La collectionneuse
1967
Avec : Patrick Bauchau (Adrien), Haydée Politoff (Haydée), Daniel Pommereulle (Daniel), Alain Jouffroy (l’écrivain), Mijanou Bardot (Carole). 1h28.

Adrien s'apprête à passer une partie de l'été dans la villa provençale de Rodolphe afin d'assister, soi-disant, à une vente et de traquer un commanditaire pour sa future galerie de peinture. Mijanou, son amie, s'envole pour Londres.

En réalité, Adrien va surtout tenter avec Daniel, un peintre reconverti dans la fabrication d'objets, une quête du néant par le biais d'une profonde inactivité. La présence inattendue de Haydée déplait à Adrien qui craint de voir sa tranquillité troublée.

Haydée collectionne les garçons. L'un d'eux, Charlie, est renvoyé de la villa par Adrien, furieux d'avoir été réveillé deux nuits de suite. Haydée accepte cette décision, préférant rester avec les deux garçons. Une bonne camaraderie s'instaure entre les trois amis jusqu'à ce qu'Adrien détruise volontairement cet équilibre en provoquant Haydée sur le terrain sentimental sans hésiter à se montrer franchement désagréable. Mais Haydée n'en a que faire et les paroles d'Adrien ne semblent pas avoir de prise sur elle. Adrien suggère à Daniel de coucher avec Haydée. Celui-ci refuse, trouvant assez piquant de ne pas faire partie de sa collection. Pourtant, un matin, Adrien s'aperçoit que Daniel et Haydée ont couché ensemble. Les relations avec Daniel se détériorent.

Sur le chemin du retour à la villa, Adrien laisse Haydée au bord de la route alors que la jeune fille venait de rencontrer deux amis qui lui proposaient de l'emmener en Italie. Adrien ira aussitôt s'enquérir des horaires d'avion pour rejoindre son amie à Londres

La collectionneuse, quatrième Conte moral est tourné avant le troisième. La fille à la bicyclette, premier titre de Ma nuit chez Maud, est en effet refusé par la télévision qui prétend que c'est du théâtre filmé. Le refus est net, accompagné d'injures et d'insultes. Rohmer parait peu affecté et veut tourner dès que l'été arrive, à Saint-Tropez avant toutefois que ne débarque le grand public. Il ne lui faut qu'une grande maison et, cette fois, il décide d'utiliser la couleur.

Pour Claude Chabrol, qui présente le film en 1967 dans l'émission Les écrans de la ville, "c'est un film austère ; Rohmer, c'est connu, n'est pas porté sur la gaudriole. Difficile à comprendre mais séduisant, il donne l'impression d'être tourné comme un reportage car Rohmer à toujours dit être plus intéressé par la prise de vue que par la mise en scène. Il conduit des gens dans une certaine situation pour les amener à dire ce qu'il avait envie qu'ils disent après toute une série de méandres épouvantables. Et lui se met devant et tourne, mais de façon très belle alors que l'on a l'impression que les choses se font d'elles-mêmes. La flousaille même des personnages est le sujet du film".

Le rôle est écrit pour Haydée Politoff. Le prologue s'attarde sur son corps sensuel et nous abandonne à sa contemplation. Seule la voix off d'Adrien vient rompre cet état de grâce. En compagnie d'un copain, ce dandy commente ses moindres faits, gestes et mouvements de pensée avec une précision qui n'a d'égale que la mauvaise foi. Mais Haydée par son naturel et son insolence échappe aux définitions cruelles que font d'elle les deux amis.

Patrick Bauchau est un ami de Barbet et a pour ami Daniel Pommereulle. Rohmer se dit amoureux de la gestuelle propre de ses acteurs notamment de Daniel Pommereulle qui tape du pied quand il est énervé. Almendros, réfugié cubain, est aussi un ami de Barbet. Il a demandé à faire des photos de tournage et il remplace au pied levé l'opérateur, pas payé, qui ne s'entendait pas avec Rohmer. Il aura les innovations de la pauvreté : lumière avec des miroirs et des murs blancs pour la réfléchir. Barbet avait trouvé une cuisinière, Mama italienne, pour des repas moins chers que ceux à base de fromage. Comme elle ne fait que du minestrone, Barbet décide de fêter la fin du tournage avec un gigot. Personne ne le dégustera ! Il finit coupé en petits carrés dans le minestrone.

Barbet connait Beauregard qui aide à finir montage avec le matériel noir et blanc et muet produit par Rohmer. Beauregard paie les frais de laboratoire et le doublage minitieux de quinze jours. Rohmer entretenait une correspondance avec des amateurs d'oiseaux et s'est renseigné sur les oiseaux du sud à faire entendre dans le film.

Le Studio Git du cœur, nouvelle salle du quartier latin, joue le film pendant plus de six mois. Truffaut l'y découvre et admire.

 

Test du DVD

Editeurs : Potemkine et Agnès B. Novembre 2013. 30 DVD et leur déclinaison blu-ray pour les 22 films restaurés HD. 200 €.

DVD4, La collectionneuse. Suppléments : Nadja à Paris (Eric Rohmer, 1964, 0h13). Les écrans de la ville, émission du 14 mars 1967 (0h29). Entretien avec Barbet Schroeder (0h13).

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Genre : Comédie sentimentale
DVD