliers, des chevaux, des chiens et... l'indomptable Adjani, Margot, lucide, fragile et passionnée qui au final y laissera son âme.

Malgré le poids des fards et des étoffes, Chéreau veut de la légèreté, de la sensualité et des gros plans dans l'écrin monumental des décors. Parmi ses influences revendiquées, on trouve les tableaux de Zurbarán et de Rembrandt, mais aussi ceux de Goya, de Géricault et de Bacon.

La Reine Margot n'aura pas la Palme d'or (qui ira à Pulp Fiction, de Quentin Tarantino), mais obtiendra le Grand Prix du jury Virna Lisi ­Catherine de Médicis, reçoit un prix d'interprétation. Le film fera plus de deux millions d'entrées mais le public lui reproche néanmoins sa violence... et sa longueur. Devançant un accueil probablement mitigé aux États-Unis, le distributeur Miramax lance dès avril 1994 l’idée de projections-tests destinées à soumettre le film à l’avis des spectateurs américains. Il faudra deux séances pour obtenir les résultats attendus, et plusieurs mois de négociations entre le réalisateur et le distributeur pour aboutir à la création d’une version écourtée et différente. La nouvelle version raccourcie à 2 h 23 connaît bientôt une extraordinaire carrière à l’étranger et sort en France en décembre 1994, où elle suscite des réactions moins contrastées qu’à ses débuts.