Pentagon papers

2017

Genre : Biopic
Thème: Journalisme

(The Post). Avec : Meryl Streep (Kay Graham), Tom Hanks (Ben Bradlee), Sarah Paulson (Tony Bradlee), Bob Odenkirk (Ben Bagdikian), Tracy Letts (Fritz Beebe), Bradley Whitford (Arthur Parsons), Bruce Greenwood (Robert McNamara), Matthew Rhys (Daniel Ellsberg). 1h55.

Au Vietnam, le journaliste Daniel Ellsberg de la RAND Corporation est venu se rendre compte de la situation des combats. La RAND est un laboratoire d'idées (think-tank) au service de la décision politique et économique, financée par le gouvernement et des dotations privées. Dans l'avion qui le ramène à Washington, Daniel Ellsberg est appelé par Robert McNamara le secrétaire à la Défense de l'administration Johnson. Il lui confirme qu'il ne voit aucun progrès dans la situation militaire. Robert McNamara pense même que la guerre ne peut être gagnée mais il affirme le contraire aux journalistes qui l'attendent à sa descente d'avion.

Daniel Ellsberg exfiltre du Pentagone "Les Pentagon Papers" ou « Relations entre les États-Unis et le Viêt Nam, 1945-1967 : une étude préparée par le département de la Défense ». Il s'agit de 47 volumes totalisant 7 000 pages secret-défense émanant du département de la Défense à propos de l'implication politique et militaire des États-Unis dans la guerre du Viêt Nam. Il les photocopie avec application.

 Juin 1971. Au Washington Post on s'indigne de ne pas couvrir le mariage de Tricia la fille du président Nixon le lendemain, 12 juin. La chroniqueuse mondaine du journal s'est montrée trop irrévérencieuse lors de ses derniers articles et n'a pas été invitée. Le rédacteur en chef, Ben Bradlee, décide d'appeler les autres journaux. Il pense qu'ils seront solidaires face à cette censure de la presse et qu'ils lui donneront leurs notes en représailles permettant ainsi une publication par le journal

Katharine Graham, directrice de la publication, a d'autres soucis. Elle doit préparer l'entrée en bourse du journal afin de lui permettre de se développer et ne pas resté un journal provincial attaché à Washington. Elle est la première femme à la tête d’un grand journal américain mais ne doit sa position qu'au récent suicide de son mari auquel le père de Katherine avait confié les rênes du journal. C'est toujours dans l'ombre de ses conseillers qu'elle prend des discision auxquelles elle parvient pourtant elle-même. Fritz Beebe lui a ainsi fait répéter son discours pour le conseil d'administration mais le teindra finalement lui-même : si le prix de chacune des 1,3 millions d'action descend de 27 dollars à 24,4 cela coutera au journal l'emploi de 25 bons journalistes. Or Le Washington Post a toujousr misé sur la qualité de ses journalistes face à la concurrence.

Ben Bradlee est inquiet, il pense que le New York Times va bientôt sortir un scoop sur lequel travaille Daniel Ellsberg. Il demande à un stagiaire d'aller espionner le journal concurrent. Le stagiaire en revient avec la maquette du journal du lendemain "Pentagon papers" en occupe les gros titres. De son côté, Ben Bagdikian cherche à joindre Daniel Ellsberg.

Le 13 juin, le New York Times fait paraitre son premier article issu des Pentagon papers. Ben Bradlee est consterné. Certes son journal publie la chronique du mariage mais il est en train de rater le scoop du siècle. Un des rédacteurs reçoit alors, dans une boite à chaussures, quelques pages de ces Pentagon papers. Il les porte à son rédacteur en chef qui va ainsi pouvoir publier quelques articles mais ce ne sera que de la seconde main vis-à-vis du New York Times qui étudie ces documents depuis sept mois. Cependant le président Nixon est devenu fou de rage et obtenu, via le procureur général John Mitchell, une injonction de la cour fédérale intimant au journal de cesser de publier des extraits des Pentagon papers. Or Ben Bagdikian a réussi à localiser Daniel Ellsberg à New York et est revenu à Washington avec deux pleines caisses de photocopies des Pentagon papers. Ben Bradlee veut profiter de l'interdiction qui pèse sur le New York Times pour prendre le relais et commencer la publication. Il en avertit Katharine Graham

Celle-ci hésite. Il lui semble qu'elle va trahir son ami Robert mcnamara, qu'elle risque de mettre en péril le journal de son père et de priver ses enfants de leur héritage. Après une conversation téléphonique où s'affrontent son banquier, son plus proche conseiller et son rédacteur en chef, elle donne raison à celui-ci qui lance immédiatement l'impression. Le 18 juin, le Washington Post commence à publier ses propres séries d’articles. Le Post reçoit un appel du procureur adjoint, William Rehnquist, les sommant d’arrêter la publication des documents. Le Post refuse. Le gouvernement se retourne vers la cour suprême. Le 26 juin, la Cour suprême des États-Unis accepte de prendre en charge les deux affaires, les réunissant sous l’affaire New York Times Co. c. États-Unis. Le 30 juin, la Cour suprême statue par 6 voix contre 3 que les journaux peuvent continuer à publier.

Steven Spielberg a accepté avec enthousiasme de tourner un film dans l'urgence d'une situation politique où, à la veille de l'élection de Donald Trump, la liberté de la presse lui semble menacée. Hélas l'élection de celui-ci rend le film désuet par rapport aux coups bas perfides et grotesques répétés du nouveau locataire de la maison blanche. Reste un film efficace et féministe.

Le journalisme de papy

 "Pour assurer la liberté de publier, il faut publier", affirme Ben Bradlee. C'est certes un premier pas nécessaire mais la bataille pour l'émergence de la vérité ne fait que commencer. Or, ici, on en apprend bien peu sur les révélations contenues dans les Pentagon papers. C'est bien plutôt l'émotion suscitée par les mensonges de l'administration, qui savait la guerre perdue, qui suscite la colère de la population américaine.

Le journaliste se fait là davantage le vecteur de l'émotion populaire, qu'il sait potentiellement contenue dans les documents, que vérificateur des informations et capable de les défendre pied à pied face aux mensonges et attaques des parties adverses. Dès lors, ce sont des plans classiques de la gloire journalistique qui suscitent l'émotion du film. Plaisir des plans des journaux dont on découvre les gros titres à peine la pile jetée dans la rue au petit matin. Virtuosité des mouvements dans la salle de presse, mention spéciale pour le parcours de la boite à chaussure, et du plan final ou la chaine d'impression des journaux semble monter jusqu'au ciel alors que s'éloignent Ben et Katherine.

Pareillement, les cas de conscience de Ben et Katherine sont admis depuis bien longtemps : L'amitié et la proximité que les journalistes entretiennent avec les politiques nuisent à la recherche et à la révélation de la vérité. Ben fut trop proche des Kennedy et Katherine de Robert McNamara.

Le courage de mamy

Le personnage de Katherine est constamment magnifié. Elle prend le risque de ruiner son journal en sachant tout ce qu'elle perd avec cette belle scène avec ses jeunes enfants qui dorment et sa plus grande fille à laquelle elle demande courage en lui rappelant qu'elle l'avait soutenue à la mort de son père.

Katherine ouvre des portes du pouvoir (Conseils d'administration du journal, de la bourse, de ses conseillers) où ce sont toujours exclusivement des hommes qui s'y trouvent. Beau plan aussi de la sortie du tribunal où les hommes restent discourir en haut alors que Katherine fend la foule des femmes qui admirent son courage.

Plaisant mais manquant par trop de la complexité des batailles nécessaires à l'établissement de la vérité que l'on connait aujourd'hui, Pentagon papers est hélas un film inutile.

Jean-Luc Lacuve, le 9 février 2018