Essential killing
2011

Un hélicoptère survole une région désertique d'Afghanistan, passant au-dessus de trois américains en mission spéciale. Deux de ceux-ci sont de jeunes entrepreneurs américains, plus préoccupés des profits de leurs entreprises respectives que de leur sécurité, assurée par un soldat. Au fond d'un canyon, ils approchent sans s'en apercevoir du lieu d'une ancienne embuscade où a été tué un soldat afghan. Mohammed, un civil afghan affolé de se trouver là, prend l'arme du soldat mort et part se réfugier dans une grotte. C'est malheureusement devant celle-ci que le groupe des trois Américains décide de se reposer. Le soldat américain finit par détecter sa présence, et, lorsqu'il s'approche, Mohammed arme la rocket qui tue les trois hommes en face de lui. L'hélicoptère, alerté par le tir, revient sur les lieux du drame et fait exploser une rocket près de Mohammed, le laissant inanimé jusqu'à ce qu'une patrouille envoyée toute exprès le fasse prisonnier.

Mohammed, vêtu d'une tenue orange, est interrogé sans management par des soldats américains. Rendu sourd par l'explosion, il ne peut répondre même lorsqu'un traducteur pose les questions. Il est alors torturé.

Il est ensuite envoyé par avion dans un centre de détention secret. Une fois l'avion posé, un convoi de 4x4 part, dans la nuit et sous la neige, vers la prison. Des sangliers obligent la voiture de tête à s'arrêter brusquement et celle de Mohammed, en freinant, verse dans le fossé. Tous les occupants sont tués sauf Mohammed qui parvient à se cacher dans les fourrés. Il parvient à s'enfuir mais les pieds nus enchainés, il comprend vite qu'il ne pourra survivre et décide de retourner se rendre.

Les soldats qui gardent l'épave de la voiture ont mis la musique à fond dans leur voiture et l'un d'eux téléphone à sa femme lorsque Mohammed approche derrière lui, laissant son arme facile à retourner contre lui. Mohammed s'en saisit et l'abat comme il abat le conducteur du 4x4. Après avoir parcouru quelques kilomètres en voiture, il abandonne celle-ci. Il s'est défait de ses liens, muni de chaussures, d'une arme et d'une lampe. Au matin, il est pris en chasse par l'armée qui le repère dans la forêt depuis un hélicoptère. L'escadron de chasseurs alpins guidé par des chiens se rapproche de Mohammed d'autant plus que celui-ci est victime d'un piège à loup qui ensanglante son pied, qu'il parvient à grand peine à extraire de sa chaussure. A bout de souffle, Mohammed fuit encore et découvre un chien, lui aussi victime d'un piège à loup. Il le libère tout en lui accrochant sa chaussette ensanglantée au cou. Les chasseurs alpins de l'armée se laissent guider par le chien à la chaussette qui les éloigne de Mohammed. Seul le chien d'un soldat attardé détecte sa présence. Mohammed fuit et tombe dans un ravin bientôt suivi du militaire et de son chien qui survit un temps à son maitre. Mohammed, à bout de forces, parvient à le tuer.

Les soldats se sont perdus. Mohammed est désormais bien équipé avec la tenue blanche du chasseur alpin et la neige tombe brouillant sa piste. Le désespoir le gagne néanmoins devant l'étendue désertique et inhospitalière. Sa préoccupation principale est maintenant de se nourrir. Il ne peut utiliser son arme contre des biches et se résout à manger de la mousse, du lichen, des fourmis et des baies. Celle-ci sont hallucinogènes et Mohammed revoit quelques images de son passé afghan, sa ville, sa femme et son enfant sans doute. Marchant jours et nuits, il finit par entendre le bruit d'un moteur. C'est le camion d'un bucheron qui finit de charger des troncs d'arbres. Mohammed se cache sur le haut du convoi et saute du camion quand celui-ci parvient près du camp des bucherons. Ceux-ci abattent des arbres et l'un d'eux vient se fracasser sur Mohamed, le laissant inconscient. Un bucheron s'approche pour découper le tronc, ce qui réveille et libère Mohammed. En s'extrayant, il est vu par le bucheron qu'il tue avec sa tronçonneuse pour éviter qu'il ne le dénonce.

Mohammed est blessé. Le sang qui coule de son abdomen est le sien. Il est aussi mort de faim. Il parvient à dérober un poisson à un pécheur. Lorsqu'il parvient près d'une route, il croise une femme à vélo. Elle allaite un bébé et Mohammed l'oblige à lui donner l'autre sein. A bout, dégouté par sa propre attitude qui l'a fait hésiter à tuer la femme, il s'enfuit lorsqu'une voiture approche.

La nuit, Mohammed s'endort au pied d'un arbre et rêve d'un cheval blanc sur lequel tombe du sang. Un chien vient le réveiller et, en le suivant, il arrive près d'une ferme. Le paysan très saoul part en tracteur. Reste la femme, Margaret, sourde muette qui prend soin de lui et le cache des militaires qui se sont rapproché de Mohammed. Margaret le pense et, au matin, la laisse partir avec le cheval blanc. Mohammed s'éloigne, sa blessure se rouvre et dégénère en hémorragie interne. Le sang coule à flot de la bouche de Mohammed et se répand sur le cheval blanc. Bientôt le cheval erre seul dans la plaine.

Skolimowski signe un film profondément pacifiste, doté d'une dramaturgie très efficace et d'un sens de l'épure formelle splendide.

A l'évidence, il s'agit là d'une fable pacifiste. Les moyens technologiques déployées par l'armée des Etats-Unis (hélicoptères, avions, armes sophistiquées) sont de peu de poids par rapport à un homme qui doit assurer sa survie. Mais mieux que la disparité des moyens, c'est l'absurdité des situations que Skolimowski met en scène. Jamais les Américains ne sont concernés par ce qu'ils font. C'est ce qui leur coûte la vie et, probablement, la guerre. Les pilotes d'hélicoptère ont des conversations futiles tout comme les jeunes entrepreneurs qui plaisantent sans prendre garde aux dangers du lieu. Il en est de même pour les gardiens de l'épave de la voiture qui écoutent de la musique ou téléphonent à leur femme. Si la violence et la répression n'avaient pas été aussi fortes, Mohammed n'aurait pas eu à faire usage d'une violence qui le traumatise, l'exténue et finira par le tuer. Cette absurdité de la violence frape à l'évidence dans l'épisode du poisson volé et de la femme contrainte à donner son lait.

La nature indifférente à la violence humaine

Skolimowski développe une dramaturgie très efficace faite de multiples surprises (l'explosion de la rocket, l'accident de voiture, l'impossibilité de se constituer prisonnier et le début de la fuite, le piège à loup et la chaussette portée par le chien, la découverte des bucherons, la pause chez Margaret) et de multiples "plateaux de jeu" dans cette course à la survie (désert afghan, nuit de neige, course poursuite, recherche de nourriture) sans jamais perdre de vue la douleur intérieure de plus en plus grande de son personnage dont l'âme légère (les visions de l'Afghanistan) se charge et se répand en sang sur le cheval blanc innocent. Cette innocence de la nature, parfaitement indifférente et calme, rend plus insupportable le chemin de croix de Mohammed. A la pureté formelle des paysages répond le visage parfait sans excès, concentré sur sa douleur, de Vincent Gallo. Rarement un prix d'interprétation aura été à ce point mérité.

Jean-Luc Lacuve le 14/04/2011

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Avec : Vincent Gallo (Mohammed), Emmanuelle Seigner (Margaret), Zach Cohen, Iftach Ophir (les entrepreneurs américains), Nicolai Cleve Broch, Stig Frode Henriksen (les pilotes d'hélicoptères), David L. Price (l'officier de l'interrogatoire). 1h23.