né en 1938
17 films
   
   
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histoire du cinéma : résistance des corps

Réalisateur, scénariste, producteur et acteur, Jerzy Skolimowski est né le 5 mai 1938 à Lodz. Profondément marqué par la guerre (il est retrouvé survivant dans les décombres de sa maison à Varsovie, tandis que son père résistant est fusillé par les Nazis), il manifeste peu d'intérêt pour les études, et se fait même souvent renvoyer. Il entreprend néanmoins des études universitaires de Littérature et d'Histoire afin d'échapper au service militaire à l'Université de Varsovie, dont il sort diplômé en 1959. Deux recueils de ses poèmes seront publiés. Passionné de Jazz, sa collaboration avec Krzysztof Komeda lui permet de rencontrer Andrzej Wajda.

Ce dernier lui confie alors l'écriture du scénario des Sorciers innocents. Sur les conseils de Wajda, il entre à l'école de cinéma de Lodz où il rencontre Roman Polanski. Ensemble ils écrivent le scénario du premier et très remarqué long métrage de Polanski Le Couteau dans l'eau. A peine âgé d'une vingtaine d'années, Jerzy Skolimowski a déjà à son actif plusieurs receuils de poèmes, une pièce de théâtre, des court-métrages, un documentaire (Akt) et plusieurs scénarii.

Dans la mouvance du vent libertaire qui balaye le cinéma d'Europe Centrale dans les années 60, avec des cinéastes comme Milos Forman qui insufflent un traitement ironique aux conflits inter-générationnels, Skolimowski participe au renouveau du cinéma polonais. L'engagement physique, la dépense, l'énergie se retrouvent justement dans ses films, tant dans la mise en scène et le montage qu'à l'écran, et resteront tout au long de sa carrière un signe particulier de sa poétique. Avec Signes particuliers : neant en 1964 (jusqu'à Success is the best revenge en 1984), il inaugure le premier film semi autobiographique d'une série de six sur le thème de la perte de l'innocence , dans lesquels il tient notamment le rôle récurrent du personnage Andrzej Leszezyc.

Après La Barriere en 1966, il signe Le Depart, dans lequel il dirige Jean-Pierre Léaud ; un film jugé mineur par son auteur, en dépit de l'Ours d'or qu'il remporte au Festival du film de Berlin. Il n'a selon lui pas la force ni la virulence de Haut les mains, qu'il a conçu comme "un gigantesque cri silencieux, une provocation pour les 32 millions de Polonais pour les faire réagir sur ce qui ne va pas dans le pays". Le film est d'ailleurs rapidement interdit, et ne visible à l'Ouest qu'en 1981 à Cannes.

A la fin des années 60, le cinéaste émigre au Royaume-Uni. Sa carrière s'internationalise. Ses premiers films dotés de budgets conséquents, comme Deep End, Les Aventures du brigadier Gérard (1970) d'après Conan Doyle ou encore Roi, Dame, Valet d'après Vladimir Nabokov sont des échecs cinglants en dépit d'acteurs et d'actrices de renom en haut de l'affiche.

Sa carrière subit une éclipse qui durera jusqu'au succès critique du Cri du sorcier en 1978. Il en a écrit le scénario en adaptant une nouvelle de Robert Graves. Le film obtient le Grand Prix du jury à Cannes. Nouveau succès avec Travail au noir, porté par Jeremy Irons, et prenant pour toile de fond la loi martiale décrétée par Jaruzelski en Pologne en 1980. Ce film reste le plus grand succès commercial du cinéaste, couronné du Prix du Meilleur scénario au Festival de Cannes en 1982.

Avec Le Bateau phare (1985), il signe sa première collaboration avec le cinéma américain. C'est sans doute son film le plus personnel, reflet de sa propre vie, de ses dégoûts et de ses difficultés. Le film raconte les angoisses d'un metteur en scène polonais en exil à Londres préparant un film sur la situation politique de son pays tandis que son propre fils cherche ses racines et traverse une crise identitaire. C'est la première apparition à l'écran de Michael Lyndon, son fils à l'origine du scénario. On retrouve celui-ci dans Les Eaux printanieres (1988) d'après Tourgueniev, l'occasion pour le cinéaste de revenir sur un genre qu'il avait tenter d'aborder sans succès dans Roi, Dame, Valet.

Après Ferdydurke (1991) d'après Witold Gombrowicz, il arrête le cinéma, consacrant surtout son temps à la poésie et la peinture. En tant qu'acteur, il avait joué dans les films des autres notamment dans Les innocents charmeurs d'Andrzej Wajda (1960), Le faussaire de Volker Schlöndorff (1981), Soleil de nuit de Taylor Hackford (1985). Il tourne ainsi dans Mars attacks ! de Tim Burton (1996), I Love L.A. de Mika Kaurismäki (1998), Avant la nuit de Julian Schnabel (2000), Les promesses de l'ombre de David Cronenberg (2008).

Il tente de revenir au cinéma en 2004 avec In America, qui devait réunir Dennis Hopper et Isabelle Huppert mais le film n'aboutit pas. Ce ne sera heureusement pas le cas avec Quatre nuits avec Anna présenté à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs en 2008, un film noir, intimiste, qui dissèque l'univers mental de son héros dans une dialectique objectif-subjectif, entre naturalisme et poésie, fidèle en cela à l'ensemble de l'oeuvre de Skolimowski, celle d'un homme fortement marqué par son pays et par l'exil, un homme qui évolue avec pessimisme mais énergie dans un monde fait de désillusions et de concessions à un système haï.

Bibliographie :

Filmographie :

1964 Signe particulier : néant

(Rysopis). Avec : Jerzy Skolimowski (Andrzej Leszczyc), Elzbieta Czyzewska (Theresa / Barbara / la femme au foyer), Tadeusz Mins (Mundzek), Andrzej Zarnecki (Raymond). 1h14.

Les errances d’un jeune homme, la veille de son départ pour le service militaire.

   
1965 Walkover

Avec : Jerzy Skolimowski (Andrzej Leszczyc), Aleksandra Zawieruszanka (Teresa Karczewska), Krzysztof Chamiec (le directeur du Conglomérat), Andrzej Herder (Marian Pawlak). 1h30.

Un jeune homme, désoeuvré, se laisse convaincre par un entraîneur de participer à un combat de boxe.

   
1966 La barrière
 

(Bariera). Avec : Joanna Szczerbic (le conducteur du tram), Jan Nowicki (le protagoniste), Tadeusz Lomnicki (un médecin), Maria Malicka (la femme de ménage), Zdzislaw Maklakiewicz (le vendeur de papier), Ryszard Pietruski (le chef serveur). 1h23.

Sur un coup de tête, un jeune homme laisse tout tomber pour partir à la conquête du monde. Le choc des générations dans la Pologne des années 60.

   
1967 Le départ

Avec : Jean-Pierre Léaud (Marc), Catherine-Isabelle Duport (Michèle), Jacqueline Bir (la femme), Paul Roland (le patron). 1h31.

Marc, un garçon-coiffeur de dix-neuf ans, ne rêve que d'une chose : pouvoir s'aligner au départ d'un rallye automobile dont le coup d'envoi sera donné dans deux jours. Avec la complicité d'un ami, il vole un véhicule chez un concessionnaire automobile en se faisant passer pour le secrétaire d'un maharadjah...

   
1953 Dialogue

 

Séquence Dialóg 20 de Dialóg 20-40-60, film collectif coréalisé avec Zbynek Brynych et Peter Solan où trois générations de couples évoquent l'amour.

Avec : Jean-Pierre Léaud, Joanna Szczerbic, Viera Strnisková, Jirí Holý, Jozef Kroner.
   
1967 Haut les mains

 

(Rece Do Gory).
   
1970 Les aventures du brigadier Gérard

 

(The Adventures of Gerard)
   
1970 Deep end

(Na samym dnie ). Avec : John Moulder-Brown (Mike), Jane Asher (Susan), Karl Michael Vogler (l'instructeur de natation). 1h35.

Adolescent, Mike, tout juste sorti du collège, trouve son premier job dans un établissement de bains municipaux situé dans les quartiers pauvres de Londres. Il se lie à Susan, vingt-trois ans, la responsable des cabines pour femmes, qui lui indique la façon d'arrondir ses mois en se montrant accueillant avec certaines clientes solitaires...

   
1972 Roi, dame, valet
 

(Herzbube). Avec : Gina Lollobrigida (Martha Dreyer), David Niven (Charles Dreyer), John Moulder-Brown (Frank), Mario Adorf (Professeur Ritter), Carl Duering (Enricht), Barbara Valentin (l'opticien), Sonia Hofmann (Sonia), Erica Beer (Frieda), Elma Karlowa (Hanna), Mogens von Gadow (Piffke). 1h34.

Charles Dreyer, riche commerçant vieillissant, est marié à Martha, une belle italienne dont le titre d’héritière se voit contrecarré par l’arrivée de Frank, un beau neveu de 19 ans...

   
1978 Le cri du sorcier

(The Shout). Avec : Alan Bates (Crossley), Susannah York (Rachel Fielding), John Hurt (Anthony Fielding), Robert Stephens (l'homme médical), Tim Curry (Robert Graves), Julian Hough (le Vicaire), Carol Drinkwater (l'épouse), John Rees (un inspecteur), Jim Broadbent (le chasseur dans la bouse), Susan Wooldridge (Harriet). 1h26.

L'écrivain Robert Graves assiste à un match de cricket qui oppose l'équipe des pensionnaires d'un hôpital psychiatrique à celle des habitants d'un village voisin. Il écoute avec curiosité la théorie d'un médecin-chef qui compare les cas de folie aux différences de structures des arbres. Le médecin laisse l'écrivain en compagnie d'un de ses malades, Charles Crossley, réputé, pour sa vive intelligence. Celui-ci confie qu'il a vécu pendant dix ans en Australie et qu'il s'est initié aux secrets de la magie des aborigènes. Un os taillé pouvait attirer toutes sortes de malédictions sur une personne choisie. Mais Charles Crossley évoque surtout la redoutable puissance du cri qui tue. Pendant son séjour australien, le sorcier avait fait la connaissance d'un couple en crise. Anthony délaissait son épouse Rachel et partageait son temps entre l'église et le laboratoire. A l'église, il retrouvait une jeune maîtresse. Au laboratoire, il se livrait à de passionnantes recherches sur le seuil absolu des sensations auditives. C'est ainsi qu'il découvrait des sons nouveaux par des techniques d'amplification. Le sorcier profita de cette situation pour séduire l'épouse et humilier le mari. Il poussa alors son cri qui entraîna la mort d'un berger.

Un violent orage met fin au récit. Charles Crossley meurt tragiquement et Rachel, qui appartient en fait au monde de l'hôpital, détache une boucle attachée au cou du cadavre... L'objet servait peut-être aux rituels d'envoûtement. On ne saura jamais quelle fut la part de réalité et celle du délire dans cette mystérieuse histoire du cri qui tue...

   
1982 Travail au noir
(Moonlighting). Avec : Jeremy Irons (Novak), Eugene Lipinski (Banaszak), Jirí Stanislav (Wolski). 1h37.

Un riche Polonais désireux de prendre sa retraite en Grande-Bretagne fait venir à Londres, directement de Varsovie, trois maçons, Kudaz, Wolski et Banazak, et leur contremaître, Novak pour restaurer sa vieille maison. Il paiera ainsi ce travail "au noi " moins cher qu'aux tarifs anglais; quant à ses ouvriers, ils gagneront en un mois l'équivalent d'un an de leur salaire en Pologne. ...
   
1984 Le succès à tout prix

(Success is the Best Revenge). Avec : Michael York (Alex Rodak), Joanna Szczerbic (l'épouse), Michael Lyndon (Adam). 1h31.

Polonais, Alex Rodak, metteur en scène de théâtre, vit en exil à Londres avec sa femme, Alicia, et son fils, Adam. Passionné de football, Adam, qui a presque seize ans, joue chaque semaine avec son père dans une équipe d'exilés polonais. Habitué à connaître la défaite à l'issue des rencontres, Alex, plus préoccupé par sa prochaine pièce, n'y attache guère d'importance; il n'en est pas de même pour Adam, car ce serait peut-être l'occasion de se faire des copains, lui qui est souvent à l'école le "sale polonais"...

   
1985 Le bateau phare

(The lightship). Avec : Klaus Maria Brandauer (Capitaine Miller),Michael Lyndon (Alex), Robert Duvall (Caspary). 1h32.

Dix ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale. Un soir, sur le quai d'un petit port des côtes de Virginie, le capitaine Miller vient chercher Alex, son fils, un jeune délinquant que la police lui remet. Ensemble, ils gagnent le bateau-phare, dont Miller est le commandant. Le lendemain matin, un homme d'équipage signale un canot endommagé à la dérive. Il s'agit de trois naufragés qui se révèlent être de dangereux criminels : l'énigmatique Caspary, raffiné et posé et deux frères, des brutes sans cervelle, Eugene et Eddie...

   
1988 Les eaux printanières

(Acque di primavera). Avec : Timothy Hutton (Sanin), Nastassja Kinski (Maria), Valeria Golino (Gemma Rosselli), William Forsythe (Polozov), Urbano Barberini (Von Doenhof), Francesca de Sapio (Mme Rosselli), Jacques Herlin (Pantaleone), Antonio Cantafora (Richter). 1h41.

En 1840, Dimitri Sanine, un jeune aristocrate russe sur la route du retour, tombe amoureux fou de Gemma Rosselli lors d'une halte à Mayence. Prêt à tout pour elle, il repousse son départ et veut épouser Gemma, qui rompt ses fiançailles pour lui. Dimitri, qui veut s'installer en Allemagne, entreprend alors de vendre ses terres en Russie où il rencontre la belle Maria Polozov...

   
1991 Ferdydurke

Avec : Fabienne Babe (Sophie), Pawel Bawolec (Fizz), Jerzy Binczycki (Professeur Filidor) Iain Glen (Joey). 1h36.

Varsovie, en 1939. À trente ans, Joey est désormais entré dans l’âge adulte. Il s’essaie à l’écriture. Un jour, le vieux professeur Pimko vient lui rendre visite. Joey tente de faire croire qu’il n’est pas là, mais le vieil homme persévère. Il lit quelques lignes écrites par son élève. Son jugement est sévère : Joey doit tout réapprendre. Il le renvoie au collège. La reprise est dure. Si Pimko le guide dans ses nouveaux premiers pas, il l’abandonne bientôt parmi les lycéens, qui ne lui font aucun cadeau...

   
2008 Quatre nuits avec Anna

(Cztery noce z Anna). Avec : Artur Steranko (Leon Okrasa), Kinga Preis (Anna), Jerzy Fedorowicz. 1h27.

Dans une petite ville en Pologne, Léon Okrasa est employé dans un hôpital. Il a, dans le passé, été témoin d'un viol brutal. La victime, Anna, est une jeune infirmière qui travaille dans le même hôpital. Léon passe son temps à espionner Anna, à la guetter de jour comme de nuit. Cela devient une véritable obsession…

   
2011 Essential killing

Avec : Vincent Gallo (Mohammed), Emmanuelle Seigner (Margaret), Zach Cohen, Iftach Ophir (les entrepreneurs américains), Nicolai Cleve Broch, Stig Frode Henriksen (les pilotes d'hélicoptères), David L. Price (l'officier de l'interrogatoire). 1h23.

Capturé par les forces américaines en Afghanistan, Mohammed est envoyé dans un centre de détention tenu secret. Lors d'un transfert, il réchappe d'un accident et se retrouve en fuite dans une forêt inconnue. Traqué sans relâche par une armée sans existence officielle, Mohammed fera tout pour assurer sa survie.

   
   
   
   
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