Londres, 1846. Avec ses mélodies et ses robes suggestives, la chanteuse Gloria Vane fait scandale au théâtre Adelphi. Son amant, Albert Finsbury, est criblé de dettes. Il falsifie un billet à ordre Bobby Wells, un de ses amis surnomé “Pudding”, pour s’octroyer 600 livres supplémentaires. Nommé capitaine dans le régiment de sa Majesté aux Colonies, il doit quitter l’Angleterre pour l’Australie, et promet à Gloria de revenir la chercher dans un an. Mais le père de Bobby découvre la supercherie et veut poursuivre Finsbury en justice. Gloria s’accuse à sa place. Le tribunal, qui veut faire de son cas un exemple, la condamne à sept ans de bagne.

A Paramatta, la rude prison pour femmes de Sydney, Gloria n’est que le matricule 218. Elle fait parvenir une lettre à Finsbury pour qu’il la libère, car il réside là avec sa garnison. Il s’enquiert incognito de son état et demande sa grâce au gouverneur. Ce dernier refuse, le nomme commandant et l’encourage à courtiser sa fille Mary. Pris de remords, Finsbury confie à son ami Gilbert son histoire avec Gloria, mais revient vite à la “raison”. Gloria, qui se morfond, accepte à contre-cœur de participer à la parade des mariages. En effet, par décret de la reine Victoria, les bagnardes qui ont fait preuve de bonne conduite peuvent se marier pour repeupler l’île. C’est la seule façon pour elles de ne pas purger leurs peines. Henry, un fermier, est séduit par Gloria et la choisit pour épouse. Mais elle avoue à son futur mari qu’elle aime Finsbury et doit le retrouver.

Lorsqu’elle arrive au palais du gouverneur, c’est pour apprendre ses fiançailles. Quand Finsbury sort sur le balcon, Gloria a disparu. Il la retrouve dans un bouge de Sydney où elle se produit comme chanteuse. En le voyant, Gloria comprend qu’elle a trop attendu pour l’aimer encore, et lui révèle la cause de sa condamnation. Finsbury avoue sa lâcheté et rentre chez lui, hanté par la voix de Gloria. Il se suicide, tandis qu’au palais, on l’attend pour célébrer son mariage avec Mary. Après avoir vainement tenté de réintégrer le bagne, Gloria, épuisée, se réfugie à l’église, où Henry la retrouve enfin. Elle accepte cette fois de s’unir à lui.

Avec ses forts contrastes entre les lieux, les personnages et les classes sociales, Sirk opère une sorte de transposition de L'opéra de quatre sous, qu'il avait monté à Brême en 1929. L'inspiration de Kurt Weil et Bertold Brecht se retrouve dans les épisodes de la chanteuse des rues au milieu d'une cour des miracles à l'extérieur du tribunal où Gloria Vane est condamnée, dans le défilé de séduction des prisonnières pour trouver un mari ou bien dans le cabaret australien qui préfère une jeune femme au tambour à la nostalgique chanson de Gloria.

En face de cette populace grotesque, on trouve une aristocratie ruinée et décadente incarnée par Albert Finsbury et le pouvoir du capitalisme triomphant incarné par son ami Bobby Wells ou la superficialité de la haute société provinciale de Sidney. Seul Henry Hoyer possède de la grandeur morale.

Gloria embarque vers de nouveaux rivages (Zu neuen uferm, le titre original), ceux de la lointaine Australie qui la conduiront au sacrifice et à la rédemption. Elle expie les fautes de l'homme qu'elle aimait, refait sa vie et est finalement bénie par un chœur d'enfants. Cette métaphore de la glorification céleste est présente dès le "Alléluia" de la première chanson "Yes sœur" jusqu'au "Gloria" final qui fait écho au prénom du personnage en passant par le "Amen" avec lequel se termine la chanson de la chanteuse des rues devant le tribunal.

Albert Finsbury est un personnage proche de ceux qu'interpréteront Fred MacMurray dans Demain est un autre jour ou Robert Stack dans La ronde de l'aube ou Ecrit sur du vent. C'est un personnage ambigu et incertain qui doute, ne sait pas où il en est, ni comment agir.

On a pu dire que le film était anti-anglais, reflétant l'hostilité allemande envers la Grande-Bretagne. La conscience sociale aiguë de Sirk est pourtant une constante que l'on retrouve dans les circonstances historiques et sociales ici décrites mais que l'on retrouvera dans presque tous ses films.

Detlef Sierck alla lui-même à Vienne chercher Zarah Leander qui triomphait dans une comédie musicale. Les deux films qu'ils tournèrent ensemble firent de l'actrice d'origine suédoise à la voix grave comme Marlene une star qui allait devenir, contre son grès, l'égérie du cinéma nazie avant de fuir vers sa Suède natale.

Willy Birgel sera nommé artiste d'état et malgré une compromission certaine avec le régime nazi continuera d'avoir du succès après 1945. Robert Dorsay qui se moqua imprudemment du régime sera emprisonné et exécuté en 1943.

Source : Jonas Rosales dans le DVD ci-dessous.

Test du DVD

Editeur : Carlotta-Films, décembre 2009. Nouveaux masters restaurés, versions originales, sous-titres français.

DVD1 : La fille des marais, Les piliers de la société. DVD2 : Paramatta, bagne des femmes. DVD3 : La Habanera.

Suppléments :Présentations des films par Jonas Rosales.Entretien avec Douglas Sirk.

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Paramatta, bagne de femmes
1937
Genre : Mélodrame
(Zu neuen uferm). Avec : Zarah Leander (Gloria Vane), Willy Birgel (Albert Finsbury), Edwin Juergenssen (Le gouverneur Jones), Carola Höhn (Mary Jones), Viktor Staal (Henry Hoyer), Erich Ziegel (Dr. Magnus Hoyer), Hilde von Stolz (Fanny Hoyer), Robert Dorsay (Bobby Wells), Jakob Tiedtke (le père de Bobby), Ernst Legal (Stout) . 1h40.
Voir : photogrammes
DVD Carlotta Films