Blade runner

1982

Voir : photogrammes

Scénario d'après le roman de Philip K. Dick : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Musique de Vangelis. Avec : Harrisson Ford (Deckard), Rutger Hauer (Roy Batty), Sean Young (Rachel), Edward James Olmos (l'inspecteur Gaff), Emmet Walsh, (Le commisssaire Bryant), William Sanderson (J. F. Sebastian), Joe Turkel (Tyrell), Daryl Hannah (Pris), Brion James (Leon), Joanna Kassidy (Zhora). 1h56.

En l'an 2019 à Los Angeles, devenue une ville bruyante et polluée, tentaculaire et cosmopolite où le tiers monde côtoie les jardins de Babylone, un détective Deckard, un ancien policier, un “Blade Runner” est recruté par Bryant pour traquer et éliminer un groupe de quatre "répliquants" – Batty, Pris, Leon et Zhora – créatures humaines artificielles échappées de leur espace réservé qui ont déjà tué plusieurs personnes.

Deckard rencontre Tyrell, le constructeur des répliquants, qui lui demande de tester son assistante Rachel. Le "Blade Runner" conclut que cette jolie femme est aussi un être artificiel. Rachel, qui est effectivement un répliquant sophistiqué et doté de sentiments humains, ignorait sa vraie nature. Troublée, elle cherche appui auprès de Deckard qui, peu à peu, s'attache à elle et en fait sa compagne.

Deckard traque les autres répliquants. Il découvre d'abord Zhora, danseuse avec serpent mécanique, qu'il abat après une folle poursuite dans les rues encombrées. Leon le surprend et s'apprête à le tuer, lorsque Rachel surgit providentiellement et tire sur l'agresseur. Pris, elle, a trouvé refuge chez Sebastian, le généticien qui a conçu les répliquants. Batty, le chef du groupe et le plus déterminé à survivre, la rejoint. Grâce à Sebastian, ils entrent dans la forteresse de Tyrell, leur “père”. Batty sent sa force vitale diminuer. Tyrell ne pouvant rien pour lui, il le tue ainsi que Sebastian.

Deckard retrouve la trace de Pris et de Batty. Après une lutte violente, il tue Pris. Physiquement plus fort que Deckard, Batty le désarme et le poursuit sur les toits. En fin de course, Batty, sentant sa vie s'arrêter, épargne Deckard. Bryant donne l'ordre à ce dernier d'abattre Rachel. Au lieu de quoi Deckard s'enfuit avec elle, loin de Los Angeles.

Blade runner est un film de science fiction car situé chronologiquement 37 ans après la date de sa réalisation : 2019 est vu depuis 1982. L'urbanisme a accentué sa dimension verticale des villes : les immenses gratte-ciel sont dominés encore par des torches pétrolières explosives sortant de cheminées d'usine ; à l'image de Tyrell, les entreprises sont des forteresses château-fort et les véhicules se déplacent dans les hauteurs des villes ; le sol n'étant, hors véhicules utilitaires ou d'urgence, qu'un espace de parking. Les différences sociales se sont exacerbés : coexistent des immeubles délabrés, celui de Sebastian, et des immeubles high-tech, celui de Deckard, pourtant guère haut placé socialement. Le racisme a disparu car le cosmopolitisme est la règle. La nature a disparu, les animaux sont presque tous artificiels. Les premières caractéristiques et l'intrigue proviennent du roman de K. Dick et la dernière de Burroughs, remercié au générique pour avoir permis l'utilisation du titre de son roman, appelé de manière prémonitoire "Blade runner : a movie" et où l'objectif principal du héros est de posséder un animal vrai.

Mais la science-fiction n'intéresse guère Ridley Scott bien plus fasciné par la dimension fantastique du film et la quête d'identité de son héros qui en fait un personnage de film noir. En accomplissant sa mission, Deckard finira par se trouver lui-même. "Je pense donc je suis" dira Pris en guise de boutade désespérée sur sa nature de robot mais c'est bien en accomplissant sa mission que Deckart saura vraiment qui il est.

La version distribuée en 1982 avait été amputé par les producteurs de deux séquences extrêmement courtes auxquels personne n'avait rien compris et qui furent remplacés par une séquence finale plus explicitement ouverte où Deckard et Rachel s'enfuient de la mégalopole pour atteindre une cité verdoyante avec une voix off venant assurer que la durée de vie de Rachel n'est pas programmée et stigmatisant les forces de l'ordre accusées de se comporter auprès des robots comme les esclavagistes des temps anciens.

En 1992, Scott bénéficiant d'un bouche à oreille favorable depuis une projection accidentelle de sa version réalisateur a pu proposer la version originale qui est dorénavant la plus généralement diffusée. Les deux courtes scènes, bien évidemment très significatives, sont un rêve de Deckart dans lequel il voit une licorne et le geste de Deckard pour ramasser l'origami en forme de licorne laissé par l'inspecteur Gaff alors qu'il se remémore la dernière parole de celui-ci :" dommage qu'elle soit un répliquant". Le film se clôt alors brutalement par la fermeture des portes de l'ascenseur qui emporte Rachel et Deckart

L'origami laissé par l'inspecteur Gaff est à la fois le signe de sa visite chez lui alors qu'il héberge Rachel et signe qu'il comprend aussi la nature de Deckard et qu'il le laisse à son destin. La licorne symbolise, avec sa corne unique au milieu du front, flèche spirituelle, rayon solaire, épée de Dieu, la révélation divine, la pénétration du divin dans la créature. Elle était devenue au Moyen-Age le symbole de l'incarnation de Verbe de Dieu dans le sein de la vierge Marie. Elle est ici le symbole de l'incarnation de l'âme humaine dans la machine.

Doublant les indices sur la Licorne se superposent ceux sur les photographies. Ces photographies sont le seul "passé" des répliquants auxquels on a implanté les souvenirs d'êtres humains. Or l'appartement de Deckard est rempli de photographies. Enfin il connait le même air que Rachel ce qui leur fait un "souvenir" commun.

La double nature de l'homme, à la fois homme et animal, créateur et créature, est à la base même du film fantastique qui joue sur la fascination du double. La scène où Batty vient tuer Tyrell rappelle celle de Frankenstein où le monstre vient supplier son créateur de lui donner une compagne. Le thème du double est également travaillé dans la poursuite finale où Batty et Dekcard souffrent aux mêmes endroits du corps.

L'homme machine en quête de sentiment et les découvrant avec émerveillement évoque parfois le surhomme Nietzschéen que Batty préfigure avec sa philosophie à coup de marteau : il défonce les murs avec sa tête, une colombe s'envole avec son âme.