La biographie d'Erich "von" Stroheim constitua longtemps un mystère, entretenu par lui-même. Il prétendait s'appeler Erich Oswald Hans Carl Marie Stroheim von Nordenwall, (né le 22 septembre 1895 à Vienne) fils d'un colonel au 6e régiment de Dragons et d'une dame de compagnie d'Elizabeth d'Autriche. En réalité, son père était un modeste fabricant de chapeaux de paille et de feutre, et sa mère une simple bourgeoise israélite. Aucun d'eux n'était d'ascendance noble. Seule, la date de naissance est exacte.

C'est lors de son exil aux États-Unis, vers 1908, que Stroheim décida de se forger une "légende", maintenue vivace jusqu'à sa mort, survenue en sa propriété de Maurepas, en France, le 12 mai 1957.

En 1914, Stroheim s'introduit à Hollywood, alors en pleine expansion, d'abord comme cascadeur, puis figurant. Sa silhouette de "Boche" cruel, au crâne rasé, au port altier et au sourire méprisant, sera vite fameuse. On le baptisera "l'homme que vous aimeriez haïr". Mais en même temps, il découvre les prestiges de la mise en scène, auprès d'un maître : David Wark Griffith. Il sera son assistant pour Naissance d'une nation, Intolérance et Coeurs du monde. Il travaillera également avec John Emerson, Allan Dwan et George Fitzmaurice.

Son premier film en tant que réalisateur sera, en 1919, Maris aveugles. Jusqu'en 1928, il tournera des films de plus en plus coûteux. Où s'exprimera librement son goût de la démesure psychologique, de la violence érotique et du baroque décoratif. Son chef-d'œuvre sera, en 1923, Les rapaces, qu'André Bazin a qualifié de "seul film d'imagination où le cinéma ait osé le réalisme intégral".

Mais cette prodigalité et ces audaces lui vaudront bientôt d'être mis sur la "liste noire" par les producteurs, notamment le tout-puissant Irving Thalberg. Après avoir été le prince prodigue du cinéma américain muet, Stroheim va devenir, au parlant, une sorte de spectre qui devra se résoudre à hanter les films des autres.

Cette seconde carrière d'acteur ne sera d'ailleurs pas négligeable. surtout en France où on le verra beaucoup entre 1936 et 1939 puis au lendemain de la guerre. Un rôle au moins sera digne de son passé : celui du capitaine von Rauffenstein dans La grande illusion de Jean Renoir. À signaler que Stroheim collabora aussi pendant cette période - sans toujours être crédité - à des scénarios ou des dialogues, entre autres ceux des Poupées du diable (Tod Browning, 1936), San Francisco (Woody S, Van Dyke, 1936) et La danse de la mort (Marcel Cravenne, 1947), et publiera des romans : "Paprika", "Les Feux de la Saint-Jean", "Poto-Poto"".

"L'œuvre de Stroheim allie singulièrement le naturalisme sordide à une sorte de romantisme désespéré. Elle apporte, dans un art fait de violence et de rage, le sens du romanesque et de la durée psychologique." (Jean Mitry).

Filmographie :

 

1919 Maris aveugles
  (Blind husbands) La loi des montagnes. Avec : Sam De Grasse, Francilla Billington, Erich Von Stroheim.

Une station de sports d'hiver des Dolomites, près de la frontière austro-italienne. Dans la diligence qui transporte les touristes, le docteur Armstrong, un chirurgien américain, lit son journal : sa femme Margaret rougit sous le regard insistant d'un officier autrichien, parfumé et tiré à quatre épingles, le lieutenant Erich von Steuben. A leur arrivée à l'auberge, les trois touristes sont accueillis par un guide de montagne, Sepp, surnommé " le silencieux"...

   
1920 Le passe-partout du diable
  (The devil's passkey). Film perdu
   
1922 Folies de femmes
(Foolish wives). Avec : Erich Von Stroheim, Maude George, Mae Bush.

Un aventurier cynique et libertin, Serge Karamzin, et ses deux "cousines", Olga et Vera, d'anciennes voleuses à la tire, se faisant passer pour des aristocrates russes en vacances, vivent dans une luxueuse villa de Monte-Carlo dans l'attente de gogos à plumer. Ceux-ci se présentent sous la forme d'un ambassadeur américain, Andrew J. Hughes, et de sa femme Helen...

   
1923 Chevaux de bois
  (Merry-Go-round)
   
1925 Les rapaces

(Greed) Avec : Gibson Gowland (McTeague), Zasu Pitts (Trina Sieppe), Jean Hersholt (Marcus Schouler), Tempe Piggott (mother McTeague). 2h20.

Mc Teague, ancien chercheur d'or, s'établit comme dentiste sans avoir de diplôme. Son ami Marcus lui fait faire la connaissance de Trina dont il s'éprend et qu'il épouse. Trina gagne à la loterie 5 000 dollars et cet argent provoque la rapacité de Mc Teague qui devient avare, ainsi que la haine de Marcus qui regrette de ne pas avoir épousé Trina, ce qui lui aurait permis d'avoir les 5 000 dollars....

   
1925 La veuve joyeuse
(The merry widow). Avec : Mae Murray (Sally), John Gilbert (Danilo), Roy D'Arcy (Mirko). 2h20.

Un dimanche matin comme les autres dans le petit royaume balkanique de Montebianco. A Castellano, la capitale, le roi Nikita 1er, son épouse la reine Milena et le baron Sadoja, vieillard à demi paralysé dont la fortune finance les besoins du royaume, sortent de la messe. Dans un petit village, ce même dimanche, l'armée prend ses quartiers après les traditionnelles manoeuvres -, à sa tête le bouillant prince héritier Mirko et son cousin, le prince Danilo...

   
1928 La symphonie nuptiale

(The wedding march). Avec : George Fawcett, Maude George, Erich Von Stroheim. 2h45.

A Vienne, en 1914, la famille aristocratique Von Wildeliebe-Rauffenburg est ruinée. Lee dernier ascendant, le prince Nicki devra faire un riche mariage pour redorer le blason familial. Sa mère va chercher pour lui la femme idéale. Le prince Nicki, débauché cynique, accepte le marché, mais un accident le met en présence d’une fille du peuple, Mitzi, harpiste dans jardin-débit de vin...

   
1928 Mariage de prince

 

(The honeymoon)
   
1928 Queen Kelly

Avec : Gloria Swanson, Walter Byron, Seena Owen.

La Reine Hélène de Hessau-Nassen doit épouser le Prince Wolfram von Hohenberg-Falsenstein qui est un ivrogne et un noceur. Chevauchant un jour, à la tête de son régiment, sur une route de campagne, le Prince Wolfram croise un groupe de jeunes conventines en promenade. Il remarque l'une d'elles, Patricia Kelly dont il s'éprend aussitôt...

   
1933 Walking down Broadway
  Film parlant, entièrement refait par Alfred Werker sous le titre Hello Sister !.
   
   
   
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(1885-1957)
9 films
   
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histoire du cinéma : naturalisme