Le territoire des morts
2004
Genre : Fantastique
(Land of the dead). Avec : Simon Baker (Riley), Asia Argento (Slack), Dennis Hopper (Kaufman), John Leguizamo (Cholo), Robert Joy (Charlie), Pedro Miguel Arce (Pillsbury), Eugene Clark (Big Daddy), Joanne Boland (Pretty Boy). 1h33.

Les morts sont revenus à la vie et se nourrissent de chair humaine. Une poignée de survivants vit encore dans le souvenir de l'ancien monde. Ils se sont réfugiés dans des cités cadenassées et assiégées par les zombies. Celle de Los Angeles se divise entre profiteurs cyniques et avides, logés au sommet d'un gigantesque building et protégés par des milices surarmées et en un sous-prolétariat vivotant dans les faubourgs de la ville et maintenu dans les plaisirs du sexe et du jeu.

Un commando de mercenaires part régulièrement à l'assaut des villes détenues par les morts vivants afin d'en ramener vivres et médicaments. Si Riley, le chef de ce commando, pense avant tout à quitter la ville pour un ailleurs plus juste, son adjoint, Cholo, exécute les basses besognes de Kaufman, le chef des profiteurs. Il espère obtenir de celui-ci une résidence dans le bulding de luxe. Floué dans ses espoirs, il s'empare du fleuron de l'arsenal de la ville, un camion blindé et surarmé, avec lequel il exerce un chantage pour obtenir une somme colossale sans quoi il fera sauter la ville.

Pour protéger les habitants, Riley tente de le contrer. Il est accompagné de Martin, homme défiguré qui lui est entièrement dévoué, de Slack une prostituée au grand cœur, qui s'est amourachée de lui et de trois hommes de main de Kaufman. Riley s'empare du camion mais renonce à s'enfuir quand il comprend que les morts vivants accèdent progressivement à l'entendement, attaquent la ville et dévorent ses habitants.

Cholo devenu zombie tue Kaufman. Riley s'enfuit finalement vers le nord après avoir sauvé une partie des habitants dorénavant conduits par l'humaniste Callaghan. Il laisse les zombis trouver un refuge : ils semblent eux aussi acceder à la conscience.

Le Territoire des morts est le quatrième volet d'une série qui, à l'origine, ne s'était pas pensée comme telle. La Nuit des morts vivants (1968), Zombie (1978) et Le jour des morts-vivants (1986) se présentaient également comme des films où le fantastique et l'horreur se doublent d'une parabole politique où l'Amérique se révèle toujours plus paranoïaque. Les germes du fascisme et la guerre du Viet-Nam hantaient le premier opus alors que Zombie était une charge contre la société de consommation. Ici, comme le rappelle le générique en noir et blanc, la catastrophe a déjà eu lieu, le monde est dévasté, envahi par des morts-vivants anthropophages où le citadin en costume et attaché-case est une proie que ne protége plus aucune des barrières qu'il s'est construites lui-même.

Il est ainsi facile de voir là une allégorie politique contemporaine, métaphore d'un Occident égoïste exploitant un prolétariat et menacé par les hordes affamées venues du tiers-monde. Le bulding arrogant et finalement détruit, évoque les tours jumelles et le véhicule blindé traversant à toute allure les rues de la ville et tirant sur tout ce qui bouge rappelle les images de la présence américaine à Bagdad.

La catastrophe a déjà eu lieu. L'humanité est déchue, réduite à des silhouettes hagardes et affamées, mécaniquement mues par une détermination unique, celle de dévorer de la chair humaine. Des trois forces restant en présence : l'humaniste Callaghan, le misanthrope Riley et les zombies, Romero accorde sa préférence à ces derniers, qui désormais pensent (ils utilisent la mitraillette pour tuer plus efficaement) communiquent, s'organisent et souffrent (ils achèvent leurs blessés).

Ce sont finalement les zombies qui portent encore la conception traditionnelle de l'action hollywoodienne qui vient du western ou du film de guerre dans laquelle la solidarité, la précision et le professionnalisme restent les valeurs majeures.

Jean-Luc Lacuve le 05/09/2005

 

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